‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 240 sur 313 · I. Closes · texte numérisé non relu

I. Closes

Jugement. 325

N'est qu'une noire nuict au regard de ses yeux ;

Car il brusle le feu, au soleil il esclaire,

Le centre n'a plus d'ombre et ne fuit sa lumière.

Un grand ange s'escrie à toutes nations: a Venez respondre icy de toutes actions ! L'Eternel veut juger. » Toutes âmes venues Font leurs sièges en rond en la voûte des nues, Et là les chérubins ont au milieu planté Un throsne rayonnant de saincte majesté : II n'en sort que merveille et qu'ardente lumière. Le soleil n'est pas faict d'une estofFe si claire ; L'amas de tous vivans en attend justement La désolation ou le contentement.

Les bons du Sainct-Esprit sentent le tesmoignage, L'aise leur saute au cœur et s'espand au visage; Car, s'ils doivent beaucoup, Dieu leur en a faict don : Ils sont vestus de blanc et lavez de pardon. 0 tribus de Juda! vous estes à la de.xtre, Edom, Moab, Agar, tremblent à la senestre; Les tyrans, abattus, pasles et criminels, Changent leurs vains honneurs aux tourmens étemels. Ils n'ont plus dans le front la furieuse audace; Ils souffrent en tremblant l'impérieuse face, Face qu'il ont frappée, et remarquent assez Le chef, les membres saincts qu'ils avoient transpercez. Ils le virent lié, le voicy les mains hautes ; Ces sévères sourcils viennent conter leurs fautes. L'innocence a changé sacraincte en majestés, Son roseau en acier trenchant des deux costés , Sa croix au tribunal de présence divine. Le Ciel l'a couronné, mais ce n'est plus d'espine : Ores viennent trembler à cet acte dernier Les condamneurs aux pieds du juste prisonnier. Voicy le grand héraut d'une estrange nouvelle, Le messager de mort , mais de mort éternelle. Qui se cache } qui fuit devant les yeux de Dieu ? Vous, Caïns fugitifs, où trouverez-vous lieu } Quand vous auriez les vents collez sous vos aisselles.,

Ou quand l'aube du jour vous presteroit ses aisles, Les monts vous ouvriroient le plus profond rocher, Quand la nuict tascheroit en sa nuict vous cacher, Vous enceindre la mer, vous enlever la nue, Vous ne fuirez de Dieu ny le doigt ny la veue. Or voicy les lions de torches aculez.

Les ours à nez percé, les loups emmuzelez. Tout s'eslève contre eux : les beautez de Nature, Que leur rage troubla de venin et d'ordure. Se confrontent en mire (') et se lèvent contr'eux. » Pourquoy (dira le feu) avez-vous de mes feux, Qui n'estoient ordonnez qu'à l'usage de vie, Faict des bourreaux, valets de vostre tyrannie? » L'air encor une fois contr'eux se troublera. Justice au juge sainct, trouble, demandera, Disant : « Pourquoy, tyrans et furieuses bestes, M'empoisonnastes-vous de charongnes, de pestes. Des corps de vos meurtris. — Pourquoy, diront les eaux, Changeastes-vous en sang l'argent de nos ruisseaux ? >■> Les monts qui ont ridé le front à vos supplices: « Pourquoy nous avez-vous rendus vos précipices ? » « Pourquoy nous avez-vous, diront les arbres, faicts, D'arbres délicieux, exécrables gibets? •» Nature blanche, vive et belle de soy mesme, Présentera son front ridé, fascheux et blesme Aux peuples d'Italie et puis aux nations Qui les ont enviez en leurs inventions, Pour, de poizon mesié au milieu des viandes. Tromper l'amère mort en ses liqueurs friandes, Donner au meurtre faux le mestier de nourrir. Et sous les fleurs de vie embuscher le mourir.

La Terre, avant changer de lustre, se vient plaindre Qu'en son ventre l'on fit ses chers enfans esteindre, En les enterrans vifs, l'ingénieux bourreau Leur dressant leur supplice en leur premier berceau. La mort tesmoignera comment ils l'ont servie;

Page 1