CI-DEVANT
DONNEZ AV PVBLIC
par le larcin de Promethée.
Et depuis AVOVEZ ET ENRICHIS
par le Sr d'Avb:gné.
Cette édition, devenue beaucoup plus rare que la première, est comme elle en caractères italiques. Elle a 333 pages et 16 feuillets non paginés, qui
AVANT-PROPOS xi
contiennent, outre /'Avis aux lecteurs et la Préface en vers, trois sonnets et un remplissage final en prose. Il y a environ 400 vers nouveaux intercalés çà et là dans les sept livres, et le poème compte ainsi 9,264 vers \
On ne connaît que ces deux éditions. Cependant la Bibliotheca exotica de Georges Draud, publiée à Francfort en 1625, mentionne une seconde édition, avec augmentation d'une quarte part, remplacement des lacunes de la précédente et plusieurs pièces notables adjoustées. A Genève, chez les héritiers et vefvede Pierre de la Rovière, 1623. La Bibliotheca exotica est une compilation des catalogues de librairie des foires de Francfort.
On s'est demandé si ce ne serait pas là une troisième édition, ou si ce titre, pris sur un prospectus
1. M. Lalanne en a compté 8,972 [y compris les 414 de la préface en vers', mais, d'après le décompte qu'il fait des sept Livres, il y aurait erreur pour le Livre III, lequel a 1,089 et non 090 vers. — Voici les chiffres, d'après notre manuscrit : I. Misères, i,5 8o. — IL Princes, 1 , 5 3 o.
— III. Chambre dorée, 1,044. — IV. Les Feux, 1,416.
— Y. Les Fers, 1,564. — VI- Vengeances, 1,122. — VU. Jugement, 1,218. — Total: 9.274. [V. aux Notes, p. 186.)
Les Tragiques. — T. I. c
xii AVANT-PROPOS
ou catalogue de libraire de 1623, ne désignerait pas tout bonnement la seconde édition, celle [sans date) qui vient d'être indiquée. Cela ne nous parait pas faire doute : ce n'est point le relevé d'un titre, c'est une simple annonce de librairie, qui se rapporte à V édition sans date, et qui nous apprend (ce que son titre nous laissait ignorer) : le lieu d'impression (Genève), le libraire (Pierre de la Kovière), et F année (i623).
Qui sait, après tout, si Von ne découvrira pas quelque jour un exemplaire inconnu de cette même seconde édition, portant exactement le titre libellé ci-dessus ? En d'autres termes, qui sait si la seconde édition n'a pas eu deux titres : i° celui (sans date) que portent les exemplaires jusqu'ici connus; 20 celui qui aurait été porté tel quel au catalogue transcrit par Georges Draud (1623) ? Voici un fait qui peut autoriser cette conjecture :
On ne connaissait jusqu'ici qu'une édition des Petites Œuvres meslées de d'Aubigné ; on n'en avait du moins signalé que des exemplaires de i63o. Or, je viens de constater de visu qu'il y a eu de cette même édition un premier tirage, ou du moins une première émission d'exemplaires, avec un titre différent et portant la date de 1629. Cette première émission aura eu lieu avant la mort de d'Aubigné ; puis le titre aura été modifié l'année suivante. L'exemplaire de ce premier tirage qui nous permet
AVANT-PROPOS xnr
de faire celle constatation instructive appartient à la Bibliothèque de Zurich : en exisle-t-il d'autre ? Ce qu'il y a de plus singulier encore, c'est que le titre porte : Second Recueil des | PETITES | ŒVVRES | du | Sr d'Aubigné. | A Genève, | chez Pierre Aubert, ] Imprimeur Ordinaire de la Républi | que et Académie. | M. DC. XXIX. — Second recueil ! tandis qu'il n'en avait pas paru de premier. C'est encore là une de ces surprises familières à d'Aubigné, et peut-être est-ce à cause de cela qu'on jugea à propos de substituer à ce titre celui-ci, qui était seul connu : Petites j ŒVVRES
| Meslées | du | sieur d'Aubigné. | Le contenu desquelles se void es pages sui | vantes la Préface.
| A Genève | Chez Pierre Aubert. | Imprimeur Ordinaire de la Republi- | que et Académie | M. DC.XXX. | Avec permission et privilège.
