‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 160 sur 313 · Var. : d'honneur, d'or et de bien · texte numérisé non relu

Var. : d'honneur, d'or et de bien

De tant de braves cœurs et d'excellens esprits Bien peu refuseront du sang juste le pris : C'est alors que je tiens plus seure la deffaitte, Quand le mal d'Israël viendra par le prophette. [Que je face toucher l'hypocrite pasteur L'impure pension ('), si bien qu'esprit menteur, J'entre aux chefs des Achabs par langues desbauchées, De mes cornus (2) donnans des soufflets aux Michées. Ces faux Sedecias , .puissans d'or et faveur, Vaincront par doux propos sous le nom du Sauveur : Flatteurs, ils poliront de leurs friandes limes Le discours équivoque et les mots homonimes.] Deschaine-moy les poings, remets entre mes mains Ces chrestiens obstinez qui, parmi les humains. Font gloire de ton nom ; si ma force est esteinte. Lors je confesseray que ton Eglise est saincte.

— Je te permets, Satan (dist l'Eternel alors), D'esteindre par le fer la plus-part de leur corps : Fay, selon ton dessein, les âmes réservées. Qui sont en mon conseil, avant le temps sauvées. Ta ruse n'enclorra que les abandonnez Qui furent nez pour toy premier que feussent nez : Mes champions vainqueurs , vaisseaux de ma victoire, Feront servir ta ruse et ta peine à ma gloire. »

Le ciel pur se fendit ; se fendant il eslance Ceste peste du ciel aux pestes de la France : n trouble tout , passant : car, à son devaller, Son précipice (1) esmeut les malices de l'air, Leur donne pour tambour et chamade un tonnerre : L'air qui estoit en paix confus se trouve en guerre. Les esprits des humains, agitez de fureurs, Eurent part au changer des corps supérieurs. L'esprit dans un tiphon(4) pirouettant arrive De Seine , tout poudreux , a l'ondoyante rive.

Ce que premier il trouve à son advenement

I . Que je fasse le pasteur toucher une pension. — 2. De mes doigts cornus? — 3 Sa chute. — ■ 4. Un tourbillon.

Les Fers. 215

Fut le preparatif du brave bastiment

Que desseignoit pour lors la peste florentine,

De dix mille maisons il voua la ruine

Pour estoffe au dessein : le serpent captieux

Entra dans cette reine, et , pour y entrer mieux,

Fit un corps aëré de colomnes parfaites ,

De pavillons hautains , de folles girouettes ,

De dômes accomplis , d'escaliers sans noyaux ,

Fenestrages dorez , pilastres et portaux ,

De sales , cabinets , de chambres , galeries ,

En fin d'un tel project que sont lesThuilleries.

Comme idée , il gaigna l'imagination.

Du chef de cette reine il print possession ;

L'ardent désir logé avorte d'autres vices.

Car, ce que peut troubler ces desseins d'édifices

Est condamné à mort par ces volans désirs,

A qui le sang n'est cher pour servir aux plaisirs.

Ce butin conquesté , cet œil ardant descouvre

Tant de gibier pour soy dans le palais du Louvre,

Il s'acharne au pillage, et l'enchanteur ruzé,

Tantost en conseiller finement desguisé ,

En prescheur pénitent et en homme d'église,

Il mutine aisément, il conjure, il attize.

Le sang, l'esprit, le cœur et l'oreille des grands,

Rien ne luy est fermé , mesme il entre dedans

Le conseil plus estroit (') : pour mieux filer sa trame,

Quelquefois il se vest d'un visage de femme ,

Et pour piper un cœur s'arme d'une beauté ;

S'il faut s'authoriser, il prend l'authorité

D'un visage chenu qu'en rides il assemble ,

Penchant son corps voûté sur un baston qui tremble ;

Donne au proverbe vieux ce que peut faire l'art

Pour y accommoder le style d'un vieillard.

Pour l'œil d'un fat bigot, l'aftronteur hypocrite

De chapelets s'enchaine en guise d'un hermite.

Chaussé de capuchons et de frocs incognus

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