‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 42 sur 78 · ACTE IIL · texte numérisé non relu

ACTE IIL

CRATESrCLEA, LEONIDAS, AGIS, PAUSANIAS, PHEAX, CHŒUR.

CR.\TESICLEA.

ON esprit est dotant entre mille discours : Ce bruit et mon désir nous promettent secours, Et Cleomene encor en accroist l'asseurance; Mais les signes sacrez raclent toute espérance;

A quoy me resoudrai-ie en ces diuersitez,

Qui brouillent mon esprit par leurs perplexitez ?

Tragédie. 177

Les hommes faits plus doux permettent que i'espere, Et les Dieux irritez se bandent au contraire; Leur mal-talent s'accroist et nostre pieté Semble encor' enaigrir leur courage irrité.

Si tant de vœux sacrez, si tant de saints offices, Si tant d'oblations, si tant de sacritices, Quand Sparte riorissoit en ses prosperitez, Au temps de ses malheurs ne sont à rien contez, Vostre oreille, grands Dieux, qui tout le monde escoute, Pour nous autres surplus voudra donc n'ouïr goûte? Dites moy, couuez-vous au profond de vos cœurs Contre nostre Cité quelques vieilles rancœurs? Vangez-vous dessus nous les fautes de nos pères. Ou si pour nos forfaits nous sentons vos choleres?

Mais que peut Cleomene auoir iamais commis. Qui vous rende auiourd'huy ses formels ennemis? Est-ce vn lasche pariure? un Prince deshonneste, Qui sous un front humain recelé vn cœur de beste? Se peut-il mettre au rang de ces ambitieux, Qui iamais sans dépit ne regardent les Cieux? Vous qui de tout en tous auez la connoissance, Mesurez son mente auec son innocence.

Et ie m'asseure bien qu'affranchi de malheur, 11 viura sans regret et mesme sans douleur.

Non, non, ce n'est point vous qui gardez la Justice, Qui tourmentez nos cœurs d'un iniuste suplice : » Vous n'estes point fauteurs ni mesme autheurs du mal, C'est peut estre le sort de quelque arrest fatal Reserué de tout temps pour nous et pour nostre âge : » Tel souuent n'a failli qui souffre le dommage.

Sus donc, espoir, adieu, ie ne veux plus de toy; Non, ne desloge pas, demeure encor chez moy, Pour tousiours y nourrir cette débile attente Que i'ay de liberté, le penser m'en contente, Et deust-ce estre vn erreur. Mais pourquoy plus douter Sur le poinct que le ioug est prest à nous bster? Pourquoy s'imaginer quelque futur obstacle? » La parole du Prince est-ce pas vn oracle? O vous, chers enfançons, de qui les premiers ans Promettent en leur rieur tant de fruits si plaisans. Ne souffrez que le temps perde la souuenance De ces maux endurez au cours de vostre enfance ; Vous estes nés, mes hls, d'vn père généreux, Soyez le comme luy, mais non si malheureux;

lyS Les lacenes.

Possible que le Ciel, vostre plus seure garde, D'vn plus bénin aspect maintenant vous regarde.

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