‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 168 sur 313 · Mettent les genoux en terre · texte numérisé non relu

Mettent les genoux en terre

224 ^ES Tragiques.

Et luy disons : Mon ame en tes mains je viens rendre , Car tu m'as racheté, ô Dieu de vérité ! » De gauche le troupeau jà s'estoit arresté, Admirant le spectacle , et comme il s'avoisine , L'un recognoist sa sœur, et l'autre sa cousine. C'estoyent cent chevaliers qui depuis Moncontour, Ayant tracé de France un presque demi-tour Vers leur pays natal à poinct se vindrent rendre Pour des gorges du loup ces agnelets défendre. Leur loisir fut de faire une haye audevant Des prosternés, et puis mettre l'espée au vent. Bien que l'ennemi fust au double et davantage , Au changer de gibier se fondit leur courage. Ils s'estoyent apprestés à fendre du couteau L'estamine ninomple ( " ) et la tendrette peau : Mais ils trouvent du fer, qui à peu de défense Mit en pièces le tout, horsmis un qui s'eslance Dedans un arbre creux, eschappant de ce lieu, Pour effrayer les siens des merveilles de Dieu (2).]

Mais je voy Navarrin (5) : sa délivrance estrange Fait sonner de Béarn une voix de louange : Le haut ciel aujourd'huy a peint en ses pourpris Dix mille hommes desfaits, vint et deux canons pris, Une ville (4), un chasteau, dans l'effroy du desordre Soubs trente cavalliers perdre l'honneur et l'ordre : Un seul soleil esclaire à seize cens soldats Qui conduits d'un lion (S) rendent tous ces combats.

Lusson (6), tu y es peint avec la troupe heureuse Qui, dès le poinct du jour, chante victorieuse :

1 . Je n'ai pu , malgré mes recherches , déterminer le sens du mot ninomple , que je n'ai trouvé employé nulle part , et sur lequel personne n'a pu me donner de renseignements.

2. Voy. le récit que fait d'Aubigné, Hist. univ., t. i, 1. 5, ch. 1 3, p. 41 5 et suiv., de cet événement, qui se passa en i J69.

3. Navarreins, en Béarn. Voy. sur ce fait d'armes Hist. univ., t. I, 1. 5, ch. 14, p. 419-420.

Page 1