DU TOME PREMIER
Ne quid nimis.
P. xin, 1. 2. — A la Bibliothèque de Zurich. — Il est probable que cet exemplaire fut un des premiers distribués, et qu'il fut envoyé par d'Aubigné lui-même, car le volume manuscrit que possède le British Muséum (et dont je parle dans la note suivante) contient, p. 70, parmi les épigrammes françaises , la suivante , adressée Aux Seigneurs de Zurich, qui demandaient à l'autheur de ses œuvres pour leur bibliothèque, avec ses armes et son pourtraict :
Vous trezorizez en louanges
Et des humains et des saints anges,
Si par vos mains nous est rendu
Ce que Heideberg a perdu.
Mais ce thrésor, dès sa naissance.
Prend du Vatican le chemin
S'il n'ha point d'autre résistance
Qu'en papier et qu'en parchemin.
i86 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
P. xv, note, 1. 7. — Le tome 1216 des Harleian .mss., au British Muséum, a appartenu à Agrippa d'Aubigné. On lit sur le feuillet de garde : « Feu monsieur Dobigni, peu de jours devant sa mort, me commanda de faire tenir se livre à son très cher et honoré frère, lequel il a prié de garder en tesmoignage de son affection. » Cette note doit être de la main de Renée Burlamacchi, sa veuve, et la présence du volume à Londres atteste que le vœu de d'Aubigné avait été accompli par elle.
Ce manuscrit des Tragiques contient les trois sonnets, après la préface « Aux lecteurs», et les additions qui se rencontrent dans la deuxième édition. A la fin de chaque livre est indiqué le nombre de vers qu'il renferme. Ainsi : Livre I, 1, 3 80 vers. — Livre II, i,53o. — Livre III, 1,044. — Livre IV, 1,416. — Livre V, 1,564. — Livre VI, 1,122. — Livre VII, 1,218. Une autre main a ajouté : « Et en tout 9,698 », total qui doit être erroné, car il est en réalité de 9,274. — A la fin du volume, aux pages 517 et 5 18, on trouve, d'une autre main que le reste, les trois Additions de notre ms. (Voir tome II, p. 207.)
Le ms. Harléien peut donc être considéré comme entièrement conforme au nôtre. Il a été écrit par un copiste, et on y remarque des corrections de la main de l'auteur.
Le volume a 5 18 pages in-4, dont les 393 premières sont occupées par les Tragiques. Après viennent : le Discours par stances avec l'esprit du feu roy Henry (Voir ci-après, p. 188, note sur P. 1 3, 1. 17 et deux suites cYEpigrammes françaises et latines. Il a été acquis par le comte d'Oxford, vers 171 5, et sans doute d'un nommé Backford, qui avait formé de belles collections. On lit au feuillet de garde : « Backford, n° 6 ».
P. 1, I. 4. — Donné à l'imprimeur le 5 aoust. (Voir P Avant-Propos, p. xiv, § vi.)
Page 5, ligne 4. — Ainsi d'Aubigné, né en 1 5 5 2, avait vingt- cinq ans quand il commença ses Tragiques. C'est en
1577, alors que, grièvement blessé, il était retenu au lit à Caslel-Jaloux. 11 les continua par la suite, « à cheval et dans les tranchées » fp. 7, 1. 8). 11 dit lui-même au début du livre I (p. 40, v. 2) :
Nous avortons ces chants au millieu des armées. Les deux ou trois premiers livres purent se trouver terminés avant la mort de Henri III, être lus par Henri IV, et courir en manuscrit lors de la Ligue, qu'ils contribuèrent à ruiner, à ce que rapporte l'auteur en son Hist. univ. Le reste fut composé ou terminé sous le règne de Henri IV, ou même plus lard, ainsi que le dénotent les allusions qu'on y rencontre à des faits contemporains. D'Aubigné avait soixante-quatre ans lorsqu'il se décida, en 16 t6, l'année de la paix de Loudun, à publier son poëme , mais en employant le subterfuge d'un 0 larcin de Prométhée », c'est-à-dire en supposant la publication faite à son insu par un sien serviteur, qui lui aurait dérobé son manuscrit et l'aurait déchiffré tant bien que mal.
