QUI SONT RÉPRÉHENSIBLES ENVERS UN HÔTE
1. ' Abderrakman-ben-A bou-Bekr rapporte que son père avait donné l’hospitalité à quelques personnes, et qu’il lui dit ensuite : « Occupetoi de tes hôtes, moi je me rends chez le Prophète, prépare le repas pour qu’il soit prêt avant que je ne revienne. » 'Abderrahman leur servit ce qu’il avait en leur disant : « Mangez. — Où donc est le maître de la maison? demandèrent les hôtes. Nous ne mangerons pas tant que le maître de la maison ne sera pas arrivé. — Acceptez notre repas, reprit 'Abderrahman, car s'il revient et que vous n'ayez pas mangé, mon père sera furieux contre moi. » Ils refusèrent néanmoins de manger, et je compris que mon père serait furieux contre moi. Quand mon père rentra, je me retirai à l’écart : « Qu’avez-vous fait ? » demanda-t-il aux hôtes. Et comme ceux-ci le lui racontaient, il s’écria: « O 'Abderrahman! » Et comme je gardais le silence, il répéta une seconde fois : « O Abderrahman! » Puis il reprit: « Hé! fripon ! je t’en supplie, si tu as entendu ma voix, pourquoi ne vienstu pas? » Je sortis alors de ma cachette et lui dis : « Interroge tes
O) Frère en vertu clu pacte (le fraternité.
TITRE LXXVIII
hôtes. — Il a raison, répondirent-ils, il nous a offert l'hospitalité. — Alors, reprit Abou-Bekr, vous avez seulement voulu m'attendre ? Par Dieu, je ne mangerai pas de toute cette nuit. — Par Dieu, répliquèrent les hôtes, nous ne mangerons pas non plus. — Je n’ai jamais vu, reprit Abou-Bekr, une aussi mauvaise nuit que celle-ci. Malheureux ! qu'avez-vous donc, pourquoi n'acceptez-vous pas notre hospitalité? — O Abderrahman! apporte le repas ! » Le repas apporté, Abou-Bekr y trempa sa main en disant : « Au nom de Dieu, la première bouchée est pour le Diable. » Il mangea ensuite et les hôtes firent comme lui.
CHAPITRE LXXXVIIÏ. — De CES PAROLES QUE l’hÔTE DIT A SON AM¬ PHITRYON : « Par Dieu, je ne mangerai pas tant que tu n’auras pas mangé toi-méme. » — Abou-Dj ohaïfa a rapporté à ce sujet une tradition du Prophète.
1. 'A bderrahman-ben^A hou-Bekr rapporte que son père, Ahou- Bekr, amena un jour un hôte — ou, plusieurs hôtes, — puis qu'il alla passer la soirée chez le Prophète. Quand il revint, ma mère lui dit : « Tu as abandonné ton hôte — ou tes hôtes — cette nuit. — Tu ne leur as donc pas donné à souper ô2), demanda-t-il. — Nous lui — ou leur — avons offert de souper et il a — ou ils ont — refusé. » Abou-Bekr se mit en colère, sacra, tempêta et jura qu'il ne mangerait pas. Et comme je m’étais caché il m’interpella en ces termes : « Hé ! fripon ! » Ma mère jura alors qu elle ne mangerait pas elle non plus, tant que son mari ne mangerait pas, et l'invité — ou les invités — jurèrent également qu’ils ne mangeraient pas si Abou- Bekr ne mangeait pas. « Il semble, dit Abou-Bekr, que tout ceci est une œuvre du démon »; puis il demanda le repas, il mangea et les hôtes mangèrent. Ils n’enlevaient pas une seule bouchée du plat sans voir immédiatement au-dessous apparaître une plus grande quantité de mets. « 0 sœur des Benou-Firâs (1), que
(0 C'est-à-dire : femme dont l’origine remonte aux Benou-Firâs.
DE L’EDUCATION
signifie ceci? » Elle répondit : « Mon cher ami, il y en a maintenant plus qu’il n’y en avait avant qu’on ne mangeât. » Ils mangèrent et on envoya les restes au Prophète qui en mangea, dit-on.
CHAPITRE LXXX1X. - Des ÉGARDS QUE l'on DOIT A u’iIOMME d’aGE. — C’est au plus âgé qu’il faut tout d’abord adresser la parole et demander de ses nouvelles.
