NATHAN
C'est pour toy que ie parle. Hipocrite, c'est toy
Qui mesprises ton Dieu, qui violes sa loy,
Qui, sous le masque faux de ce visage honneste,
Tragédie. 2^1
Caches vn cœur de bouc et des désirs de beste. Elle a ta bouche iniuste vn iuste arrest donné. Et sous le nom d'autruy toy-mesme a condamne!
O cruel adultère! ô vermisseau de terre! Leue l'œil à la main qui brandit le tonnerre : C'est Dieu qui parle ainsi : l'ay ton chef couronné, le t'ay par l'onction aux sceptres destiné, l'ay rompu les. desseins de ton Prince aduersaire, l'ay contraint tes haineux iusques à te bien faire, le t'aj fait triompher sur tous tes ennemis. Les femmes de ton maistre en ta couche i'ay mis, le t'ay fait habiter sa superbe demeure, De nouuelles faueurs ie t'honore à toute heure, Et s'il se peut plus outre attaindre du souhait, Demande seulement, ie te le rendrav fait : Pourquoy donc, lasche, ingrat, adultère exécrable, Oubliant et toy-mesme et mon nom redoutable, As-tu commis d'vn coup deux forfaits furieux ? Pensois-tu me surprendre ou m'aueugler les yeux. Yeux qui ne ferment point sur celuy qui m'offence : Meschant, ouure l'oreille et reçois ta sentence.
Comme tu vins fraper Vrie en trahison Par le glaive Ammonite, afin qu'en ta maison Par adultère entrast sa femme bien aimée, Que le nom d'impudique a partout diffamée. Tes fils mesmes, tes fils ta mort pourchasseront; Les meurtres désormais chez toy ne cesseront.
Puisque contre ma loy ton exécrable flamme D'vn espoux innocent a desbauché la femme, l'iray ton lict Royal d'incestes emplissant; Tes fils dénaturez, toute honte chassant. Coucheront sans respect avec tes concubines, Et ne cacheront point leurs lubriques rapines. Tu commis l'adultère à l'ombre de la nuict; Mais ce grand œil du Ciel qui sur le monde luit Découurira leur faute aux yeux de tout le monde. Afin que ton dur front de honte se confonde. Et puis ose irriter le Monarque des Cieux; Tu le sçauras auoir des mains comme des yeux!
DAVID
I'ay péché contre toy, ma faute criminelle Ne mérite rien moins que la mort éternelle. De tes saints iugemens mon courage estonné De confort et d'espoir demeure abandonné.
Merci, Seigneur, merci, par ta grande clémence;
2^2 David,
lette l'œil seulement sur tes compassions, Et ne te souuien plus de mes transgressions, Si tu veux pardonner à mon ingrate offence.
De mes sales péchez laue et relaue nioy; D'vn acte criminel rend mon ame innocente : Nuict et iour à mes yeux l'image s'en présente, Et i'enten bien sa voix m'accuser deuant toy.
l'ay failli, ie l'aduouë et confesse moy-mesme. Mon Dieu, contre toy seul i'ay doublement péché. Que puis-ie deuenir après t'aubir fasché, Si ma faute est énorme et ta lustice extresme?
Tu pourras, s'il te plaist, demeurer irrité, M'adiuger à la mort sans mériter de blasme : Mais tii sçais qu'en péché me conçeut vne femme. Pour m'enfanter au monde auec iniquité.
Tu veux que nostre cœur se lise en nostre face, Et que disant de l'vn on ne pense autrement. Toy-mesme tu m'ouuris l'œil de l'entendement, Pour me faire voir clair es secrets de ta grâce.
Asperge-moy d'hisope afin de me purger, Et lors ma pureté deuiendra toute extresme : Obscure à ma blancheur sera la nege mesme. Si dans l'eau salutaire il te plaist nie plonger.
Fay moy bien tost oûir l'agréable nouuelle, Qui me certiti'ra de ta sainte faueur : Tu es mon Créateur, sois encor mon Sauueur, Et redonne à mes os la vigueur naturelle.
Destourne loin tes yeux des péchez que i'ay faits, Ou les fay si bien fondre aux beaux rais de ta face, Que toute la mémoire en ton cœurs"en efface. Et que pour l'aduenir tu n'y penses iamais.
Crée vn cœur net en moy par ta sainte lumière, Puis y forme vn désir à bien faire constant. De ta grâce, ô mon Dieu, ne me va reiettant, Ains rnontre en mon endroit ta faueur coustumiere.
De ton repos heureux la liesse rens moy. Et fay qu'vne ame libre encore me console, Alors à tous pécheurs enseignant ta parole, Conuertis de leur vice ils reuiendront à toy.
Seigneur, ie te connoy seul Dieu de mon salut, Laue'doncques mes mains d'vn sanglant homicide ; Lors iusqu'au Ciel des Cieux où ta Grandeur réside, le pousseray ma voix et le son de mon Lut.
Car ainsi 'que le cœur tu m'ouuriras la bouche, Et ma langue suiuant le vol de mon penser,
Tragédie. 233
S'en ira ta louange aux peuples anoncer Du clair lict du Soleil à son obscure couche.
Tu ne desires point, ô Seigneur immortel, Vne grasse victime offerte en sacrifice. Si par le sang des Boucs on te rendoit propice, l'auroy ià mille fois arrosé ton autel.
Mais qui te veut offrir vne hostie agréable. C'est vn cœur pénitent, contrit et désolé, Du somme de péché par ta voix esueillé, Bien-heureux en toy seul, en luy seul misérable.
Tes plus douces faneurs s'espandent sur Sion, De la sainte Cité les saints murs editie, Et ses hauts fondemens à iamais fortifie, Comme elle se promet de ton aftection.
Et lors te plaira bien le iuste sacrifice De l'holocauste entier qu'on te présentera; Et lors sur ton autel des veaux on offrira, Qui purgeront les corps et les cœurs de tout vice.