I. VaT. : Qu'à la force du mal
Les Feux. 197
En l'air elle haussa cette main dégouttante,
Et pour dernière voix elle dist, gémissante :
«0 Dieu, prens-moy la main, prens-la, Dieu secourant,
Soustien-moy, conduy-moy au petit demeurant
De mes maux achevez : il ne faut plus qu'une heure
Pour faire qu'en ton sein à mon aise je meure.
Et que je meure en toy comme en toy j'ay vescu.
Le mal gaigne le corps, pren l'esprit invaincu. »
Sa parole affoiblit, à peine elle profère
Les noms demi-sonnez de sa sœur et sa mère
D'un visage plus gay elle tourna les yeux
Vers le ciel de son lict, les plante dans les Cieux,
Puis à petits soupirs, l'ame vive s'advance
Et après les regards et après l'espérance.
Dieu ne refuza point la main de cet enfant,
Son œil vid l'œil mourant, le baisa triumphant,
Sa main luy prit la main, et sa dernière haleine
Fuma au sein de Dieu qui, présent à sa peine,
Luy sousteint le menton, l'esveilla de sa voix;
Il larmoya sur elle, il ferma de ses doigts
La bouche de louange, achevant sa prière,
Baissant des mesmes doigts pour la fin la paupière :
L'air tonna, le ciel plut, les simples elemens
Sentirent à ce coup tourment de ces tourmens.
0 François desreglez, où logent vos polices, Puis que vos hospitaux servent à tels offices ? • Que feront vos bourdeaux et vos berlans pilleurs, La forest, le rocher, la caverne aux voleurs }
Mais quoy ? des saincts tesmoins la constance affermie Avoit lassé les poings de la gent ennemie , Noyé l'ardeur des feux, séché le cours des eaux, Emoussé tous les fers, usé tous les cordeaux, Quand des autels de Dieu l'inextinguible zèle Mit en feu l'estomac de maint et maint fidèle : Sur tout de trois Anglois(i), qui, en se complaignant Que des affections le grand feu s'esteignant,