‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 55 sur 78 · NATHAN · texte numérisé non relu

NATHAN

le te vien déceler vn misérable vice

Pour le faire punir d'vn rigoureux suplice.

Deux hommes tes suiets mesme terre habitoient, L'vn et l'autre voisins, l'vn l'autre frequentoient : Le premier ioûissoit d'vn fort ample héritage, Et bien mille brebis menoit en pasturage : Mais l'autre estoit fort pauvre, et ne possedoit rien Qu'vne seule brebis, où consistoit son bien. Il l'auoit achetée et tendrement nourrie, Sa fille n'eust esté dauantage chérie; Elle mangeoit tousiours le pain dedans sa main, Beuuoit Teau dans son verre et dormoit en son sein.

Or voici qu'vn passant aborde à leur village; Le riche le reçoit, le mené à son mesnage; Et pour faire festin à cet hoste nouueau. Ne choisit vn mouton parmi son gras troupeau; Mais l'vnique brebis à son voisin il oste, Pour repaistre sa faim et celle de son hoste. Ce ne luy fust assez d'auoir ainsi volé.

DAVID

Tu m'en as, ô Nathan, desia trop reuelé.

Soit lié ce meschant, qu'on le traine au suplice;

La mort, la seule mort est digne d'vn tel vice.

Page 1