1. Râfi -ben-Khodaïdj et Sahl-ben-Abou-Hcitsma rapportent que 'Abdallah-ben-Sahl et Mohayyisa-ben-Mas'oud étant venus à Khaïbar se séparèrent en arrivant dans la palmeraie et que ' Abdallah-ben- Sahl fut tué. Alors ' Ab d err ahm an-b en-Sahl ainsi que Howayyisa et Mohayyisa, fils de Mas'oud, vinrent trouver le Prophète et l’entretinrent tous trois de ce qui était arrivé à leur compagnon. ‘Abderrahman, qui était le plus jeune de tous, ayant pris la parole, le Prophète dit : « Que le plus âgé parle le premier » (suivant Yahya : C’est-à-dire que l’on prenne la parole par rang d’âge). Et alors ils exposèrent T affaire de leur compagnon. Le Prophète leur dit : « Réclamez-vous le prix du sang pour votre compagnon qui a été tué ? alors produisez cinquante serments T au sujet de votre compagnon. — 0 Envoyé de Dieu, répondirent-ils, il s’agit d’une chose que nous n’avons pas vue. — Accepteriez-vous les serments des Juifs dans les cinquante serments ? — 0 Envoyé de Dieu, répondirent-ils, ces gens-là sont des infidèles. » L’Envoyé de Dieu alors paya le prix du sang de ses deniers.
Sahl ajoute : « J’ai vu une des chamelles ayant servi à payer cette dia et, comme j’étais entré dans le parc où elle était elle me
lança une ruade. »
Indication d’une variante d 'isnâd.
2. — D’après [Im-Omar, l’Envoyé de Dieu ayant dit : « Quel est
0) Il s’agit de cinquante serments qui, des membres a été victime d’un meurtre, prêtés par des personnnes non habilitées, soit le droit d’exercer la peine du talion, assurent à la famille de celui dont un soit le droit d’exiger le prix du sang.
TITRE LXXVIII
l’arbre qui est comparable au musulman, et qui donne ses fruits à l’époque fixée, grâce à la volonté du Seigneur, et dont les feuilles ne tombent jamais? » je pensai en moi-meme qu'il s’agissait du palmier, mais je n’osai pas prendre la parole, car il y avait là Abou-Bekr et Omar. Comme aucun de ces deux personnages n’avaient parlé, le Prophète dit : « C'est le palmier. »
Quand je sortis avec mon père je lui dis : « J’avais la conviction qu’il s’agissait du palmier. — Pourquoi, me répondit-il, ne l'as-tu pas dit : si tu l'avais dit. cela m'aurait fait plus de plaisir que telle et telle chose. — Ce qui m’a empêché de le faire, repris-je, c'est que je voyais que ni toi, ni Abou-Bekr ne preniez la parole et alors j'ai éprouvé de la répugnance (à parler). »
CHAPITRE XC. — De ce qui est permis et de ce qui est répréhensible COMME POÉSIE, IMPROVISATIONS POÉTIQUES (6 ET CHANSONS DE marche (*). — De ces mots du Coran : « Ce sont les poètes cpieles hommes égarés suivent à leur tour. — Ne vois-tu pas qu'ils suivent toutes les routes comme des insensés. — Qu'ils disent ce qu'ils ne font pas. — Sauf ceux qui ont cru , qui pratiquent le bien et répètent sans cesse le nom de Dieu. — Qui se défendent quand ils sont attaqués; car ceux qui attaquent les premiers apprendront un jour quel sort leur est réservé » (sourate xxvii, versets 224-225-226-227-228).
1. Obayy-ben-I(a b rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « Dans la poésie, il y a de la sagesse. »
2. Djondab a dit : « Tandis que le Prophète marchait il heurta une pierre, tomba, et son doigt s’étant mis à saigner il dit :
Tu n’es, ô mon doigt, qu’un doigt couvert d'un peu de sang! car tu n’as pas souffert dans la voie de Dieu (3).
(!) Le redjez, dont il est question ici, est la poésie facile que l’on improvise d’ordinaire.
(2) Ces chansons sont celles que chantent les chameliers pour activer la marche de leurs montures; elles ont un nom spécial en arabe.
