Les petites troupes
3. Renée, duchesse de Ferrare, fille de Louis XU. Montargis, qui lui avoit été donné en apanage, étoit devenu un asile pour les réformés.
Les Fers. 22}
Fut dit père du peuple : entre ses bras royaux Estoyent cachés de Dieu les serviteurs loyaux, Mais le nombre estant creu jusqu'à mille familles, Du grand puits infernal les puantes chenilles Infectèrent le sein de Charles sans pitié, Lui firent mettre aux pieds l'honneur et l'amitié. Il perdit le respect d'une tante si saincte. Un messager de mort(i) lui porta la contrainte De desgarnir cinq cens ou foyers ou logis, Et d'en vuider les murs du triste Montargis. Voici femmes, vieillards et enfans qui n'ont armes Que des cris vers le ciel, vers la terre des larmes. Dans le chemin de mort. Telle qui autresfois Avoit en grand langueur fait ses couches d'un mois. Les fait sans s'arrester heureuse, et sans peine: Une tient d'une main un enfant qu'elle meine, L'autre lui tient la robe, et le tiers sur les bras; Le quart s'appuye en vain sur son vieux père las; Le malade se traîne, ou par ordre se jette Sur le rare secours d'une vile charrette. Ce troupeau harassé et de vivre et d'aller, Vid sur les bords de Loire eslever dedans l'air De poussière un grand corps, et puis dans le nuage Leur parut des meurtriers le hideux equippage, Trois cornettes, et sous les funestes drapeaux, Brilloyent les coutelas dans les mains des bourreaux. Mais encor, à la gauche, une autre moindre troupe S'avance de plus près, et tout espoir leur coupe, Horsmis celui du Ciel : là vont les yeux de tous, Qui, ployans cœurs et mains, atterrent (2) les genoux. Et le pasteur Beaumont, comme on fait aux batailles, Harangua de ces mots un escadron d'ouailles : « Que fuyons-nous? la vie. A quoi cercher? la mort. Cerchons-nous la tempeste } Avons-nous peur du port ? Tendons les mains à Dieu puisqu'il nous les veut tendre,