CHAPITRE XXXI. — De la lapidation de la femme mariée enceinte
DU FAIT DE l’adultère.
1. * Obaid- AUah-ben- Abdallah-ben- Otba-ben-Mas oud rapporte que Ibn- Abbâs a dit: « J’enseignais le Coran à quelques hommes des Mohâdjirs parmi lesquels se trouvait 'Abderrahman-ben- Auf. Comme fêtais à Mina, dans la demeure de ce dernier, qui était en ce moment auprès de Omar-ben-El-Khattab, lors du dernier pèlerinage que fît celui-ci à la Mecque, Abderrahman revint me trouver et me dit : « Ah ! si vous aviez vu aujourd’hui cet homme qui est venu « trouver le prince des Croyants et qui lui a dit: «O prince des
« Croyants, que pensez-vous faire contre un tel qui a dit : « Si 'Omar « mourait c'est un tel à qui je prêterais serment de fidélité. Par « Dieu, l’élévation au califat de Abou-Bekr n’a été faite que par « surprise. » Omar entra alors en colère et s’écria : « Si Dieu a veut, dès ce soir j’aviserai les fidèles et les mettrai en garde « contre ces gens qui veulent leur ravir le soin de s’occuper de leurs «
aires. »
« Prenant alors la parole, 'Abderrahman dit : « O prince des « Croyants, n’agis pas ainsi ; la cérémonie du pèlerinage rassemble « ici des gens de tout âge et de tout acabit, et c’est eux qui l’empor- « teront sur ton entourage quand tu t'adresseras aux fidèles. Je crains « que dans ton discours, il ne t’échappe quelque expression que l’on « défigurera pour en tirer parti contre toi ou qu on ne comprendra « pas ou encore dont on ignorera la portée. Attends donc que tu sois « de retour à Médine qui est la ville de l’Émigration et de la sonna. « Là, tu te concerteras avec les hommes de loi et les notables des « fidèles et alors tu seras sûr de ce que tu diras et les gens de « science comprendront tes paroles et, en indiqueront la portée. — « Eh bien, par Dieu, si Dieu veut, répondit Omar, c’est ainsi que je « ferai à mon prochain séjour à Médine. »
« Nous revînmes à Médine, ajoute ïbn-'Abbâs, à la fin du mois de dzou’-l-qa'da. Le vendredi suivant, dès que le soleil fut sur son déclin, je me hâtai de partir (pour la mosquée) et trouvai Sa'id-ben- Zeïd-ben-'Amr-ben-Nofaïl assis près du pilier de la chaire. Je m’assis en face de lui, mes genoux touchant les siens. A peine étais-je installé que Omar-ben-El-Khattâb arriva. Dès que je le vis s’avancer je dis à S a ' î d-b en-Z eïd-b en- ' Am r-b e n-N o f aïl : « Ce soir il va faire « sûrement un discours tel qu’il n’en a pas fait depuis qu’il est « calife. » Sa'id, qui ne voulait pas m’en croire, me dit : « Que « pourrait-il donc dire qu’il n’ait jamais dit auparavant? »
<( 'Omar s’assit sur la chaire, puis, quand les muezzins se turent, il se leva, loua Dieu autant qu’il en est, digne et ajouta : « Je vais « vous dire une chose que le Destin m’oblige à dire ; peut-être ma
TITRE LXXXYI
« mort est-elle prochaine, je l’ignore. Celui qui comprendra mes « paroles et les retiendra devra les répéter partout où sa chamelle le « mènera. Quant à ceux qui craignent de ne pas les comprendre ils « ne seraient pas plus qu’aucun autre en droit de me traiter d’im- « posteur. Dieu a envoyé Mahomet avec la vérité ; il lui a révélé « le Livre et dans ce livre qu’il lui a révélé il y a un verset relatif à « la lapidation. Nous avons lu ce verset, nous l’avons compris et « l’avons retenu. C’est pour cela que l’Envoyé de Dieu a fait lapider « et que nous avons, après lui, fait aussi lapider. Je crains que dans « la suite des temps quelqu’un ne vienne dire : Par Dieu, nous ne « trouvons pas de verset relatif à la lapidation dans le Livre de Dieu ; « on tomberait alors dans cette erreur d’abandonner une prescrip- « tion révélée par Dieu. La lapidation, dans le Livre de Dieu, est de « de droit contre quiconque, homme ou femme, commet l’adultère « alors qu’il est marié, quand la preuve est faite par le témoignage, « par la grossesse ou l’aveu. Entre autres choses nous lisions autre- « fois(1) dans le Livre de Dieu ceci : « Ne recherchez pas d’autre nom « que celui de vos pères, car c'est acte d’infidélité que de rechercher « d’autre nom que celui de son père » — ou : « C'est un acte d'infîdé- « lité que de rechercher d’autre nom que celui de son père(2). Puis « l’Envoyé de Dieu a dit : « Ne me divinisez pas comme on l'a fait pour « Jésus, fils de Marie ; dites de moi : Il est l’adorateur de Dieu et son « Envoyé. »
« J’ai appris que quelqu’un de vous a dit: Par Dieu, si 'Omar « mourait je prêterais serment de fidélité à un tel. Qu’aucun homme « ne s’égare au point de dire : L’élévation de Abou-Bekr au califat « n’a été faite que par surprise. Eh bien, en admettant qu’il en soit « ainsi, Dieu vous a préservés de ses conséquences fâcheuses, il « n’est pas un seul d’entre vous dont la gloire égale celle de Abou- « Bekr. Quand on prête serment de fidélité à quelqu'un sans avoir
(i) Le passage indiqué ayant été abrogé (2) La différence des deux variantes, à ne figure pas dans la rédaction actuelle peine sensible même en arabe, ne peut du Coran. être indiquée dans la traduction.
