‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 214 sur 313 · Var. : Regardons · texte numérisé non relu

Var. : Regardons

Vengeances. 287

Susceptibles ne soient d'enthousiasmes saincts , Encores trouvons-nous les exprès tesmoignages Que Nature ne peut avouer pour ouvrages : Encores le chrestien aura ici dedans Pour chanter; l'atheiste en grincera les dents.

Archevesque Arondel(i), qui en la Cantorbie Voulus boucher le cours des paroles de vie, Ton sein encontre Dieu enflé d'orgueil souffla, Ta langue blasphémante encontre toy s'enfla ; Et, lors qu'à vérité le chemin elle bousche. Au pain elle ferma le chemin et la bouche. Tu lermois le passage au subtil vent de Dieu, Le vent de Dieu passa, le tien n'eut poinct de lieu. Au ravisseur de vie en ce poinct fut ravie, Par l'instrument de vivre, et l'une et l'autre vie : L'Eglise il affama; Dieu luy osta le pain.

Voicy d'autres efTects d'une bizarre faim , L'affamé (2) qui voulut saouler sa folle (?) rage Du nez d'un bon pasteur, l'arracher du visage, Le casser de ses dents et l'avaller après, Fut puny comme il faut : car il sortit exprès Des bois les plus secrets un loup qui du visage Luv arrache le nez et luy cracha la rage : Il fut seul qui sentit la vengeance et le coup Et qui seul irrita la fureur de ce loup. C'est faire son proffict de ces leçons nouvelles De voir que tous péchez ont les vengeances telles Que mérite le faict, et que les jugemens Dedans nous, contre nous, trouvent les instrumens : De voir comme Dieu peint, par juste analogie, Du crayon de la mort les couleurs de la vie.

1. Thomas Arundel, archevêque de Cantorbéry, mort en 141 4. Il se signala par ses persécutions contre Wiclef et les Lollards. (Hist. univ., t. i, p. m.)

2. Il s'agit d'un Piémontais et d'un pasteur d'Angrogne. [Hist. univ., t. i, p. }.)

}. Var. : sa brutte rage.

288 Les Tragiq ues.

Quand le comte Félix (i) (nom sans félicité), De colère et de vin yvre, se fut vanté Qu'au lendemain ses pieds, prenans couleurs nouvelles, Rougiroient les esprons dans le sang des fidelles. Dieu entreprit aussi et jura à son rang; Ce sanglant dès la nuict estouffa dans son sang.

Le stupide Mesnier (2), ministre d'injustice, Tout pareil en désirs, sentit pareil supplice. Supplice remarquable. Et pleust au juste Dieu Ne me sentir contrainct d'attacher en ce lieu Deux semblables portraicts des princes de nostreaage( 3), Princes qui comme jeu ont aimé le carnage, Encontre qui Paris et Anvers tous sanglans Solicitent le ciel de courroux violans.

Leur rouge mort aussi fut marque de leur vie, Leur puante charongne et l'ame empuantie Partagèrent sortans de l'impudique flanc Une mer de forfaicts et un fleuve de sang.

Aussi bien qu'Adrian, aux morts ils s'esjouirent; Comme Maximian, aux villes ils permirent Le sac : leur sang coula ainsi que (4) d'Adrian. Ils ont eu des parfuns du faux Maximian. Quel songe ou vision trouble ma fantaisie. Me faict voir de Paris la fange cramoisie, Traîner le sang d'un roy à la mercy des chiens, Roy qui eut en mespris le sang versé des siens.''

Qui veut sçavoir comment la vengeance divine A bien sçeu où dormoit d'Herode la vermine

1. Voy. Hist univ., t. i, p. 112. Je crois que c'est le comte Féhx, chef de lansquenets, dont il est question dans les Mémoires de Fleurange , ch. 74 et suiv.

2. Jean Mesnier, baron d'Oppède, président du parlement de Grenoble, se signala par ses cruautés dans l'affaire de Cabrières et de Mermdol. Voy. de Thou, 1. 6; Apol. pour Hérod., ch. 19 et 26.

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