Cette constatation explique enfin l'article du troisième inventaire dressé après la mort de d'Aubigné, où les Petites-Œuvres sont désignées sous l? titre de Second Recueil du Sr d'Aubigné, qui n'avait pu être compris jusqu'ici, et prouve en outre que le volume fut imprimé du virant de d'Aubigné, et non par les soins des héritiers, comme on le croyait. [V. Sayous, 11, 236, et Heyer, p. 42 ^49-) Quant à une certaine lettre de Guy-Patin, demandant le 10 mars 1 6 5 4, qu'on lui envoie « les Tragiques de M. d'Aubigné, depuis peu réimpri-
xiv AVANT-PROPOS
mes à Genève, m-8 », «7 me paraît hors de doute qu'il s'agit encore ici de cette même seconde édition, qui, étant sans date, a pu fourvoyer plus d'une fois et pendant assez longtemps les amateurs. Ce qui est sûr, c'est que cette soi-disant réimpression na jamais été signalée l.
Un point moins facile à éclaircir, au premier abord, c'est celui de savoir si d'Aubigné eut ou n'eut pas la pensée de donner une troisième édition, et si le manuscrit transmis à ses héritiers, et que nous publions, eut ou non cette destination. On remarquera d'abord qu'il porte à la première page cette mention que Von a pris soin de reproduire sur notre titre : Donné à l'imprimeur le 5 aoust, qui, si elle était complète, devrait trancher la question. Mais à quelle année la rapporter, et, partant, de quelle édition s'agirait-il? A-t-elle vu le jour? L'état du manuscrit ne laisse guère supposer qu'il ait passé par les mains des compositeurs d'imprimerie. Enfin l'examen du texte même exclut l'idée qu'il ait pu
i . La Bibliothèque historique de Lelong et Fontette fourmille d'erreurs dans ses articles sur d'Aubigné. Elle compte, sans y regarder, cinq éditions des Tragiques.
AVANT-PROPOS xv
servir à imprimer soit une troisième, soit la seconde édition ; car on verra que, s'il renferme des additions et des variantes, au fond c'est la leçon primitive, le premier jet de V auteur qui subsiste, tel que dans l'édition de 1616. D'où il faut conclure, ou qu'il y serait revenu en détail, en préparant sa troisième édition, — ce qui n'est guère admissible^ — ou qu'il avait écrit la susdite mention à titre de simple mémento sur son manuscrit, tandis qu'il envoyait une copie différente de ce manuscrit à son imprimeur ; soit pour la première, soit pour la seconde édition. Ce qui rend cette dernière hypothèse assez plausible à nos yeux, c'est qu'une feuille volante, qui s'y trouve jointe et qui contient des errata et addenda, renvoie aux pages de l'édition de 1616, et que ces errata et addenda ont effectivement servi pour l'édition de 1623.
Toujours est-il qu'on lit dans le testament olographe de d'Aubigné, en date du 24 avril i63o ;
« Je recommande à mes amis. . . la réim-
« pression de mes Tragiques et autres [manuscrits), « s'ils le trouvent à propos. Et, quant aux mille « exemplaires qui sont à Kolle, je désire qu'ils « soient vendus, et leur prix mis à ma succession, « hormis deux cents desquels je fais don par moitié « à M. Tronchin et ci La Fosse [son fils Nathan), « à chacun cent. »
Ainsi il n'avait point fait, mais il souhaitait que
AVANT-PROPOS
ses amis fissent, à ï aide de notre manuscrit, une réimpression de ses Tragiques. Ils ne jugèrent pas à propos de réaliser ce vœu *....