« consulté les musulmans, ni l’élu, ni l’électeur ne devront être « suivis, car cela les exposerait tous deux à être tués. Abou-Bekr « était le meilleur d’entre nous(1) quand Dieu rappela à lui son Pro- « phète. Les Ansârs se séparèrent de nous et s'assemblèrent dans la « sqîfaW des Benou-Sâ ida. Ali, Ez-Zobaïr et leurs partisans se sépa- « rèrent également de nous. Les Mohâdjirs se réunirent auprès « d’Abou-Bekr. Je dis à Abou-Bekr: « O Abou-Bekr, allons ensemble « vers nos frères les Ansârs. » Nous partîmes pour nous rendre auprès « d’eux. Au moment où nous arrivions près d’eux, deux de leurs « notables vinrent à notre rencontre et nous informèrent de la déci- « sion prise par les Ansârs. « Où voulez-vous aller, ô Mohâdjirs? « nous dirent-ils. — Nous désirons voir nos frères les Ansârs. — « Vous ne devez pas vous approcher d’eux, répondirent-ils ; décidez « d’abord entre vous. — Par Dieu, m’écriai-je, nous irons sûrement. » « Et nous nous mîmes en route. Arrivés à la sqifa des Benou-Sâ'ida, « nous aperçûmes parmi eux un homme enveloppé dans un man- « teau. « Qui est-ce? demandai-je. — C'est Sa'd-ben- Obàda, me « répondit-on. — Qu'a-t-il ? — La fièvre. » Après être restés assis un « instant avec eux leur khatib fit la profession de foi musulmane ; « loua Dieu autant qu'il en est digne et parla ensuite en ces termes : « Nous, nous sommes les Ansârs de Dieu et la cohorte de l’islamisme; « vous, Mohâdjirs, vous êtes un petit groupe d’hommes. Quelques- « uns des vôtres sont venus ici et veulent maintenant nous détacher « de nos principes et nous retirer la direction de nos affaires. » Quand « le khatib eut fini son discours je voulus parler à mon tour. J’avais « préparé une allocution dont les termes m’avaient plu ; mon inten- « tion était de la prononcer en présence de Abou-Bekr afin d’éviter « qu’il en prît ombrage. Au moment où j’allais parler, Abou-Bekr « me dit: « Ne te hâte pas. » Et alors il m’a répugné de lui désole Tout ce discours de 'Omar fourmille donne : « Voici notre histoire ». Un
de variantes qui en rendent la traduction changement de point diacritique a suffi exacte à peu près impossible. Ainsi au à donner ces deux versions si différentes, lieu de « Abou-Bekr était le meilleur Tout le reste est à l’avenant dans ce hadits. d?ent.re nous », le texte de Qastallàni (2) Sorte de vestibule ou de véranda.
