I . Des places
334 Les Tragiq^ues.
Les honneurs de ce monde estoient songes, au pris
Des grades eslevez au céleste pourpris;
Les trésors de là haut sont bien d'autre matière
Que l'or, qui n'estoit rien qu'une terre estrangère.
Les jeux, les passe-temps et les esbats d'icy
N'estoient qu'amers chagrins, que collère et soucy
Et que gehenes, au pris de la joye éternelle,
Qui sans trouble, sans fin, sans change, renouvelle.
Là sans tache on verra les amitiez fleurir.
Les amours d'icy bas n'estoient rien que haïr
Au pris des hauts amours dont la saincte harmonie
Rend une ame de tous en un vouloir unie:
Tous nos parfaicts amours reduicts en un amour.
Comme nos plus beau.K jours reduicts en un beau jour.
On s'enquiert si le frère y conoistra le frère, La mère son enfant et la fille son père, La femme le niary : l'oubliance en effect Ne diminuera point un estât si parfaict. Quand le Sauveur du monde en sa vive parole Tire d'un vray subject l'utille parabole, Nous présente le riche, en bas précipité. Mendiant du Lazarre aux plus hauts lieux monté , L'abysme d'entre deux ne les fit mesconnoistre, Quoy que l'un fust hideux, enluminé pour estre Séché de feu, de soif, de peines et d'ahan. Et l'autre rajeuni dans le sein d'Abraham. Mais plus ce qui nous faict en ce royaume croire Un sçavoir tout divin surpassant la mémoire, D'un lieu si excellent il parut un rayon. Un portrait racourci, un exemple, un crayon, En Christ transfiguré : sa chère compagnie Conut Moyse non veu et sçeut nommer Elie; L'extase les avoit dans le ciel transportez, Leurs sens estoient changez, mais en félicitez (').
Adam ayant encor sa condition pure , Conut des animaux les noms et la nature ,