BETHS.\BEE, DAVID, NATHAN
5) BETHSABEE.
i|?Eqiii me dois-ie plaindre en ce malheur extrême?
h D'Vrie, de Dauid, desCieuxou demoy-mesme? y v^r^^a ^^ "'"^'' ^^^ "^°" seigneur reçeus entre mes bras ■*wB«Rû» Mais l'attiray plustost comme à force d'apas. Des Cieux qui pour vanger ma chasteté rauie.
228 David.
M'ont raui mon espoux en la fleur de sa vie.
De Dauid qui n'a craint de polluer ma foy,
Qui s'est montre trop homme et trop absolu Roy.
En fin, de mon Vrie à qui Tardante flame
D'vne fureur ialouse embrasa toute l'ame,
Et l'enfonça si bien dans la presse des coups,
Que son corps vigoureux tomba vaincu dessous.
Soldats, que la frayeur a fait tourner visage.
Vous estiez bien vrayment sans gloire et sans courage.
Vous deuiez-vous pas perdre auec ce grand Guerrier,
Et plustost d'vn Cipres acheter ce Laurier?
Ce fait coupera l'aile à vostre renommée.
Vostre fuite sera désormais diffamée,
Et les fils de vos fils et ceux qui naistront d'eux,
Plusieurs siècles après en resteront honteux.
Quand pour moy, cher Espoux, iusqu'à l'heure dernière le te conserueray mon amitié première, Et n'auray rien plus cher pour le temps à venir, Que de parler de toy, que de m'en souuenir! Tousiours la larme à l'œil on me verra maudire Le destin qui trop tost d'auec nous te retire.
Quoy qu'vn iuste despit t'animast contre moy, Qui te' semblay briser tous les nœuds de la foy, lusques à ne vouloir dans ta prophane couche Receuoir les baisers de ma vermeille bouche; l'atteste le pouuoir de ce grand Dieu viuant. Que iet'aimoy tousiours ainsi qu'auparauant.
le consideroy bien qu'vne ame généreuse. Par ce ressentiment deuient plus dédagneuse; Mais ie pensois vn iour en te criant merci, Amolir le courroux de ton cœur endurci; Discourant à part moy que la force et la ruse D'vn Roy grand et subtil me fourniroient d'excuse. O la vaine espérance! Vn destin malheureux T'a donné cependant le trespas rigoureux. Et s'est en mon endroit montré si plain d'enuie, Qu'il ne m'a point permis de racueillir ta vie Quand auec vn soupir ta bouche l'exhaloit. Ni de torcher le sang qui sur toy ruisseloit. Ni de clorre en pleurant tes mourantes paupières, Ni de dire à la hn les paroles dernières. Ne laisse neantmoins, s'il te reste du sens, D'escouter au tombeau ces douloureux accens ; Et de voir ondoyer ce grand fleuue de larmes, Que songeant à ta mort i'espanche sur tes armes.
DAVID
Ton dueil, chère Maistrcssc, a trop longtemps duré. Qui ne voudroit mourir pour estre ainsi pleuré ? Laisse ces longs regrets, ma chère Bethsabée, Ta fortune s'esleue estant ainsi tombée. On te rauit Vrie, et Dauid t'est rendu ; Tu gagnes beaucoup plus que tu n'auois perdu: -^ Le Ciel t'oste vn soldat, vn Monarque il te donne, Qui dépose en tes mains sa vie et sa Couronne : Tien ce sceptre Royal, tu le peux bien porter, Puis que de t'obeir ie me veux contenter.
CHŒVR.
)) Quand l'homme cuide auoir attaint » Le comble de tous ses désirs, » A l'heure que moins il en craint, » Suruiennent mille desplaisirs.
» Ceux que le vice rend contens, » Perdent bien tost leur volupté :
» Nul ne s'esiouit pas long temps » Du fruit d'vne meschanceté.
n Dieu qui pour le conuaincre mieux » Luy laisse accomplir son dessein, » Dedans l'eschauguette des Cieux » N'a pas tousiours le bras au sein.
» Comme nul ne le peut tromper, » Quand son œil vient sonder le cœur, » Aussi nul ne peut eschaper » De sa main la iuste rigueur.
» Face l'homme ce qu'il voudra, » Pour s'aueugler en son péché, » Tousiours le remors se tiendra » Comme vn clou dans le cœur fiché.
» Mais bien-heureux le Criminel, » Qui se reconnoist à la fin, » Et que la voix de l'Eternel » Vient r'adresser au droit chemin.