‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 75 sur 313 · I . Var. : ami du misérable. — 2. Redevable · texte numérisé non relu

I . Var. : ami du misérable. — 2. Redevable

3. D'Aubigné veut probablement parler de Jacques Davy, cardinal du Perron, évtque d'Evreux, puis archevêque de Sens, né à Berne en 15(6, mort en 16 18. Fils d'un ministre calviniste, il ne s'étoit converti qu'assez tard au catholicisme. Cf. sur lui la Confession catholique du sieur de Sancy.

Princes. 93

Veut trahir les Bourbons et tromper les Guisards.

Un charlatan de cour y vend son beau langage ,

Un boureau froid , sans ire, y conseille un carnage ;

Un boiteux estranger ( ' ) y bastit son trésor,

Un autre faux François troque son ame à l'or;

L'autre, pour conserver le profitable vice,

Ne promet que justice et ne rend qu'injustice.

Les princes là dessus achètent finement

Ces traistres, et sur eux posent leur fondement.

On traitte des moyens et des ruses nouvelles

Pour succer et le sang et les chiches moelles

Du peuple ruiné ; on fraude de son bien ,

Un François naturel pour un Italien :

On traitte des moyens pour mutiner les villes ,

Pour nourrir les flambeaux de nos guerres civiles,

Et le siège establi pour conserver le Roy

Ouvre au peuple un moyen pour luy donner la loy ;

Et c'est pourquoi on a pour cette commedie

Un asne italien, un oyseau d'Arcadie(2),

Ignorant et cruel, et qui, pour en avoir,

Sçait bien ne toucher rien, n'ouïr rien, ne rien voir.

C'est pourquoi vous voyez sur la borne de France(3) Passer à grands thresors cette chiche substance Qu'on a tiré du peuple au milieu de ses pleurs.

1. U s'agit probablement de Louis de Gonzague, duc de Nevers, mort en 1S95, et l'un des principaux conseillers de la Saint-Barthélémy. Il avoit été estropié en 1S67, dans un combat contre les huguenots, et, vingt ans plus tard, passant dans le même lieu, s'y cassa la cuisse. Cf. d'Aubigné , Hist. un/v., édit. de 1626, t. 1, 1. 4, ch. 12, col. 14, et deThou, 1.' 87.

2. René de Birague, Milanois , qui devint chancelier de France après la Saint -Barthélémy, à laquelle il avoit pris une grande part. — DeThou, 1. 78, parle de son ignorance et de son peu d'éloquence, qui excitèrent les rires du Parlement au lit de justice tenu en 1 583. — Voy. un quatrain à ce sujet dans l'Estoile, p. 80.

]. C'est-à-dire au delà des frontières de France.

François, qui entretiens et gardes tes voleurs, Tu sens bien ces douleurs, mais ton esprit n'excède Le sentiment du mal pour trouver le remède; Le conseil de ton Roy est un bois arrangé De familiers brigands, où tu es esgorgé.

Encor ce cardinal {') au François redoutable, Qui s'est lié les poings pour estre misérable (2), Te faict prendre le fer pour garder tes bourreaux, Inventeurs de tes maux journellement nouveaux. Au conseil de ton Rov, ces poincts encor on pense De te tromper tousjours d'une vaine espérance; On machine le meurtre et le poison (j) de ceux Qui voudroyent bien chasser les loups ingénieux: On traitte des moyens de donner recompense Aux maquereaux des rois, et, avant la sentence, On confisque le bien au riche, de qui l'or Sert en mesme façon de membre et de castor (4): On reconnoist encor les bourreaux homicides. Les verges des tyrans aux despens des subsides. Sans honte, sans repos, les serfs plus abbaissez, Humbles pour dominer, se trouvent avancez A servir, adorer : une autre bande encore, C'est le conseil sacré qui la France dévore. Ce conseil est meslé de putains et garçons, Qui, doublans et triplans en nouvelles façons Leur plaisir abruti du faix de leurs ordures, Jettent sur tout conseil leurs sentences impures. Tous veillent pour nourrir cet infâme trafic, Cependant que ceux-là qui, pour le bien public,

I . C'est ainsi que ce blanc laissé dans les deux éditions se trouve rempli à la main sur un exemplaire appartenant à M. Beaupré, conseiller à la Cour impériale de Nancy. Sur un autre que possède M. Max. Du Camp, les mots le cardinal sont remplacés par ceux-ci ; la tyrannie I, 2. C'est-à-dire redoutable au François qui s'est lié.

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