Tome II, p. i65, v
Le poète des Châtiments a écrit à son tour :
Prosternez-vous devant l'assassin tout-puissant,
Et léchez-lui les pieds, pour effacer le sang ! (Nox.)
D'Aubigné a eu manifestement, on le voit, sa part d'influence dans le mouvement qui a, d'une façon si heureuse, régénéré les lettres françaises, il y a un demi-siècle. Il a beaucoup prêté aux poètes de notre temps : c'était prêter à des riches.
Et ce nest pas par les beaux côtés seulement que nos poètes d'aujourd'hui rappellent notre auteur huguenot, c'est aussi par ses défauts, tels que
Les Tragiques. — T. I.. î.
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métaphores et antithèses baroques, hyperboles et jeux de mots puérils, accumulations bizarres, accouplements de termes, que Von donne pour des nouveautés hardies, et qui ne sont que des archaïsmes. C'est ce qu'a, entre autres, très-bien fait ressortir un de nos meilleurs critiques, un de ceux qui ont le mieux apprécié d'Aubigné, Eug. Géruzez. « Ne serait -on pas tenté, ajoute-t-il, d'attribuer à l'auteur de la Némésis ces deux vers :
J'en ai rougi pour vous, quand l'acier de mes vers Burinait votre histoire aux yeux de l'univers
ou ces quatre autres :
Prète-moi, Vérité, ta pastorale fronde, Que j'enfonce dedans la pierre la plus ronde Que je pourrai trouver, et que ce caillou rond Du vice Goliath s'enchâsse dans le front.
« L'acier de mes vers», le « vice-Goliath » , voilà bien les types d'une foule de locutions nouvellement remises en honneur, comme aussi de ces emjambements destinés à rompre la monotonie du vers alexandrin. »
En résumé, les Tragiques sont une œuvre confuse, exubérante, farouche en quelque sorte, mais étince-
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lante de sublimes beautés ; ou tous les tons se heurtent, toutes les formes se mêlent, l'épopée, la satire, l'hymne biblique, l'idylle même : c'est comme un mélange du génie des prophètes et de celui de Juvénal. « Cette prodigieuse sortie contre la corruption des Valois, les violences de la persécution, les vices du clergé, de la magistrature et de la cour, est un chaos et un déluge; mais, parmi cette tourmente, brillent à chaque instant des éclairs de génie €f retentissent des accents de sainte colère et d'héroïsme1. »
Il y a, dans le grand drame lyrique des Huguenots, un trait assez heureux pour peindre une de ses figures les plus sympathiques, et pour finir, je l'emprunte volontiers à son auteur, Emile Deschamps 2, et je l'applique ici à notre soldat-pocte7 qu'il caractérisera parfaitement :
Diamant brut, incrusté dans du fer '.
Charles Read.