SUR LES TRAGÉDIES
DE MONSIEUR DE MONTC REST lEN
'E ne sont point ici de ces vaines folies. Dont on void auiourd'iiiiv les Estudes remplies ; Qu'vn malheur de nostrëâgeatantmisencre'dit Que la pluspart du monde autre chose ne lit ; De CCS hures d'Amour, dont tant d'Esprits volages En abusant les fols importunent les sages; De ces discours lascifs qui corrompent les mœurs, Qui coulent leur poison dedans les tendres cœurs, Et font que la Jeunesse à les lire ordinaire Apprend le mal deuant qu'elle le puisse faire. Cest Esprit admirable à tous les beaux Esprits, \'n meilleur argument en cet ouvrage a pris.
Il a voulu monter sur la Tragique Scène, Et chanter l'incertain de la grandeur humaine, "Monstrer, qu'il n'y a point en ce monde d'appuy, Enseigner le bonheur par le malheur ei'autruy^ Représenter des grands les peines et les fautes. Et le malheur fatal des puissances plus hautes; Faire voir aux effets que le pouuoir humain N'empesche point les coups de la diuine main : Les iugemens de Dieu au peuple faire entendre , Enseigner les \ertus , et les vices reprendre, Atin de n'estre veu seulement hien-disant, Mais aussi que chacun prorite en le lisant.
Voilà qui vaut bien mieux que ces folles complaintes. Que ces soupirs d'amour, que ces passions faintes. Aussi les doctes Grecs en sagesse estimés, Deuant tous les esprits qu'on en a renomme's. Ont tousiours célébré cet argument d'escrire, L'ayant si bien traité que cliacun les admire.
Et ie m'esbahy fort comme entre tant d'Espt-its Qui ne font parmy nous que faire des Escrits,
Comme, di-ie, en ce temps où chacun par coustume Si tost qu'il sçait parler met la main à la plume. Veut des liures escrire, et le papier brouiller, Il s'en trouue si peu qui se veulent mesler De traiter ce suiet, quoy que nostre misère Ne fournisse à cela que par trop de matière. Depuis vn si long temps la France ayant esté Un Théâtre sanglant de toute cruauté.
De moy ie ne sçay point si les discours Tragiques, Pour esmouuoir les cœurs, pour estre pathétiques, Seroient plus familiers à ma profession. Ou bien si ce seroit mon inclination, Mais à la vérité i'aime la Tragédie Sur tout suiet de vers : Et si i'ay de ma vie Ce bonheur qu'Apollon de ma Muse ait le soin, le pourray, bel Esprit, suyure tes pas de loin Au chemin du Cothurne, et faire encore dire A nos vieux Ducs Normans vne fois leur martire.
BOSQVET.
SUR LES ŒVVRES