Le pape
3. Allusion à un bruit absurde accueilli par Duplessis- Mornay dans son Mystère d'iniquité (p. j$7,i, où il affirmoit qu'on avoit présenté à Sixte IV une requête pour obtenir la permission de se livrer à la sodomie pendant trois mois de l'année. Voy.à ce sujet la piquante discussion de Bayle, art. Sixte IV, note D.
Jusques à la putain qui monta sur le siège (1). L'aisné fils ae Satan se souviendra, maudit, De son throsne eslevé d'avoir autres-fois dit: K La ^ent qui ne me sert, ains contre moy conteste. Pourrira de famine et de guerre et de peste. Roys et roynes viendront au siège ou je me siedz , Le front embas, lescher la poudre soubs mes piedz; Mon règne est à jamais, ma puissance éternelle; Pour monarque me sert l'Eglise universelle; Je maintiens le Papat tout-puissant en ce lieu, Oij, si Dieu je ne suis, pour le moins vice-Dieu. » Fils de perdition, il faut qu'il te souvienne Quand le serf commandeur de la gent Rhodiene(2), Veautré, baisa tes pieds, infâme serviteur. Puis chanta se levant : « Or laisse, créateur. »
Appollyon (3), tu as à ton impure table Prononcé, blasphémant, que Christ est une fable; Tu as renvoyé Dieu, comme assez empeschè, Au.\ affaires du ciel, faux homme de péché.
Or faut-il à ses pieds ces blasphèmes et tiltres Poser, et avec eux les tiares, les mitres, La bannière d'orgueil, fausses clefs, fausses croix. Et la pantoufle aussi qu'ont baisé tant de rois.
1. Allusion au conte fort ancien d'une prétendue papesse (Jeanne) que l'on assuroit avoir siégé à Rome de 85 j à 858. On peut consulter un long article de Bayle (art. Papesse) sur cette fable, qui fut, au XVIe siècle, adoptée par les protestants. Pourtant un ministre, David Blondel , mort en 165$, la réfuta péremptoirement dans une dissertation publiée à Amsterdam en 1647.
2. J'ignore quel est le grand-maître ou commandeur de l'ordre de Rhodes ou de Malte que d'Aubigné veut désigner.
5. Apollyon est, comme je l'ai dit plus haut, le nom d'une bête dans l'Apocalypse. D'Aubigné a peut-être voulu faire ici un jeu de mots, car le propos qu'il rapporte est attribué à Léon X par divers écrivains protestants, entre autres par Duplessis-Mornay (Mystère d'iniquité, p. 5 J7). Cf. l'Apologie pour Hérodote, ch. 25 ; et Bayle, art. Léon X.
Jugement. 527
Il se void à la gauche un monceau qui esclatte
De chappes d'or, d'argent, de bonnets d'escarlatte:
Prélats et cardinaux là se vont despouiller
Et d'inutiles pleurs leurs despouilles mouiller.
Là faut représenter la mitre héréditaire
D'où Jules tiers (1) ravit (2) le grand nom de mystère
Pour, mentant et cachant ses titres blasphemans ,
Y subroger le sien escrit en diamans.
A droicte, l'or y est une despouille rare: On y void un monceau des haillons du Lazare. Enfant du siècle vain, fils de la vanité, C'est à vous à tramer la honte et nudité, A crier enrouez, d'une gorge embrasée, Pour une goutte d'eau l'aumosne refusée : Tous vos refus seront payés en un refus.
Les criminels adonc par ce procès confus, La gueule de l'enfer s'ouvre en impatience Et n'attend que de Dieu la dernière sentence, Qui, à ce point, tournant son œil bénin et doux, Son œil tel que le monstre à l'espouse l'espoux {i), Se tourne à la main droicte, où les heureuses veues Sont au throsne de Dieu sans mouvement tendues, Extatiques de joye et franches de soucy. Leur Roy donc les appelle et les faict rois ainsi :
« Vous qui m'avez vestu au temps de la froidure, Vous qui avez pour moy souffert peine et injure. Qui à ma sèche soif et à mon aspre faim Donnastes de bon cœur vostre eau et vostre pain; Venez, race du ciel, venez, esleuz du père; Vos péchés sont esîeints, le juge est vostre frère; Venez donc, bien-heureux, triumpher pour jamais Au royaume éternel d'une éternelle paix (4). »
A ce mot, tout se change en beautez éternelles. Ce changement de tout est si doux aux fidelles: Que de parfaicts plaisirs ! ô Dieu , qu'ils trouvent beau
i. Jules III. — 2. Ota. — ;. Var. : l'espouse à l'espoux. — 4. Var. : de victoire et de paix.
528 Les Tragiqjjes.
Cette terre nouvelle et ce grand ciel nouveau !
Mais d'autre part, si tost que l'Eternel faict bruire A sa gauche ces mots, les foudres de son ire. Quand ce juge, et non père, au front de tant de rois, Irrévocable, pousse et tonne cette voix : (i Vous qui avez laissé mes membres aux froidures , Qui leur avez versé injures sur injures, Qui à ma sèche soif et à mon aspre faim Donnastes fiel pour eau et pierre au lieu de pain ; Allez, maudits, allez grincer vos dents rebelles Au gouffre ténébreux des peines éternelles )j. Lors ce front qui ailleurs portoit contentement Porte à ceux-ci la mort et l'espouvantement. Il sort un glaive aigu de la bouche divine. L'enfer, glouton bruyant, devant ses pieds chemine. D'une laide terreur les damnables transis , Mesmes dès le sortir des tombeaux obscurcis \'irent bien d'autres yeux le ciel suant de peine, Lors qu'il se preparoit à leur peine prochaine : Et voici de quels yeux virent les condamnez Les hauts jours de leur règne en douleur terminez.
Ce que le monde a veu d'effroyables orages, De gouffres caverneux et de monts de nuages, De double obscurité, dont au profond milieu Le plus creux vomissoit des aiguillons (1) de feu, Tout ce qu'au front du ciel on vid onc de colères, Estoit sérénité; nulles doulleurs amères Ne troublent le visage et ne changent si fort La peur, l'ire et le mal, que l'heure de la mort. Ainsi les passions du ciel autresfois veues N'ont peint que son courroux dans les rides des nues ; Voicy la mort du ciel en l'effort douloureux Qui luy noircit la bouche et fait saigner les yeux. Le Ciel gémit d'ahan (2) ; tous ses nerfs se retirent ; Ses poulmons près à près sans relasche respirent. Le Soleil vest de noir le bel or de ses feux;
t. Var.: des aquilons. — 2. De fatigue.