CHAPITRE XI
De la chasse dans les montagnes.
1. Abou-Qatâda a dit: « J’étais avec le Prophète en un point situé entre La Mecque et Médine. Tout le monde était en état d ’ihrâm, sauf moi qui étais entièrement libre et étais à cheval. J’aimais à grimper dans les montagnes et pendant que je me livrais à cet exercice je vis les fidèles les regards fixés sur quelque chose. Tournant alors mes yeux de ce côté j’aperçus un onagre. « Qu’y a-t-il? demandai-je à mes « compagnons. — Nous ne savons pas, me répondirent-ils. — C’est un « onagre? repris-je. — C’est bien ce que tu vois », répliquèrent-ils. Comme j’avais oublié mon fouet je leur dis : « Passez-moi mon fouet. « — Nous ne te donnerons aucune assistance », s’écrièrent-ils. Je descendis alors de cheval, pris mon fouet, partis ensuite sur les traces de l'animal et le mis à bas. J’allai rejoindre mes compagnons et les priai de m’aider à transporter l'onagre. « Nous n’y toucherons pas », déclarèrent-ils. Alors je le chargeai moi-même et le leur apportai. Certains d’entre eux ayant refusé d’en manger tandis que d’autres en avaient mangé, je vais, dis-je, interroger là-dessus le Prophète. Je rejoignis le Prophète et lui racontai l’aventure. « En reste-t-il quelque morceau ? « me demanda-t-il. — Oui, lui répondis-je. — Mangez-le, répliqua- « t-il, c’est un mets que Dieu vous a donné à manger. »
CHAPITRE XII. — De ces mots du Coran : « Il vous est permis de manger le produit de la pêche.-» — 'Omar a dit: «Le mot-LLA s'emploie pour ce que
Von pêche tandis que s'applique à ce que les eaux ô) rejettent .» — Abou (0 On distingue entre et la première expression désigne
Bekr a dit: « Ce qui surnage est licite comme nourriture.» — lbn-Abbàs a /
dit : « Le mot L s'applique aux choses mortes tant qu'elles ne sont pas gâtées. Les Juifs ne mangent pas l'anguille J), mais nous , nous en mangeons.» — Choraïh , le Compagnon du Prophète , a dit : « Tout animal aquatique (2) est considéré comme égorgé suivant les rites. » — ' Ata a dit : « Quant aux oiseaux j'estime qu’on doit les égorger. » — Ibn-Dj oraïdj a dit : « Comme je demandais à ' Ata si ce quon pêche dans les rivières et dans les étangs devait être assimilé à ce qu'on pêche en mer, il me répondit que oui , puis il récita ces mots du Coran : « Celle-ci est douce, limpide et agréable à boire , « celle-là est saumâtre et amère. De l'une et de l'autre vous mangerez la chair « fraîche qui en provient » (sourate xxxv, verset 13). — El-Hasen monta à cheval sur une selle faite de peaux de chiens de mer. — Ech-ChcCbi a dit : « Si les miens avaient aimé les grenouilles je leur en aurais fait manger. » — El- Hasen ne voyait aucun mal à manger de la chair des tortues. Ibn- Abbâs a dit : « Mange du produit de la pêche , quelle ait été faite par un chrétien , un juif, un adorateur du feu. » — AboiT-ed-Derdâ au sujet du morri (3) a dit : u Le vin et le soleil équivalent pour le poisson à son égorgement. »
1. Djâbir a dit : « Nous fîmes l'expédition dite « des feuilles de « salam(4) », ayant à notre tète Abou'-Obaïda. Comme nous souffrions cruellement de la faim, la mer rejeta un poisson mort. Nous n’en avions jamais vu de pareil. C’était le poisson dit fmbar. Nous en mangeâmes durant un demi-mois. Abou-'Obaïda prit un des os de ce poisson; un cavalier pouvait passer dessous.»
2. Djâbir a dit : « Le Prophète nous avait envoyé au nombre de trois cents cavaliers avec Abou-'Obaïda comme chef pour guetter une caravane des Qoraïchites. Nous souffrîmes de la faim à tel point que nous mangeâmes des feuilles de salam, ce qui fit donner à l'expédition le nom d’expédition des feuilles de salam. La mer ayant rejeté sur
les poissons pris à la pêche, la seconde ceux que les eaux ont rejetés sans vie.
(1) Le mot arabe n’a peut-être pas autant de précision ; il désigne les poissons ayant l’apparence d’un serpent.
(2) Poisson, grenouille, etc., mais non les oiseaux aquatiques.
(3) Le mori ou morri est une prépara¬
tion du poisson ; elle consiste à mettre le poisson dans du vin avec du sel et de l’exposer ensuite au soleil de façon à laisser évaporer le vin.
(4) Le salam est le mimosa Jlava, dont l’écorce sert à tanner, mais dont les feuilles ne se mangent pas, sauf en temps de famine.
TITRE LXXII
le rivage un poisson appelé ' anbar , nous nous en nourrîmes durant un demi-mois et nous nous oignîmes de sa graisse, ce cpii fit du bien à nos corps. Abou- Obaïda, ayant pris une des côtes de ce poisson, 1a, dressa sur le sol et un cavalier pouvait passer dessous. Au moment où notre disette était extrême un homme d’entre nous égorgea trois chameaux une première fois, mais Abou-' Obaïda lui défendit alors de continuer. »