‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 239 sur 313 · I. Var. : Corps guéris du mespris. — 2. A Thulé la froide · texte numérisé non relu

I. Var. : Corps guéris du mespris. — 2. A Thulé la froide

Tragiques. — I. 21

^22 Les Tragiqjjes,

Tels qu'ils sont jouiront de Testât triomphant,

Leurs corps n'estans parfaicts ou desfaicts en vieillesse :

Sur quoi, la plus hardie ou plus haute sagesse

Ose présupposer que la perfection

Veut en l'aage parfait son eslevation,

Et la marquer au poinct des trente-trois années

Qui estoyent en Jésus clauses (i) et terminées,

Quand il quitta la terre et changea, glorieux,

La croix et le sepulchre au tribunal des cieux.

Venons de cette douce et pieuse pensée

A celle qui nous est aux saincts escrits laissée.]

Voicy le fils de l'homme et du grand Dieu le fils, Le voicy arrivé à son terme prefix.

Des-jà l'air retentit et la trompette sonne, Le bon prend asseurance et le meschant s'estonne ; Les vivans sont saisis d'un feu de mouvement , Ils sentent mort et vie en un prompt changement ; En une période ils sentent leurs extrêmes. Ils ne se trouvent plus eux-mesmes comme eux-mesmes : Une autre volonté et un autre sçavoir Leur arrache des yeux le plaisir de se voir ; Le ciel ravit leurs yeux : des yeux premiers l'usage N'eust peu du nouveau ciel porter le beau visage. L'autre ciel , l'autre terre ont cependant fui ; Tout ce qui fut mortel se perd esvanoui. Les fleuves sont séchez, la grand mer se desrobe; II falloit que la terre allast changer de robe.

Montagnes, vous sentez douleurs d'enfantemens ;

Vous fuyez comme agneaux , ô simples eslemens !

Cachez-vous , changez-vous ; rien mortel ne supporte

La voix de l'Eternel, sa voix puissante et forte.

Dieu paroist : le nuage entre luy et nos yeux

S'est tiré à l'escart, il s'est armé de feux ;

Le ciel neuf retentit du son de ses louanges;

L'air n'est plus que rayons, tant il est semé d'anges.

Tout l'air n'est qu'un soleil; le soleil radieux

Page 1