I . Un dessous clair. — 2. Saint Etienne
3. Ces vers avoient déjà été imprimés, mais avec de notables différences, dans la lettre à Madame sur la douceur des afflictions. Les voici avec les quelques lignes qui les précèdent dans ce petit écrit :
« Tout Paris est tesmoin que telles beautés non accoustumées parurent au visage de la damoiselle de Graveron et de ses (lisez ces) deux sœurs qui furent couronnées du martyre au temps des barricades. Bien-heureux sont ceux que l'esprit de Dieu esdaircit et polit, et qui, comme un cristal reluisant, ou plus tost comme les astres, renvoyent les rayons de la face de Dieu , qui se mire en eux , aux yeux des anges et des humains !
« L'auteur cy-dessus allégué (d'Aubigné;, escrivant de ces sœurs , dit en ces termes :
Nature s'employant à cette trinité ,
A ce point vous para d'angelique beauté;
Et pource qu'elle avoit en son sein préparées
Des beautés pour vous rendre en vos jours honorées ,
Elle prit tout d'un coup l'amas fait pour tousjours
204 Les Tragiqjjes.
O astres bien heureux, qui rendent à nostre œil Ses mirouers et rayons, lunes (0 du grand soleil !
Dieu vid donc de ses yeux, d'un moment dix mil Rire à sa vérité, en despitant les fiâmes: [âmes
Les uns qui, tous chenus d'ans et de saincteté, Mouroient blancs de la teste et de la pieté; Les autres mesprisans au plus fort de leur aage L'efTort de leurs plaisirs, eurent pareil courage A leurs virilitez, et les petis enfants , De qui l'ame n'estoit tendre comme les ans, [velles Donnoient gloire au grand Dieu, et de chansons nou- S'en couroient à la mort au sortir des mamelles. (Quelques uns des plus grands, de qui Dieu ne voulut Le salut impossible, et d'autres qu'il esleut, Pour prouver par la mort, constamment recerchée, La docte vérité comme ils l'avoient preschée. Mais beaucoup plus à plain qu'aux doctes et aux grands, Sur les pauvres abjects sainctement ignorans Parut sa grand bonté, quand les braves courages Que Dieu voulut tirer des fanges des villages , Vindrent faire rougir devant les yeux des rois
En donnant à un jour l'apprest de tous vos jours ; Elle prit à deux mains les beautés sans mesure, Beautés que vous donnez au Roy de la n.'ture, Et à ce coup prodigue en vous , ses chers enfans , Ce qu'elle reservoit pour le cours de vos ans. Ainsi le beau soleil monstre un plus beau visage Dans le centre plus clair sous l'espais du nuage , Et ce par regretter et par désirs aimer, Quand ses rayons du soir se plongent en la mer. Ce coucher en beaux draps que le soleil décore Promet le lendemain une plus belle aurore : Aussi ce beau coucher tesmoigne à ces martyrs La résurrection sans pluye et sans souspirs. Ces martyrs s'avançoyent d'où retournoit Moïse Quand sa face parut si belle et si exquise. D'entre les couronnés le premier couronné De tels rayons se vid le front environné: Tel en voyant son Dieu fut veu le grant Estienne Quand la face de Dieu brilla dedans la sienne.