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« béir. Abou-Bekr a donc pris la parole ; il est plus calme que moi « et plus prudent. Par Dieu, il n’a pas laissé une seule des paroles « qui m’avaient plu dans la harangue que j’avais préparée, sans en « donner l’équivalent dans son improvisation ou même sans mieux « dire et c’est pour cela que je me suis tu. « Le bien que vous dites « de vous, dit Abou-Bekr, vous le méritez et ce califat ne saurait « être reconnu qu’à la tribu de Qoraïch, la meilleure de l’Arabie « par son origine et par son territoire. J’accepte que vous nommiez « l’un de ces deux hommes, prêtez donc serment de fidélité à celui « des deux que vous voudrez. » Alors Abou-Bekr, qui était assis « entre Abou-'Obaïda-ben-El-Djerrâh et moi, nous prit chacun par « la main.
« Dans tout son discours, je ne réprouvais que cette dernière « partie. Par Dieu, il m’aurait fait avancer pour me trancher la tète,
« afin de m’écarter d’une occasion de pécher, que j’aurais préféré . « cela au fait d’être placé à la tète d’un peuple qui possédait Abou- « Bekr. Grand Dieu, à moins qu’au moment de mourir, mon âme « me suggère quelque chose, je ne trouve rien à dire pour l’instant.
« Un des Ansârs se leva et dit : « Moi, qui ne suis qu’un des humbles « troncs d’arbres auxquels les chameaux se frottent dans cette tribu « et qui ne suis qu’un petit régime de dattes étayé d), mon avis, ô gens « de Qoraïch, c’est qu’il y ait un calife choisi parmi nous et un calife « choisi parmi vous. » Aussitôt il y eut un grand tumulte et les voix <x s’élevèrent au point que je craignis une bagarre. « Étends la « main, criai-je, ô Abou-Bekr. » Et celui-ci ayant fait ce geste je lui « prêtai serment de fidélité; les Mohâdjirs firent de môme, imités « ensuite parles Ansârs. Nous nous précipitâmes sur Sa'd-ben-'Obâda « et quelqu’un nous dit : « Vous venez de tner(2) Sa'd-ben-'Obâda. —
« Non, dis-je, c’est Dieu qui a tué Sa'd-ben-'Obâda. » 'Omar ajouta:
« Par Dieu, nous ne trouvâmes dans la circonstance présente aucun « moyen plus énergique que la prestation du serment de fidélité à
(i) Façon de dire qu’il était un des moindres personnages de la tribu.
(2) Tuer moralement. Sa'd, depuis lors, cessa de jouer un rôle important,
DES PEINES CRIMINELLES
« Abou-Bekr. Nous craignions, en effet, que si nous quittions Pas- « semblée avant d’avoir choisi un calife elle n’élût après notre « départ un des siens. Et alors il nous aurait fallu ou accepter leur « décision qui ne nous satisfaisait pas, ou entrer en lutte avec eux, « ce qui eût été un désastre. Celui qui prête serment de fidélité à un « homme sans consulter les musulmans ne doit pas être suivi, non plus « que celui qu’il a élu, car cela les exposerait tous deux à être tués. »
CHAPITRE XXXII. — Non mariés, les deux coupables subiront le fouet; l’homme et la femme coupables seront exilés. Donnez a chacun CENT COUPS DE FOUET ; NE VOUS LAISSEZ PAS ÉMOUVOIR PAR LA PITIÉ QUAND IL S’AGIT DE LA RELIGION DE DlEU, SI VOUS CROYEZ EN DlEU ET AU JOUR DERNIER. Qu’üN GROUPE DE CROYANTS ASSISTE AU SUPPLICE, CAR LA HONTE DU CHATIMENT EST PLUS IMPRESSIONNANTE QUE LE CHATI¬ MENT lui-même Û). Le coupable d’adultère ne pourra épouser qu’une
FEMME ADULTÈRE OU UNE POLYTHÉISTE; LA FEMME ADULTÈRE NE POURRA ÉPOUSER QU’UN HOMME COUPABLE DU MÊME CRIME OU UN POLYTHÉISTE.
Dieu a prohibé ces mariages pour les croyants. — - lbn-Oyaïna a dit : « La pitié s’applique à V exécution de la peine. »
1 . Zeïd-ben-Khâlid-El-Djohani a dit : « J’ai entendu le Prophète prescrire, au sujet du coupable d’adultère non marié, la peine de cent coups de fouet et un exil d’un an. »
'Oroua-ben-Ez-Zoheïr rapporte que 'Omar-ben-El-Khattâb prononça la peine de l’exil et que depuis elle n’a cessé d’être de règle.
2. Abou-Horëira rapporte que l’Envoyé de Dieu prescrivit pour un coupable d’adultère non marié l’exil d’un an avec application du châtiment.
CHAPITRE XXXIII. — De la peine d’exil pour les criminels et les simulateurs DE SEXE