‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 31 sur 313 · Environné · texte numérisé non relu

Environné

24 Préface.

Conme cerfs paoureux et levers.

Ils se virent chassez trois mille Des fondes de trente bergers.

Là l'enfant attend le soldat , Le père contre un chef combat; Encontre le tambour qui gronde Le psalme esleve son doux ton ; Contre l'arquebouze la fonde.

Contre la picque le baston.

Là l'enseigne voloit en vain(i).

En vain la trompette et l'airain ; Le phifre espouvante au contraire Ceux-là qu'il devoit eschaufïer :

Ils sentent que Dieu sçavoit faire La toille aussi dure que fer.

L'ordre, tesmoing de leur honneur.

Aux chefs ne réchauffa le cœur.

Rien ne servit l'expérience Des braves lieutenans de roi :

Ils eurent peur, sans connoissance Comment ils fuyoient et pourquoi.

Aux cœurs de soi {^) victorieux La victoire , fille des cieux, Et la gloire aux ailes dorées.

Présentent chacune un chappeau :

Les insolences esgarées S'esgarent(?) loin de ce troupeau.

Dieu fit la merveille : ce lieu

Est le sanctuaire de Dieu ;

; Là Satan n'a l'yvroie mise

■ Ni la semence de sa main;

Là les agnelets de l'Eglise

Sautent au nez du loup romain.

N'est-ce pour ouvrir noz esprits ?

N'avons-nous pas encore appris

t. Var. : en main. — 2. Var. : de foi. — }. Var. : s'égayent.

Préface. 25

Par David , que les grands du monde Sont impuissants encontre nous , Et que Dieu ne veut qu'une fonde Pour instrument de son courroux ?

Il se veut rendre assubjettis , Par les moiens les plus petits, Les fronts plus hautains de la terre; Et pour terrasser à l'envers Les Pharaons, il leur fait guerre Avec les mouches et les vers.

Les Cireniens enragez, Un jour en bataille rangez, Despitoient le ciel et le foudre , Voulans arracher le soleil ; Et Dieu prit à leurs piedz la poudre, Pour ses armes et leur cercueil.

Quand Dieu veut nous rendre vainqueurs , Il ne choisit rien que les cœurs:

Car toutes mains lui sont pareilles ; Et mesmes entre les Payens, Pour y desployer ses merveilles, Il s'est joué de ses moyens.

L'exemple de Scevole(') est beau , Qui, ayant failli du couteau, Cïïassa d'une brave parole L'ennemi du peuple romain ; Et le feu qu'endura Scevole Fit plus que le coup de sa main.

Contre les tyrans violens Dieu choisit les cœurs plus brusians; Et quand l'Eglise se renforce D'autres que de ses citoyens.

Alors Dieu affoiblit sa force, La maudit et tous ses moyens.

[Car, quand l'Eternel fit le chois Des deux les premiers de ses Rois (2),

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