Livre VII. — JUGEMENT
Le poète demande à l'Éternel de donner force à sa voix, afin qu'elle puisse prononcer ses arrêts solennels. Quels sont ceux à qui il est chargé de distribuer la vie ou la mort, la félicité ou la misère sans fin ? « A vous la vie, à vous qui par Christ la perciez » : votre place est à sa droite. A vous la mort, apostats, qui l'avez renié, « vendu, livré, donné en proie »; qui vous-mêmes êtes à vendre, si déjà vous ne vous êtes vendus. A la gauche est votre place. Que diraient vos pères, grand Dieu ! s'ils vous voyaient courtiser leurs assassins, chanter au lutrin et servir la messe ? Oh ! ils n'ont que trop bien réussi, ceux qui ont travaillé à vous faire ignorer ou mettre en oubli l'exemple et la mémoiable parole de Louis de Condé, mourant pour Christ et sa patrie! Ainsi avait été subornée l'enfance de Scanderberg, abandonné aux muphtis et vouée par eux à l'adoration de Mahomet : son bon sens l'emporta et lui fit mépriser le croissant pour embrasser la croix et vaincre par elle. Notre
DES TRAGIQUES xlix
siècle, hélas ! n'a plus « de ces engeances hautes » ; les femmes n'ont plus que des rejetons dégénérés. — Or, Dieu s'adresse à eux, et voici en quels termes : «. Allez au feu, princes félons et persécuteurs de mon héritage ! Et vous, barbares cités de France, qui vous êtes baignées dans le sang de mes brebis, ayez le sort de Jéricho ! » Dieu se souvient surtout des fureurs de Paris contre les siens, et ses « rouges cruautés » lui seront un jour rendues : elle aura à subir et les fureurs d'une Ligue et les horreurs d'un siège. Ce seront là, ô cités criminelles, de faib'es préliminaires des supplices que l'enfer vous ménage, quand l'Éternel, jugeant et les corps et les âmes », enverra « les bénis à la gloire et les maudits aux flammes » . La chair étant la complice de l'esprit, qu'elle induit en tentation, il faut qu'elle ressuscite pour sentir le châtiment. Rien ne prévaut là conire les vaines objections des Sadducéens. Oui, le corps aura, comme l'âme, sa résurrection. Le ciel en est garant, et les païens eux-mêmes ont affirmé cette croyance, que partout leurs œuvres attestent encore à nos yeux : voyez leurs pyramides et obélisque?, leurs lois et usages funéraires, leurs cimetières sacrés. les bustes et les statues, le tombeau de Mausole enfin, celte deuxième merveille du monde. Écoutez ce que chante le divin Pvmandre et les secrets qu'il révèle d'Hermès Mercure Trismégiste, c'est-à-diie « trois fois grand ». Le monde est immortel, et tout ce qui le constitue l'est également, — que chacun en demeure convaincu. La terre, en divers lieux, conserve merveilleusement les corps, et ne voit-on pas tous les ans, près du Caire, au vingt-cinq mars, le miracle des ossements qui se relèvent et se meuvent durant trois jours? Soyez donc réjouies, âmes célestes, par la pensée que vous retrouverez « ces corps par vous aimés, et qui vous aimeront ». — Mais quoi ! voici la fin des temps, et les prophéties s'accomplissent. La voici, la résurrection des morts, voyez-la se réaliser. Voici le fils de l'homme, le fils de Dieu. La trompette du jugement sonne : les bons sont pleins d'assurance et les méchants tremblent. Dieu le Père apparaît dans sa splendeur ineffable. Un ange appelle les nations à son tribunal. Les bourreaux sont pros-