Var
Empuanti de toy, et t'atteint la vengeance Au poinct que le repos donna trêve la France.
Le duc de Raiz é oit en effet le dernier survivant des cinq seigneurs qui assistèrer,^ au conseil où fut décidé la Saint- Barthélémy, savoir : Henri d'Angoulêine, le duc de Nevers, Tavannes et Birague.
2. La duchesse de Raiz, dont d'Aubigné étoit parent. Voy. Mémoires, p. 98. — 3. De la parenté.
4. Dans la première édition, au lieu de ces six vers, on ne trouve que les deux suivants :
Du malheur domestiq' tu as versé les plaintes En mon sein , et je suis prophète de nos craintes.
5. Marcello Crescentio, cardinal, président du coiiciie de Trente. H mourut en isjz, croyant être poursuivi par un chien noir. Voy. de Thou, 1. 9; Hist. univ., t. 2, p. 1 12.
296 Les Tragiqjjes.
Ton mal, le mal la mort, la mort le desespoir (').
Je me haste à porter dans le fonds de ce temple D'Olivier (2), chancelier, le tableau et l'exemple : Cettuy-ci, visité du cardinal sans pair(?), Sans pair en trahison, sentit saillir d'enfer Les hostes de Saul ou du cardinal mesme, Q^uand son corps plus changé que n'estoit la mort blesnie. Ce corps sec, si caduc qu'il ne levoit la main De l'estomac au front, aussi tost qu'il fut plain Des dons du cardinal , du bas jusques au faiste Enlevoit les talons aussi-tost que la teste, Tomboit, se redressoit, mit en pièces son lict, S'escria de deux voix : « 0 cardinal maudit. Tu nous fais tous damner! » Et, à cette parolle, Cette peste s'en va et cette ame s'envole.
Cette force inconnue et ces bonds violens Eurent mesme moteur que ces grands mouvemens Que sent encor la France, ou que ceux qui parurent Quand dans ce cardinal tant de diables moururent: Au moins eussent (4) plustost supporté le tombeau Que de perdre en ce monde un organe si beau : On a celé sa mort et caché la fumée Que ce puant flambeau de la France allumée, Esteint, aura rendu ; mais le courroux des Cieux Donna de ce spectacle une idée à nos yeux. L'air noirci de démons ainsi que de nuages Creva des quatre parts d'impétueux orages (j) :
1 . Lorsque le mal t'eut fait voir la mort, et la mort le désespoir.
2. François Olivier, chancelier de France, mort en 1560. Voy. Crespin, fol. 517; Apolog. pour Hcrod., ch. 26.
}. Le cardinal de Lorraine. De Thou (1. 24) et Régnier de la Planche IHist. de l' estât de France, année ij6o) racontent la visite que le cardinal fit au chancelier quelques heures avant la mort de celui-ci. Cf. Apol. pour Hérod., ch. 17. — 4. Les diables eussent.
j. Le cardinal de Lorraine mourut le 26 décembre i J74. On a vu plus haut (p. 62) que le jour de sa mort un ouragan sévit dans presque toute la France. Voy. L'E?toile, t. i , p. 48, 49 et 54.
Vengeances. 297
Les vents, les postillons de l'ire du grand Dieu,
Troublez de cet esprist, retroublèrent tout lieu.
Les déluges espais des larmes de la France
Rendirent l'air tout eau de leur noire abondance.
Cet esprit boutefeu, au bondir de ces lieux,
De foudres et d'esclairs mit le feu dans les cieux.
De l'enfer tout fumeux la porte desserrée
A celuy qui l'emplit prépara cette entrée;
La terre s'en creva, la mer enfla ses monts.
Ses monts et non ses flots, pour couller par son fond
Mille maux aux enfers, comme si par ces vies
Satan goustoit encor des vieilles inferies
Dont l'odeur luy plaisoit , quand les anciens Romains
Sacrifioient l'humain aux cendres des humains.
L'enfer en triumpha , l'air et la terre et l'onde
Refaisant le cahos qui fut avant le monde.
Le combat des démons à ce butin fut tel
Que des chiens la curée au corps de Jezabel ,
Ou d'un prince françois qui, d'un clas(i) de la sorte,
Fit sonner le maillet de l'infernalle porte.
Scribes, qui demandez aux tesmoignages saincts Qu'ils fascinent voz yeux de vos miracles feints. Si vous pouvez user des yeux et des oreilles. Voyez ces monstres hauts, entendez ces merveilles. Y a-il rien commun.' Trouvez-vous de ces tours De la sage nature en l'ordinaire cours.'
Le meurtrier sent le meurtre , et le paillard attise En son sang le venin fruict de sa paillardise; L'irrité contre Dieu est frappé de courroux; Les eslevez d'orgueil sont abatus de poux ; Dieu frappe de frayeur le fendant téméraire, De feu le bouttefeu , de sang le sanguinaire. Trouvez-vous ces raisons en la chaisne du sort , Telle proportion de la vie à la mort ? Est-il vicissitude ou fortune qui puisse Fausse et folle trouver si à poinct la justice ?