‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 232 sur 313 · I. Var · texte numérisé non relu

I. Var

Restes de ton palais et de ton marbre en cendre.

310 Les Tragiqjjes.

Maudict sera le fruict que tu tiens en tes bras, Dieu maudira du ciel ce que tu béniras : Puante jusqu'au ciel, l'œil de Dieu te déteste, Il attache à ton dos la dévorante peste Et le glaive et la faim dont il fera mourir Ta jeunesse et ton nom pour tout jamais périr.

Soubs toy, Hierusalem meurtrière, révoltée, Hierusalem, qui es Babel ensanglantée, Comme en Hierusalem, diverses factions Doubleront par les tiens tes persécutions; Comme en Hierusalem, de tes portes rebelles Tes mutins te feront prisons et citadelles; Ainsi qu'en elle encor, tes bourgeois affolés, Tes bouttefeux, prendront le faux nom de zélés. Tu mangeras comme elle un jour la chair humaine. Tu subiras le joug pour la fin de ta peine, Puis tu auras repos : ce repos sera tel Que reçoit le mourant avant l'accez mortel. Juifs, Parisiens, très justement vous estes; [phètes. Comme eux traistres, comme eux massacreurs des pro- Je voy courir ces maux , approcher je les voy, Au siège languissant par la main de ton roy.

Cités yvres de sang et encor altérées.

Qui avés soif de sang et de sang enyvrées, Vous sentirez de Dieu l'espouvantable main; Vos terres seront fer et vostre ciel d'airain , Ciel qui au lieu de pluye envoyé sang et poudre, Terre de qui les bleds n'attendent que le foudre. [Vous ne semez que vents en stériles sillons, Vous n'y moissonnerez que volans tourbillons Qui à vos yeux pleurans, folle et vaine canaille, Pueront pirouetter les espics et la paille.] Ce qui en restera et deviendra du grain D'une bouche inconnue estanchera la faim : Dieu suscite de loing, comme une espaisse nue. Un peuple tout sauvage, une gent inconue, Impudente de front, oui n'aura, triumpliant, Ni respect du vieillard ni pitié de l'enfant,

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Jugement. " 511

A qui ne servira la piteuse harangue.

Tes passions n'auront l'usage de la langue :

De tes faux citoyens les détestables corps

Et les chefs traineront exposez au dehors :

Les corbeaux esjouis, tous gorgez de charongne,

Ne verront à l'entour aucun qui les esloigne :

Tes ennemis feront, au milieu de leur camp,

Foire de tes plus forts, qui , vendus à l'encan,

.Ne seront enchéris : aux villes assiégées,

L'œil cruel, affamé ('), des femmes enragées

Regardera la chair de leurs maris aimez;

Les maris forcenés lanceront affamez

Les regards allouviz sur les femmes aymées,

Et les deschireront de leurs dents affamées.

Quoy plus ; celles qui lors en deuil enfanteront

Les enfans demi-nez du ventre arracheront.

Et du ventre à la bouche, afin qu'elles survivent,

Porteront l'avorton et les peaux qui le suyvent.

Ce sont du jugement à venir quelques traits. De l'enfer préparé les débiles portraits; Ce ne sont que miroirs de peines éternelles, 0 quels seront les corps dont les ombres sont telles!

Atheistes vaincus, voftre infidélité N'amusera le cours de la divinité; L'Eternel jugera et les corps et les âmes. Les bénis à la gloire et les autres aux flammes. Le corps, cause du mal , complice du péché, Des verges de l'esprit est justement touché; Il est cause du mal : du juste la justice Ne versera sur l'un de tous deux le supplice (2). De ce corps les cinq sens ont esmeu les désirs; Les membres, leurs valets, ont servi aux plaisirs. Encor plus criminels sont ceux-là qui incitent. Or, s'il les faut punir, il faut qu'ils ressuscitent. Je dis plus, que la chair par contagion rend Violence à l'esprit, qui long-temps se deffend.

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