UNE LETTRE AU SUJET DE LAQUELLE LES MUSULMANS ONT DE LA MEFIANCE
I. 'Ali a dit: « L’Envoyé de Dieu m’avait chargé d’une mission en compagnie de E z-Zobaïr-b en-El-' A w wàm et de Abou-Mcrtsed-El- Ghanaoui; chacun de nous était à cheval. « Allez, nous dit-il, rendez- « vous à Raoudat-Khâkh ; vous y trouverez une femme des poly- « théistes portant une lettre adressée par Ilâtib-ben-Abou-Belta'a « aux polythéistes. » Nous rejoignîmes cette femme voyageant sur son chameau à l’endroit indiqué par l’Envoyé de Dieu. « Où est la « lettre que tu portes? lui demandâmes-nous. — Je n’ai aucune lettre « sur moi, répondit-elle. » Nous fîmes agenouiller son chameau et fouillâmes ses bagages sans rien découvrir. « Nous ne voyons au- « cune lettre, déclarèrent mes deux compagnons. — Pourtant, dis-je, « je suis certain que l’Envoyé de Dieu ne s’est pas trompé. Par celui (( au nom de qui on jure, il faut absolument, ô femme, que tu nous « remettes cette lettre, sinon nous allons te dépouiller de tes vète- « ments. »
« Voyant que ma résolution était ferme elle porta la main au nœud qui retenait le voile qui la couvrait et en retira la lettre. Nous emportâmes la lettre et la remîmes à l’Envoyé de Dieu. « 0 llàtib, « dit le Prophète, qu’est-ce qui t’a poussé à agir ainsi. — Je n’ai, « répondit-il, pas cessé de croire en Dieu et en son Envoyé : je n’ai ni « changé, ni modifié mes croyances. J ai voulu seulement avoir
EL-BOKHÂRI
TITRE LXXIX
<( auprès de ces gens-là un appui avec l’aide duquel Dieu protégerait « ma famille et mes biens. Tous tes Compagnons sans exception ont « là-bas quelqu’un grâce à qui Dieu protège leurs familles et leurs « biens. — Il a raison, dit le Prophète, ne parlez jamais de lui qu’en « bien. — Mais, s’écria 'Omar-ben-El-Khattâb, cet homme a trahi « Dieu, son Envoyé et les musulmans : laisse-moi lui trancher la tète. « — O Omar, reprit le Prophète, qui te dit que peut-être Dieu n’a pas « voulu parler des combattants de Bedr lorsqu’il a dit : « Faites ce « que vous voudrez dorénavant, le paradis vous sera toujours dû. » Les yeux de Omar se remplirent alors de larmes et il ajouta: « Dieu « et son Envoyé sont mieux instruits que personne. »