(3) C’est-à-dire que cette blessure au
doigt n’avait pas été faite au cours de la guerre sainte, qu’elle n’avait donc aucun mérite et que son doigt n’avait pas à en tirer orgueil. On assure que les blessures reçues en faisant la guerre sainte resteront toujours visibles dans le Paradis et qu’elles exhaleront constamment une odeur de musc.
DE L’ÉDUCATION
3. D'après Abou-Horëira , le Prophète a dit : « La phrase Ja plus véridique qu’ait jamais dite un poète, c'est cette phrase de Lâbîd :
N’est-il pas vrai que tout est vain en dehors de Dieu ?
<( Ceci se passait peu de temps avant que Omayya-ben-Abou- S-Salt embrassât l’islamisme. »
4. Salama-ben-El-Akoua a dit : « Nous partîmes avec l'Envoyé de Dieu pour Khaïbar et nous voyageâmes de. nuit. Un des nôtres,
s’adressant à 'Amîr-ben-El-Akoua', lui dit : « Ne vas-tu pas nous « faire entendre une de tes chansonnettes ? » 'Amir, qui était poète, se mit aussitôt, accompagné des nôtres, à entonner le chant suivant :
Seigneur, si tu ne nous avais pas dirigés dans la bonne voie nous ne ferions ni l’aumône ni la prière.
Pardonne-nous, nous t’en supplions, quand nous sommes en faute ; affermis nos pieds au moment du combat,
Et accorde-nous la pleine sérénité. Nous, quand on nous appelle, nous accourons et on vient de nous appeler au secours à grands cris.
<( L’Envoyé de Dieu demanda alors quel était le nom de lïmprovi-
sateur et comme on lui répondait que c’était 'Amir-ben-Akoua' il
dit : « Dieu lui fasse miséricorde ! » Un des nôtres dit alors : « O « Prophète, il sera donc martyr; pourquoi ne nous le conserves-tu « pas (i) ! » Nous nous rendîmes à Khaïbar, nous en fîmes le siège et nous éprouvâmes à ce moment une cruelle famine. Puis, Dieu nous rendit maîtres de la ville. La veille du jour où nous entrâmes dans la ville, nous avions allumé le soir de nombreux feux. « Pourquoi ces « feux et dans quel but les avez-vous allumés? demanda le Prophète. « — Pour faire rôtir de la viande, répondit-on. — Et quelle viande? « demanda le Prophète. — De la viande d’âne domestique. — Ren- « versez les marmites et cassez-les, dit l’Envoyé de Dieu. — O Envoyé « de Dieu, dit un homme, si nous renversions les marmites seulement « et la viande ensuite? — Eli bien, soit, dit le Prophète. » Quand les
« troupes furent rangées en bataille, 'Amir avait un sabre qui avait
(i) Le Prophète annonçait la mort pro- d’ordinaire que pour quelqu’un qui est chaine de 'Amir par ces mots : « Dieu lui mort. De là cette question des fidèles : fasse miséricorde! » qui ne s'emploient Pourquoi ne pas lui conserver la vie?
Titre lxxviii
un défaut; comme il s’eu servait pour frapper un Juif, la pointe de la lame du sabre revint en arrière et frappa au genou 'Amir qui mourut de cette blessure.
« Comme nous revenions de Khaïbar, dit Sala ma, l'Envoyé de Dieu me voyant le visage bouleversé, me demanda ce que j’avais. « O toi, « pour qui je donnerais la vie de mon père et celle de ma mère, est-il
« vrai, comme on le prétend, que 'Amir perdra le fruit de son acte(1)? « — Et qui a dit cela? » demanda le Prophète. — Je lui répondis : « Un tel, un tel, un tel et Osaïd-ben-El-Hodaïr. — Ceux qui ont dit « cela, en ont menti, répliqua l’Envoyé de Dieu; il aura, ajouta-t-il « en réunissant deux de ses doigts, double récompense, car il a « réuni deux qualités : celle de bon fidèle et celle de combattant dans « la voie de Dieu, peu d’Arabes en auraient fait autant. »
5. Anas-ben-Mâlik a dit : « Le Prophète étant allé un jour voir quelques-unes de ses femmes trouva avec elles Omm-Solaïm : (( Malheureuse, ô Andjaeha (2), doucement ! tu portes des poteries (3). » Abou-Qilàba a dit : « Le Prophète s’est servi d’une expression : « Tu portes des poteries », dont vous vous seriez moqués si quelqu’un de vous l’avait employée.