JUGEMENT
Le bel œil de ce monde est privé de ses yeux. L'ame de tant de fleurs n'est plus espanouie; Il n'y a plus de vie au principe de vie; [Et, comme un corps humain est tout mort terracé Dès que du moindre coup au cœur il est blessé, Ainsi faut que le monde et meure et se confonde Dès la moindre blessure au soleil, cœur du monde.] La Lune perd l'argent de son teint clair et blanc, La Lune tourne en hault son visage de sang; Toute estoille se meurt; les prophètes fidèles Du Destin (1) vont souffrir éclipses éternelles; Tout se cache de peur ; le feu s'enfuit dans l'air, L'air en l'eau, l'eau en terre; au funèbre mesler Tout beau perd sa couleur ; et voici tout de mesmes A la pasleur d'en haut tant de visages blesmes Prennent l'impression de ces feux obscurcis, Tels qu'on void aux fourneaux paroistre les transis. Mais plus, comme les fils du ciel ont au visage La forme de leur chef, de Christ la vive image. Les autres de leur père ont le teint et les traits , Du prince Beizebud véritables portraits.
A la première mort ils furent effroyables, La seconde redouble, où les abominables Crient aux monts cornus : « 0 Monts, que faites-vous '' Esbranlez vos rochers et vous crevez sur nous; Cachez-nous, et cachez l'oprobre et l'infamie Qui, comme chiens, nous met hors la cité de vie ; Cachez-nous pour ne voir la haute majesté De l'Aigneau triumphant sur le throsne monté. » Ce jour les a pris nuds, les estouffe de craintes Et de pires douleurs que les femmes enceintes. Voicy le vin fumeux, le courroux mesprizé Duquel ces fils de terre avoient thesaurizé. De la terre leur mère ils regardent le centre , Cette mère en douleurs sans mi-partir son ventre. Où les serfs de Satan regardent fremissans