P. 6, 1. 4. — Cette « édition seconde » a vu le jour •Voir l'Avant-piopos, p. 1 1), et certaines lacunes (deffauts y ont été en effet remplies par d'assez nombreuses additions (400 vers environ, intercalés çà et là dans les sept livres) : mais malheureusement l'auteur n'y a pas joint ces « quelques annotations » qu'il annonçait ici et dont il sentait déjà si bien lui-même l'utilité « pour esclaircir le> lieux les plus difficiles ». Aussi a-t-il préparé à ses lecteurs, et aux Saumaises futurs, de terribles tortures.
P. 6, 1. 18. — Ce Traité de la douceur des afflictions était considéré comme perdu, inconnu qu'il était des bibliographes, lorsqu'en 1 856 M. F.-L. Fréd. Chavannes, me le signala et m'envoya d'Amsterdam" la copie d'un exemplaire qu'il avait retrouvé. Je l'ai publié dans le Bulletin de la Soc. d'Hist. du protest, franc., et à part, chez Aubry, avec une lettre de M. Lud. Lalanne, qui préparait alors une édition des Tragiques, et pour qui cette heureuse découverte était des plus opportunes. — Depuis lors un autre exemplaire du même opuscule m'a été signalé.
i88 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Il porte cette rubrique . Imprimé nouvellement, 1601, et présente des additions et des variantes. C'est donc une autre édition, jusqu'ici inconnue. — ■ On y trouve deux passages du livre IV, et entre autres celui sur Jane Gray (V. tome II, p. 11), dont deux vers ont été, en effet, copiés textuellement par P. Marthieu, qui les applique à Marie Stuart :
Prisonnière ça bas, mais princesse là haut... Changeant son royal throsne au sanglant échaffaut. (Tablettes de la Vie et de la Mort, éd. de i6i6,n° 41.)
P. ii,1. 24. — C'est la réitération de cette même promesse déjà faite, mais qui n'a malheureusement été tenue qu'en partie. Combien eussent été précieux pour nous ces commentaires de tous les points difficiles » qui nous renvoient « à une pénible recherche de l'histoire » ! Quelle lumière nous eût fournie une table « onomastique » faite par l'auteur !
P. i3, 1. 17. — Une pièce qui paroistra parmi les Meslanges. — Ces Meslanges n'ont point paru, ou, s'il faut entendre par là les Petites Œuvres meslées qui furent imprimées en 1629, la pièce dont il est question n'y figure point. Mais d'Aubigné en a inséré neuf stances, qu'il appelle « Stances du style du siècle », dans le Corollaire de son Histoire universelle (III, 5 38, etc.). Ce tome III de VHistoire est de 1620. La pièce entière, en 57 stances ou 354 vers, se trouve au British Muséum, Harleian mss., n° 1216, et a été publiée dans le Bulletin de la Société d'Histoire protest. en 1866, p. 226. Les citations faites ici sont des stances 46, !>o, 52 et 54.
P. i5, 1. 1. — Daniel Charnier, célèbre ministre huguenot (auteur du grand ouvrage de controverse intitulé: Panstratia catholica), sur qui j'ai publié en 1 8 58 un volume de biographie documentaire, était né en 1 564, et fut tué en 162 1 par un boulet de canon qui l'atteignit au siège de Montauban. — J'avais déjà relevé ces deux sonnets à l'honneur de l'auteur des Tragiques, et constaté, en éclaircissant
divers passages de d'Aubigné et du Journal de l'Estoile, plusieurs rencontres de Charnier avec d'Aubigné à Paris en 1607 et 1610. On comprend qu'ils se tenaient l'un l'autre en estime singulière. Plusieurs années après, j'ai découvert et déchiffré, non sans peine, parmi les brouillons presque illisibles qui font partie des manuscrits de d'Aubigné conservés dans la famille Tronchin, une belle épitaphe latine dressée en l'honneur de Daniel Charnier par l'auteur des Tragiques. Semblable à l'éloge de Simon Goulart, Senlisien, qui termine les Petites œuvres meslées de d'Aubigné (Genève, i63o), elle est encore inédite, et je la donne ici à titre de document curieux :