‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 138 sur 313 · Henri II · texte numérisé non relu

Henri II

3. Henri II mourut le 10 juillet i j $9, et Dubourg fut exécuté le 25 décembre de la même année. Voy., sur le procès, de Thou, 1. 22 et 25 ; Régnier de la Planche et P. de La Place, année 1JJ9; d'Aubigné, Hist. univ., t. i, p. 114; Crespin, fol. 467 etsuiv., et l'excellent article de la France protestante, par MM. Haag. Diverses relations du procès ont été publiées en ij6o, 1561 et 1562.

Ce cœur tremblant revint à la voix d'une Caille(i):. ' Pauvre femme, mais riche, et si riche que lors Un plus riche trouva l'aumosne en ses trésors.

0 combien d'efficace est la voix qui console, Quand le conseiller joinct l'exemple à la parole, Comme fit celle-là qui, pour ainsi prescher. Fit en ces mesmes jours sa chaire d'un buscher !

Du-Bourg, prés de la mort, sans qu'un visage blesme L'habillast en vaincu, se devestit soy-mesme La robe, en s'escriant : « Cessez voz bruslemens, Cessez, ô sénateurs! Tirez de mes tourmens Ce proffit , le dernier, de changer de courage En repentance à Dieu. « Puis, tournant son visage Au peuple , il dit : «. Amis, meurtrier je ne suis poinct : C'est pour Dieu l'immortel que je meurs en ce poinct. » Puis comme on l'eslevoit, attendant que son ame Laissast son corps heureux au licol , à la flame : Cl Mon Dieu, vray juge et père, au milieu du trespas Je ne t'ay poinct laissé, ne m'abandonne pas i-'^ - Tout-Puissant, de ta force assiste mafoiblesse : Ne me laisse, Seigneur, de peur que je te laisse. »

0 François , ô Flamens, (car je ne fay de vous Qu'un peuple, qu'une humeur, peuple bénin et doux), Anvers, Cambray, Tournay, Mons et Valenciennes, De voz braves tesmoings nos histoires sont plaines. Pourrois-je desployer vos morts, vos brulemens, Vos tenailles en feu , vos vifs enterremens !

I . Ce vers, fort obscur et de bien mauvais goût , est expliqué par le passage suivant de {'Histoire universdle t. i, p. i22; : « Après quelques fuittes sur les formalitez de juge-, quelques «onfessions en termes ambigus, selon que nous ont rapporté aucuns prisonniers avec lui , la dame de la Caille, Parisienne, prisonnière et depuis bruslée, lui ayant reproché par une fenestre que ses fuittes sentoyent le regnard du inonde, et non l'agneau de Christ , il prit dès lors toutes longueurs à contre-coeur, reforma sa confession, la rendit plus claire et plus franche, etc., etc. » Voy. sur Marguerite Le Riche, dite dame ds la Caille, Crespin,' fol. 465 et suivants.

Les Feux. i8^

Je ne fay qu'un indice à un plus gros ouvrage Auquel vous ne pourrez qu'admirer davantage, Comment ce peuple tendre a trouvé de tels cœurs, Si fermes en constance ou si durs en rigueurs.

Mais Dieu voulut encor à sa gloire immortelle Prescher dans l'Italie et en Rome infidelle, Donner à ces félons les cœurs de ses agneaux Pour mourir par leurs mains, prophètes de leurs maux. Vous avez veu du cœur? Voulez-vous de l'adresse, Et veoir le fin Satan vaincu par la finesse.?

Montalchine, l'honneur de Lombardie (i), il faut Qu'en ce lieu je t'eslève un plus brave eschafaut Que celuy sur lequel aux portes du grand temple Tu fus martyr de Dieu et des martyrs l'exemple.

L'Antéchrist descouvrant que peu avoient servi Les vies que sa main au jour avoit ravi : Voyant qu'au lieux publics de Dieu lestesmoignages, Au lieu de donner peur, redoubloient les courages, Résolut de cacher ses meurtres désormais De la secrette nuict soubs les voilles espais. Le geôlier qui alors detenoit Montalchine, Voyant que contre luy l'injustice machine Une secrette mort, l'en voulut advertir. Ce vieil soldat de Christ feignit un repentir, Fait ses juges venir, et après la sentence Leur promet d'anoncer l'entière repentance De ses fausses erreurs, et que publicquement II se desisteroit de ce que faussement Il avoit enseigné. On asseura sa vie.

Et sa promesse fut de promesses suivie. Or, pour tirer de luy un plus notable fruict. On publia partout sur les aisles du bruit L'heure et le lieu choisi : chacun vient pour s'instruire, Et Montalchine fut conduict pour se desdire Sur l'eschafaut dressé : là du peuple il fut veu

I. Jean Molle, né à Montalcino (^Toscane). Voy. Crespin, fol. 258, verso, et Hist. univ., t. i, p. 104.

En chemise, tenant deux grands torches en feu :

Puis ayant de sa main commandé le silence (1)

D'un grand peuple amassé, en ce poinct il commence :

« Mes frères en amour et en soin mes enfans, Vous m'avez escouté des-ja par divers ans Preschant et enseignant une vive doctrine, Qui a troublé vos sens; voyez-ci Montalchine, Lequel homme et pécheur subject à vanité. Ne peut avoir tousjours prononcé vérité : Vous orrez sans murmure à la fin la sentence Des deux oppinions et de leur différence.

« Trois mots feront partout le vray département Des contraires raisons, SEUL, seule et seulement. J'ay presché que Jésus nous est SEUL pour hostie, Seul sacrificateur, qui SEUL se sacrifie : Les docteurs autrement disent que le vray corps Est sans pain immolé pour les vifs et les morts, Que nous avons besoin que le prestre sans cesse Resacrifie encor Jesus-Christ en la messe. J'ay dict que nous prenons, prenans le sacrement. Cette manne du ciel par la foy seulement ; Les docteurs, que le corps en chair et en sang entre, Ayant souffert les dents , aux offices du ventre. J'ay dict que Jésus SEUL est nostre intercesseur, Qu'à son père l'accez par luy seul nous est seur : Les docteurs disent plus, et veulent que l'on prie Les saincts médiateurs et la Vierge Marie. J'ay dict qu'en la foy SEULE on est justifié, Et qu'en la SEULE grâce est le salut fié : Les docteurs autrement, et veulent que l'on face Les œuvres pour aider et la foy et la grâce. J'ay dict que Jésus SEUL peut la grâce donner, Qu'autre que luy ne peut remettre et pardonner : Eux , que le pape tient , soubs ses cleis et puissances , Tous thresors de l'église et toutes indulgences. J'ay dict que l'Ancien et Nouveau Testament

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