Ibid., p
}. Ces vers dans l'édition sans date remplacent les deux suivants ;
Puis ces coups tant blâmez enfin par ces citez Furent à moins de nombre à regret imitez.
Les Fers. 245
Se perdit en suivant l'exemple abominable.
Dax suivit mesme jeu (1). Leurs voisins belliqueux Prirent autre patron et autre exemple qu'eux. Tu as (dis-tu) soldats, et non bourreaux, Bayonne (î); Tu as de liberté emporté la couronne.
Couronne de douceur, qui, en si durmeschef, De doux de diamans est ferme sur ton chef.
Où voulez-vous, mes yeux, courir ville après ville, Pour descrire des morts jusques à trente mille.? Quels mots trouverez-vous , quel style, pour nommer Tant de flots renaissans de l'impiteuse mer.'' Œil, qui as leu ces traits, si tu escoute, oreille, Encor un peu d'haleine à sçavoir la merveille De ceux que Dieu tira des ombres du tombeau. Nous changeons de p.ropos. Voy encor ce tableau De Bourge (5) : on y connoit la brigade constante De quelques citoyens, bien contez pour quarante , Et recontez après, afin qu'il n'arrivast Que par mesgarde aucun condamné se sauvast. Au naistre du soleil, un à un on les tue; On les met cinq à cinq , exposez à la veue Du transi magistrat. Le conte (4), bien trouvé, Acertena (s) la mort que rien n'estoit sauvé. Cette injuste justice, au tiers jour amassée, Oit le son estouffé , la voix triste et cassée D'un gosier languissant. Ceux qui, par plusieurs fois,
1. Voy. dans VHist. univ. (t. 2, 1. 3,ch. 15} la sanglante vengeance que d'Aubigné tira de la part que les habitants de Dax avoient prise au massacre des huguenots.
2. L'authenticité du texte de l'admirable lettre par laquelle le vicomte d'Orthez , gouverneur de Bayonne, répondit aux ordres de Charles IX , a été révoquée en doute. Elle n'est rapportée que par d'Aubigné (Hist. univ., p. 560). Je croirois volontiers que notre historien , en relatant un fait vrai au fond , lui a donné la forme sous laquelle il nous l'a fait connoître.
5. Cf. Hist. univ., ibid., p. $57. — 4. Le compte. — 5. Assura.
246 Les Tragiq^ues.
Cerchèrent, curieux, d'où partoit cette voix,
Descouvrent à la fin qu'un vieillard , plein d'envie
D'alonger les travaux, les peines de la vie,
S'estoit précipité dans un profond pertuis.
La faim fit resonner l'abysme de son puis,
Estant un des bouchers depesché en sa place.
Ces juges contemploient avec craintive face
Du siècle un vray portrait, du malheur le miroir;
Il luy donne du pain, pour en luy faire voir
Comment Dieu met la vie aux périls plus extrêmes,
Parmi les os et nerfs de la mort pasie et blesme.
Relève l'estonné, affoiblit le plus fort,
Pour donner au meurtrier, par son couteau, lamort(').
Caumont(2),qui à douze ans eus ton père et ton frère Pour cuirasse pesante, appren ce qu'il faut faire , Quel prince t'a tiré, quel bras fut ton secours: Tes père et frères sont dessus toy tous les jours. Nature vous forma d'une mesme substance, La mort vous assembla comme fit la naissance , Cousu , mort avec eux et vif, tu as de quoy Tes compagnons de mort faire vivre par toy. Ton sein est pour jamais teint du sang de tes proches, Dieu t'a sauvé par grâce ou bien c'est pour reproches : Grâce , en mettant pour luy l'esprit qui t'a remis ; Reproche , en te faisant serf de tes ennemis.
De pareille façon ^ on void couché en terre , Celuy qu'en trente lieux son ennemi enferre (5) : Une troupe y accourt, dont chacun fut lassé
1 . Les prisonniers avoient été comptés avant d'être massacrés. L'un d'eux s'étant caché, les meurtriers complétèrent le nombre des victimes en mettant à mort un prêtre détenu pour dettes. [Hist. univ., ibid.)
2. Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France , né en in9, mort en 1652. Ses Mémoires ont été publiés en 184? par M. le marquis de la Grange, 4 vol. in 8. On sait qu'il échappa au mass.Tcre en se cachant sous les cadavres de son père et de ses frères.