Var.: L'œil hâve et affamé. — 2. Sur l'un d'eux
^12 Les Tragiqjjes,
Elle, qui de raison son ame pille et prive, Il faut que pour sentir la peine elle revive.
N'apportez poinct icy, sadduciens pervers (i)r Les corps mangez des loups : qui les tire des vers Des loups les tirera. Si on demande comme Un homme sortira hors de la chair de l'homme Qui l'aura dévoré, quand l'homme par la faim Aux hommes a servi de viande et de pain, En vain vous avez peur que la chair dévorée Soit en dispute à deux : la nature ne crée Nulle confusion parmy les elemens; Elle sçait distinguer d'entre les excremens L'ordre qu'elle se garde. Ainsi, elle demande A l'estomac entière et pure la viande : La nourriture impropre est sans corruption Au feu de l'estomac par l'indigestion, Et Nature, qui est grand principe dévie,. N'a-elle le pouvoir qu'aura la maladie?
Elle , qui du confus de tout tempérament Faict un germe parfaict tiré subtilement, Ne peut-elle choisir de la grande matière La naissance seconde ainsi que la première?
Enfans de vanité, qui voulez tout poli , A qui !e style sainct ne semble assez joli. Qui voulez tout coulant et coulez périssables Dans l'éternel oubli, endurez mes vocables Longs et rudes; et, puis que les oracles saincts. Ne vous esmeuvent pas, aux philosophes vains Vous trouverez encor, en doctrine cachée, La résurrection par leurs escrits preschée.
Ils ont chanté que quand les esprits bien-heureux, Par la voye de laict, auront faict nouveaux feux. Le grand moteur fera , par ses métamorphoses, Retourner mesmes corps au retour de leurs causes.
I . La secte des sadducéens ne croyoit ni à l'immortalité de l'âme ni à la résurrection. Voy. Josèphe, Guerre des Juifs, I. 2, ch. 12, /'( fine.
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L'air, qui prend de nouveau tousjours de nouveaux
Pour loger les derniers met les premiers dehors, [corps,
Le feu, la terre et l'eau en font de mesme sorte.
Le despart esloigné de la matière morte
Fait son rond et retourne encor en mesme lieu ,
Et ce tour sent tousjours la présence de Dieu.
Ainsi le changement ne sera la fin nostre :
Il nous change en nous-mesme , et non point en un
Il cherche son estât, fin de son action. [aut:e;
C'est au second repos qu'est la perfection.
Les elemens, muans en leurs règles et sortes,
Rapellent, sans cesser, les créatures mortes
En nouveaux changemens. Le but et le plaisir
N'est pas là, car changer est signe de désir.
Mais, quand le Ciel aura achevé la mesure,
Le rond de tous ses ronds, la parfaicte figure ;
Lors que son encyclie aura parfaict son cours
Et ses membres unis pour la fin de ses tours.
Rien ne s'engendrera : le temps, qui tout consomme,
En l'homme amènera ce qui fut fait pour l'homme.
Lors la matière aura son repos, son plaisir,
La fin du mouvement et la fin du désir.
Quant à tous autres corps qui ne pourront renaistre, Leur estre et leur estât estoit de ne plus estre. L'homme, seul raisonnable, eut l'ame de raison; Cette ame unit à soy d'entière liaison Ce corps essentié du pur de la nature, Qui doit durer autant que la nature dure. Les corps des bestes sont de nature excrément , Desquels elle se purge et dispose autrement, Comme matérielle estant leur forme, et pource Que de matière elle a sa puissance et sa source, Cette puissance mise en acte par le corps. Mais l'ame des humains toute vient du dehors, Et l'homme, qui raisonne une gloire éternelle (Hoste d'éternité), se fera tel comme elle. L'ame, toute divine, eut inclination
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A son corps, et cette ame à sa perfection. Pourra-elle manquer de ce qu'elle souhaitte, Oublier ou changer, sans se faire imparfaicte? Ce principe est très vray que l'instinct naturel Ne souffre manquement qui soit perpétuel. Quand nous considérons l'airain qui s'achemine De la terre bien cuitte en métal , de la mine .Au fourneau; du fourneau on l'affine; l'ouvrier Le mène à son desseing pour fondre un chandelier. Nul de tous ces estats n'est la fin, sinon celle Qu'avoit l'entrepreneur pour but en sa cervelle. Nostre elîormation , nostre dernier repos, Est, selon l'exemplaire, et le but et propos De la cause première, ame qui n'est guidée De prototype, estant soy-mesme son idée. L'homme à sa gloire est fait : telle création Du but de l'Eternel prend eflformation.
[Ce qui est surceleste et sur nos cognoissances Partage du trèspur et des intelligences. (Si lieu se peut nommer) sera le sacré lieu Annobli du changer, habitacle de Dieu.
Mais ce qui a servi au monde sousceleste, Quoyque très-excellent, suivra Testât du reste. L'homme de qui l'esprit et penser est porté. Dessus les Cieux des Cieux, vers la divinité A servir, adorer, contempler et cognoistre. Puis qu'il n'y a mortel que l'abject du bas estre, Est exempt de la loy qui sous la mort se rend, Et de ce privilège a le Ciel pour garant.]
Si aurez-vous, payens, pour juges vos pensées, Sans y penser au vent par vous-mesmes poussées En vos laborieux et si doctes escripts. Où entiers vous voulez, compagnons des esprits, [Avoir droit quelque jour. De vos sens le service Et vos doigts auroyent-ils fait un si haut office Pour n'y participer.? Nenni : vos nobles cœurs Pour des esprits ingrats n'ont semé leurs labeurs.
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Si vos sens eussent creu s'en aller en fumée, lis n'eussent tant sué pour la grand renommée (').] Les poinctes(2) de Memphis, ses grands arcz trium- Obelisques logeans les cenares aux lieux hauts, [phaux, Les labeurs sans utile eslevez pour la gloire, Promettoient à vos sens part en cette mémoire.
Qu'ay-je dict de la cendre eslevée en haut lieu ? Adjoustons que le corps n'estoit mis au milieu Des bustes (5) ou bûchers, mais en cime à la pointe, Et, pour monstrer n'avoir toute espérance esteinte, La face descouverte, ouverte vers les cieux, Vuyde d'esprit, pour soy esperoit quelque mieux. Mais à quoy (4) pour les corps ces despences estranges, Si ces corps n'estoient plus que cendres et que fanges.'' A quoy tant pour un rien .? A quoy les rudes loix Qui arment les tombeaux de franchises et droicts Dont vous aviez orné les corps morts de nos pères.'' -Appellez-vous en vain sacrez vos cimitières (s)?
Ces portraits excellents, gardez de père en fils. De bronze pour durer, de marbre, d'or exquis. Ont-ils portrait (6) les corps, ou l'ame qui s'envole? La royne de Carie a mis pour son Mausole Tant de marbre et d'ivoire, et qui plus est encor Que l'yvoire et le marbre, ell' a pour son trésor En garde à son cher cœur cette cendre commise: Son sein fut un sepulchre, et la brave Artemise A de l'antiquité les proses et les vers. Elle a faict exalter par tout cet univers Son ouvrage construit d'estoffe nom-pareille : Vous en avez dressé la seconde merveille.
1 . Au lieu de ces six vers , on trouve dans l'édition de 1616 les deux vers suivants :
Participer un jour : de vos sens le service Pour soy avec autruy a preste son office.