Aux étrangers
Mrs ÈRES. j.t
France, tu as commerce aux nations estranges(i). Partout intelligence et partout des eschanges , L'oreilie du malade est ainsi claire, alors Que l'esprit dit à Dieu (2) aux oreilles du corps.
France, bien qu'au milieu(?';tu sens des guerres fières, Tu as paix et repos à tes villes frontières : Le corps, tout feu dedans, tout glace par dehors, Demande la bière et bien tost est faict corps (4).
Mais, France, on.void. doubler dedans toi l'avarice. Sur le '.euil du tombeau les vieillards ont ce vice : Quand le malade amasse et couverte et linceux (s) Et tire tout à soi , c'est un signe piteux.
On void périr en toi la chaleur naturelle. Le feu de charité, tout amour mutuelle. Les dciuges espais achèvent de noyer Tous chauds désirs au cœur, qui estoit leur fouïer(é). Mais ce fouïer du cœur a perau l'avantage. Du feu et des esprits qui faisoient le courage.
Ici ;:iarquent, honteux, les généreux François Que leurs armes estoient légères autrefois. Et que quand l'estranger esjamboit leurs barrières, Ils ne daignoient s'enclorre en leurs villes frontières. L'ennemi, aussi tost comm' entré combattu, Faisoit à la campagne essai de leur vertu. Ores, pour tesmoigner la caducque vieillesse Qui nous este l'ardeur et nous croist la finesse, Nos cœurs froids ont besoin de se voir emmurez, Et, comme les vieillards, revestus et fourrez De rempars, bastions, fossez et contre-mines, Fosses-brais, parapets, chemises et courtines. Nos excellens desseins ne sont que garnisons. Que nos pères fuyoient comm' on fuit les prisons : Quand le corps gelé veut mettre robbe sur robbe Dites que la chaleur s'enfuit et se desrobe; L'Ange de Dieu vengeur, une fois commandé,
I. Etrangères. — 2. Adieu. — 3. à l'intérieur. — 4. Cadavre. — 5. Couvertures et draps. — 6. Foyer.
)2 Les Tragiqjjes.
Ne se destourne pas pour estre appréhendé:
Car ces symptômes vrais qui ne sont que présages,
Se sentent en nos cœurs aussi tost qu'aux visages.
Voila le front hideux de nos calamitez, La vengeance des Cieux, justement despitez. Comme par force l'œil se destourne A ces choses, Destournons nos esprits pour en toucher les causes.
France, tu t'eslevois orgueilleuse au milieu Des autres nations, et ton père et ton Dieu, Qui tant et tant de fois par guerres estrangères T'esprouva, t'advertit des verges, des misères. Ce grand Dieu void au Ciel du feu de son clair a^uii, Que des maux estrangers tu doublois ton orgueil. Tes superstitions et tes coustumes folles, De Dieu qui te frappoit, te poussoient aux idoles. Tu te crevois de graisse en patience, mais Ta paix estoit la sœur bastarde de la paix. Rien n'estoit honoré parmi toi que le vice. Au ciel estoit bannie, en pleurant, la Justice, L'Eglise au sec désert, la Vérité après. L'enfer fut espuisé et visité de près , Pour chercher en son fond une verge nouvelle, A punir jusqu'aux os la nation rebelle.
Cet Enfer nourrissoit en ses obscuritez Deux esprits, que les Cieux formèrent , despitez, Des pires excremens, des vapeurs inconnues Que l'haleine du bas exhale dans les nues. L'essence et le subtil de ces infections S'affina par sept fois en exhalations.
Comme l'on void dans l'air une masse visqueuse Lever premièrement l'humeur contagieuse De l'haleine terrestre, et quand auprès des cieux Le choix de ce venin est haussé, vicieux, Comm' un astre il prend vie, et sa force secrette Espouvante chacun du regard d'un cornette ('). Le peuple, à gros amas aux places ameuté,