‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 142 sur 313 · I. Parcourre. — 2. Chargés de fers · texte numérisé non relu

I. Parcourre. — 2. Chargés de fers

190 Les Tragiqjjes.

Qui mesprise la mort('), que luy fera de tort Le regard asseuré des outils de la mort ? L'ame, des yeux du ciel, void au ciel l'invisible, Le mal horrible au corps ne luy est pas horrible; Les ongles de la mort n'apporteront que feu A qui se souviendra que ce qu'elle oste est peu. Un caterre (2) nous peut oster(5) chose pareille ; Nous en perdons autant d'une douleur d'oreille; Une humeur corrompue, un petit vent mauvais , Une veine picquée, ont de pareils effects. Et ce fascheux apprest pour qui le poil nous dresse , C'est ce qu'à pas contez (4) traine à soy la viellesse. L'assassin condamné à souffrir seulement Sur chasque membre un coup, pour languir longuement, Demande le cinquiesme à l'estomach (î), et pense Par ce coup plus mortel adoucir la sentence. [La mort à petit feu est bien autre douleur Qu'un prompt embrasement, et c'est une faveur Quand pour faire bien tost l'ame du corps dissoudre On met sous le menton du patient la poudre.] Les sévères prevosts, choisissans les tourmens, Tiennent les courts plus doux, et plus durs les plus lents, Et quand la mort à nous d'un brave coup se joue, Nous desirons languir long-temps sur nostre roiie (6). Le sang de l'homme est peu, son mespris est beaucoup : Qui le mesprisera pourra voir tout à coup Les canons , la fumée et les fronts des batailles : Ou mieux les fers , les feux , les couteaux, les tenailles, La roue et les cordeaux; cettuy-là pourra voir Le précipice bas dans lequel il doit choir; Mespriser la montagne , et de libre secousse ,

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