I . Henri IV. — 2. Le royaume
}. Ceci peut avoir été écrit avant i'avénement de Henri de Navarre au trône de France, c'est-à-dire avant le mois d'août 1589, mais il faut se rappeler ce que d'Aubigné , dans sa préface, dit de ses Apophéties.
Appreste le suaire et te compte pour morte; Ton poux foible, inégal, le trouble de ton œuil, Ne demande plus rien qu'un funeste cercueil.
Que si tu vis encor, c'est la mourante vie Que le malade vit en extrême agonie, Lors que les sens sont morts, quand il est au rumeau(i), Et que d'un bout de plume on rabeche(2) avec l'eau.
Que si tu peux encor dévorer la viande(3). Ton chef mange tes bras; c'est une faim trop grande. Quand le désespéré vient à manger si fort ; Après le goust perdu, c'est indice de mort.
Mais quoi ! tu ne fus oncq si fiere en ta puissance, Si roide en tes efforts, ô furieuse France! C'est ainsi que les nerfs des jambes et des bras Roidissent au mourant à l'heure du trespas.
On resserre d'impost le trafic des rivières, Le sang des gros vaisseaux et celui des artères;. C'est faict du corps auquel on trenche tous les jours Des veines et rameaux les ordinaires cours.
[Tu donnes aux forains(4) ton avoir qui s'esgare; A celui du dedans rude, sèche et avare. Cette main a promis d'aller trouver les morts, Qui sans humeur dedans est suante au dehors.]
France, tu es si docte et parles tant de langues; O monstrueux discours, ô funestes harangues! Ainsi, mourans les corps, on a veu les esprits Prononcer les jargons qu'ils n'avoient point apris.
Tu as plus que jamais de merveilleuses testes. De sçavoirs monstrueux , de vrais et faux prophètes ; Toi, prophète, en mourant du mal de ta grandeur, Mieux que le médecin tu chantes ton mal-heur.