I. Henri de Navarre et ie prince deCondé. Tragiques. — I. l
Les cœurs des assistans quels qu'ils fussent, et puis Le jour effraye l'œil quand l'insensé descouvre Les corbeaux noircissans le pavillon du Louvre (i).
Catherine, au cœur dur, par feinte s'esjouit, La tendre Elisabeth (2) tombe et s'esvanouit; Du roy, jusqu'à la mort, la conscience immonde Le ronge sur le soir, toute la nuict luy gronde, Le jo'r siffle en serpent; sa propre ame luy nuit, Elle mesnie se craint, elle d'elle s'enfuit.
Toy, Prince(5), prisonnier, tesmoin de ces merveil- Tu as de tels discours enseigné nos oreilles; [les,
On a veu à ta table, en publicq, tes cheveux Hérisser en contant tels accidents affreux. Si un jour, oublieux, tu en perds la mémoire. Dieu s'en souviendra bien à ta honte, à sa gloire. L'homme ne fut plus homme, ains le signe plus grand D'un excez sans mesure aparut quant et quant : Car il ne fut permis aux yeux forcez du père De pleurer sur son fils; sans parole, la mère Voyoit traîner le fruict de son ventre et son cœur; La plainte fut sans voix, muette la douleur. L'espion attentif, redouté, prenoit garde Sur celuy qui, d'un aMl moins furieux, regarde. L'oreille de la mousche (4) espie en tous endroicts Si quelque bouche preste à son ame la voix. Si quelqu'un va chercher en la barge (s) commune Son mort, pour son tesmoin il ne prend que la lune. Aussi bien au clair jour ses membres destranchez Ne sedicernent plus fidellement cerchez.
Que si la tendre fille ou bien l'espouse tendre Cherchent père ou mary, crainte de se mesprandre,
1. Voy. à ce sujet Hist. univ., t. 2, 1. i, ch. 6, p. $66, D'Aubigné affirme tenir ce récit de Henri IV, et , ajoute-t- il , « j'ai force témoins vivants qu'il n'a jamais fait ce discours qu'en sentant et nous montrant ses cheveux hérissés. »