La troisième édition (magno pioxima intervallo) est donc bien celle que M. Lud. Lalanne a donnée en 1857 dans la Bibliothèque Elzevirienne de Jannet, après avoir consacré près de deux années à établir son texte sur les deux éditions publiées du vivant de l'auteur, et à l'accompagner de notes historiques et philologiques. C'était là un travail ardu, considérable, et dont l'accomplissement [ut un grand service rendu à notre littérature, au public et aux futurs éditeurs des Tragiques. Car la difficulté extrême que Von avait à se procurer ce poème
1. Le 28 mai i63o, les commissaires chargés de « visiter les escripts de feu M. d'Aubigné rapportent... qu'ils n'ont point trouvé ce qu'il a augmenté de ses Tragiques, et madame sa vefve leur a dit qu'elle les avoit, et que le défunct les luy avoit donnés pour les envoyer à son frère à Londres » (Philippe Burlamacchi , établi en Angleterre). (Heyer, D'Aubigné à Genève, notice et documents inédits. Genève, 1870,^-8, p. 49.)
Cet envoi a-t-il été fait ? Oui, puisque le volume est conservé aujourd'hui au British Muséum. (Voir aux Notes, p. i85, les renseignements que nous donnons à ce sujet.)
AVANT-PROPOS xvn
et celle que l'on éprouvait à sa lecture en faisaient,
pour ainsi dire, une lettre morte; et c'était certes
grand dommage, puisque d'Aubigné mérite d'être
placé, comme le dit M. Lalanne, au premier rang
parmi les prédécesseurs des grands écrivains du xvne siècle.
Ainsi, l'édition que nous avons entrepris de mettre sur pied est la quatrième. Elle donnera satisfaction aux connaisseurs, pour qui l'existence d'un manuscrit laissé par l'auteur, et encore inexploré, était un desideratum fâcheux; car ce n'est pas pour eux qu'a été fait le dicton : ignoti nulla cupido. — Non que ce manuscrit ait apporté à notre texte des changements d'une grande importance, mais d nous a fourni, en bien des cas, une lecture meilleure, et par conséquent un éclaircissement naturel de certains mots mal déchiffrés et estropiés dans les éditions antérieures. Parfois aussi, il faut bien le dire, il risquait de nous induire en erreur, si nous n'avions pris garde, car c'était l'imprimé qui avait raison contre le manuscrit. Tant la correction était et est chose chanceuse avec un auteur tel que celui des Tragiques / Tant l'écriture et l'orthographe
xviii AVANT-PROPOS
étaient chez lui également fantasques ! Son Histoire universelle est là pour montrer quels furent les fruits habituels de cette incurable irrégularité * .
Je n'ai pas cru devoir recommencer le labeur d'annotation de M. Lalanne : en venant après lui,
i. « Pour tout dire, les Tragiques, dit M. Sayous, ne ressemblent pas mal à un livre qu'auraient impiimé des ouvriers inintelligens , sur un manuscrit inintelligible. » M. Sainte-Beuve avait déjà touché juste en expliquant de la même façon les étrangères de ce poëme. « Il faut bien avouer, ajoute M. Sayous, que l'édition de 1623, imprimée à Genève sous les yeux de l'auteur, revue et augmentée par lui, n'est guère plus débarbouillée que celle de 1616. » — Et ailleurs : « D'Aubigné ne pouvait souffrir l'épreuve d'une seconde lecture, et cela suffit pour expliquer les périodes empêtrées, les ellipses inouïes, les digressions, les sens rompus et mal renoues qui font souvent de telle de ses pages un dédale inextricable au milieu duquel la pensée fuit, échappe à la vue et disparaît quelquefois pour ne plus reparaître. Mais un peu plus loin, et même au plus épais du labyrinthe, on retrouve tout à coup le poète avec son vers d'airain, ses hardies et fortes images, son trait de feu et ses coups de massue. »
Il faut croire que d'Aubigné avait été vertement critiqué au sujet de ses nombreuses incorrections, car en tèie des Petites Œuvres meslées, le dernier de ses livres et le mieux imprimé de tous (il le fut à Genève en 1629, quelques mois avant sa mort, comme nous l'avons établi;, il a placé ce quatrain significatif :