‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 251 sur 313 · SOIT POUR JAMAIS SACRÉ · texte numérisé non relu

SOIT POUR JAMAIS SACRÉ

HENRY QJJATRIESME

TRÈS AUGUSTE, TRÈSVICTORIEUX.

L'an M5i, au solstice d'hyver (poinct plus heureux de toutes nativitez\ fut donné du Ciel à la France, sur les racines des Pyrénées (bornes naturelles de l'Espagne), pour devenir une barrière plus seure que les montagnes : nourry en

Tragiques ne contient que deux vers dans l'édition de 1616, et en contient trois dans l'édition sans date, ce qui explique et cette variante et VAvis au lecteur, destiné à remplir le reste de la page. Il ne faut pas oublier que celui qui parle est Promethée . que d'Aubigné suppose avoir dérobé le manuscrit de son poème. Voy. VAvis aux lecteurs, p. i.

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lieux aspres, teste nue et pieds nuds, par Henry son ayeul, préparant un coin d'acier aux nœuds serrez (') de nos difficultez. Son aage seconde veid son père mort (2), sa mère fuitive, ses proches condamnez, ses serviteurs bannis. Il se trouve armé à quatorze ans en un party misérable, affoibly de trois batailles perdues, n'ayant de reste que la vertu. Sa jeunesse eut pour entrée des nopces funestes : trente mille des siens massacrez et sa prison redoublée. Sa liberté lefaictchef des pièces ramassées d'un party rogné, dans lequel, maistre pour le soin, compagnon pour les périls, il finit sept guerres désespérées par sept heureuses paix. Pour à quoy parvenir, il luy falut respondre à quarante cinq armées royales, desquelles il en a eu pour une fois neuf bien équipées sur les bras. L'aube de son espérance parut à Coutras , où ayant digéré les angoisses du General , porté la vigilance du Mareschal de camp, le labeur de Sergent de bataille, il prit la place de soldat hazardeux. Après, ayant partagé la Guyenne, fait part de ses exploits au Dauphiné, au Languedoc, conquis le Poictou , entamé l'Anjou , voyant le duc de Guise mort, ses adversaires divisés, le roy à l'extrémité, il remit à la France ses injures, ses blessures et le dernier accès. Redressoit le roy, quand le royaume en pièces se laissa choir dans ses bras victorieux. Ce grand roy fait hcmme porta des labeurs plus que d'homme ; en courant aux feux divers du royaume, il rencontra autant de charges que de traites, et de sièges que de logis. Ses partisans, envieux de sa vertu

i. Var. : ferrés. — 2. En i $62.

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avant qu'estre délivrés par elle, bastissent divers partis dans les ruines de Testât , si bien qu'il les falloit vaincre pour les mener vaincre leurs ennemis : c'est ce qui fit trouver à l'indomtable les combats du cabinet, ses angoisses, ceux de la campagne, ses voluptés. Or, après avoir monstre devant Arques son espérance contre espoir, le secours du Ciel à ses prières, à Yvry sa vertu contre l'imparité du nombre, sa resolution à relever les batailles esbranlées; après que l'Italie et l'Espagne eurent jette sur les bras du règne divisé quatre armées différentes, et qu'estant venu et ayant veu et vaincu, il leur fit trouver à grand gain et honneur d'en remmener les pièces, de là en avant chacun de ses coups fut amorce du second , chaque victoire instrument de la suivante. Il fit perdre à ses ennemis leurs prétextes, l'espoir et les partis. Enfin , pour loyer de sept batailles, de vingt rencontres d'armées, de cent vingt-cinq combats enseignes déployées, de deux cent sièges heureusement exploictés par sa présence ou sous ses auspices , il se vainquit soy mesme, donna à ses ennemis biens et vies , aux siens le repos, la paix à tous, comme ployant en un chapeau d'olive les cimes esgarées de ses palmes et lauriers à couronner d'un diadème bien composé son chef victorieux.

L'Imprimeur au Lecteur. 341

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