‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 226 sur 313 · Esteule, paille. — 4. Voy. Juges , ch. 7, vers · texte numérisé non relu

Esteule, paille. — 4. Voy. Juges , ch. 7, vers

Jugement. 503

Et Madian sera desfait par son couteau.

Les trente mille avoyent esté l'air à vos faces :

A vos fronts triomphans ils vont quitter leur place.

Vos grands vous estouffoyent, magnanimes guerriers :

Vous lèverez en haut la cime à vos lauriers.

Du fertil champ d'honneur Dieu cercle ces espines

Pour en faire succer l'humeur à vos racines.

Si mesmes de vos troncs vous voyez assécher

Les rameaux vos germains, c'est qu'ils souloyent cacher

Et vos fleurs, et vos fruicts, et vos branches plus vertes,

Qui plus rempliront l'air estant plus descouvertes.

Telle est du sacré mont la génération Qui au Sainct de Jacob met son affection. Le jour s'approche auquel auront ces débonnaires Fermes prospérités, victoires ordinaires ; Voire dedans leurs licts il faudra qu'on les oye S'esgayer en chantant de tressaillante joye. ils auront tout d'un temps à la bouche leurs chants, Et porteront au poing un glaive à deu.x tranchans Pour fouler à leurs pieds, pour destruire et desfaire Des ennemis de Dieu la canaille adversaire. Voire pour empoigner et mener prisonniers Les empereurs, les rois et princes les plus fiers, Les mettre aux ceps, aux fers, punir leur arrogance Par les effects sanglans d'une juste vengeance; Si que ton pied vainqueur tout entier baignera Dans le sang qui du meurtre à tas regorgera , Et dedans le canal de la tuerie extrême Les chiens se gorgeront du sang de leur chef mesme.

Je retourne à la gauche, ô esclaves tondus! Aux diables faux marchands et pour néant vendus. Vous leur avez vendu, livré, donné en proye. Ame, sang, vie, honneur! Où en est la monnoye (').?]

Je vous voy là cachés , vous que la peur de mort A fait si mal choisir l'abysme pour le port,

I. Les 58 vers qui précèdent ont été ajoutés dans l'édition s. d.

J64 Les Tragiq ues.

Vous dans l'esprit desquelz une frivole crainte

A la crainte de Dieu et de l'enfer esteinte,

Que l'or faux , l'honneur vain, les serviles Estats

Ont rendu révoltez, parjures, appostats;

De qui les genoux las, les inconstances molles,

Ployent au gré des vents aux pieds de leurs idoles;

Les uns, qui de souspirs inonstrent ouvertement

Que le fourneau du sein est enflé de tourment;

Les autres , devenus stupides par usance,

Font dormir, sans tuer, la pasle conscience,

Qui se resveille et met, forte par son repos.

Ses esguillons crochuz dans les moelles des os.

[Maquignons de Satan , qui , par espoirs et craintes,

Par feintes pietés et par charités feintes,

Diligens charlatans, pipés et maniés

Nos rebelles fuitifs , nos excommuniés,

Vous vous esjouissez, estans retraits (i) de vices

Et puans excremens. Gardés nos immondices.

Nos rongneuses (2) brebis, les pestes du troupeau,

Ou galles que l'Eglise arrache de sa peau.]

— Je vous en veux à vous, bastards ou dégénères ("?), Lasches cœurs qui leschez le sang frais de voz pères Sur les pieds des tueurs; serfs qui avez servy

vj Les bras qui ont la vie à voz pères ravy. Voz pères sortiront des tombeaux effroyables; Leurs images au moins paroistront vénérables A vos sens abbatuz , et vous verrez le sang Qui mesle sur le chef les touffes de poil blanc. Du poil blanc hérissé de voz poltronneries; Ces morts reprocheront le présent de voz vies. En lavant, pour disner avec ces inhumains, Ces pères saisiront voz inutiles mains En disant : « Voy-tu pas que tes mains fayneantes

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