‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 76 sur 313 · L'empoisonnement · texte numérisé non relu

L'empoisonnement

4. J'ai dû renoncer à expliquer ce ver; d'une manière satisfaisante.

Princes. 9J

Veillent à lequité , deffendent la justice, Establissent les loix, conservent la police, Pour n'estre de malheurs coulpables artisans. Et pour n'avoir vendu leur ame aux courtisans, Sont punis à la Cour, et leur dure sentence Sent le poids inégal d'une injuste balance.

Ceux-là qui , despendans leurs vies en renom, Ont prodigué leurs os aux rages (■) du canon, [bres, Lorsque ces pauvres fols, esbranchez de leurs mem- Attendent le conseil et les princes aux chambres , Sont repoussez arrière, et un bouffon bravant Blessera le blessé pour se pousser devant. Pour ceux-là n'y a point de finance en nos comptes Mais bien les hochenez, les opprobres, les hontes, Et au lieu de l'espoir d'estre plus renommez. Ils donnent passetemps aux muguets parfumez.

Nos princes ignorans bouschent leurs tristes veùes( ), Courans à leurs plaisirs, ehontez, par les riies(5), Tous ennuiez d'ouir tant de fascheuses voix , De voir les bras de fer (4) et les jambes de bois ,

I. Var.: aux bouches. — 2. K^ir .■ tournent leurs louches veùes.

j.<(Le jour de quaresme-prenant fij8?),dit l'Estoile (p. 1 58), le Roi avec ses mignons furent en masque parles rués de Paris, où ils firent mille insolences, et la nuit allèrent rôder de maison en maison voir les compagnies jusques à six heures du matin du premier jour de quaresme. » Ces scènes se renouvelèrent pendant plusieurs années à tous les carnavals. Voy. entr'autres l'Estoile, p. 92, 169, 181, 245, etc.

4. Il y eut au XVIe siècle plusieurs hommes qui portèrent des bras ou des mains de fer. Tels furent , par exemple , Gbetz de Berlichingen, que Gœthe a pris pour héros de l'un de ses drames , et le brave François de la Noue, dit Bras defer^ qui, en 1 570, avoit eu le bras cassé au siège de Fontenay. (De Thou, 1. 47.) Voy. encore, sur le pied de bois d'Hégistrate, Hérodote, 1. 9, ch. 56. Parmi les fabliaux publiés par Legrand d'Aussy ( 1781, t. }, p. 323), il y en a un intitulé : Les jambes de bois.

96 Les Tragiqjjes.

Corps vivans à demi, nez pour les sacrifices Du plaisir de nos rois ingrats de leurs services.

Prince, cornent peux-tu celuy abandonner, Qui pour toy perd cela que tu ne peux donner? Misérable vertu pour néant désirée, Trois fois plus misérable et trois fois empirée, Si la discrétion n'apprend aux vertueux Quels rois ont mente que l'on se donne à eux : Pource que bien souvent nous souiTrons peines telles, Soustenans des plus grands les injustes querelles. Valets de tyrannie, et combattons exprès. Pour establir le joug qui nous accable après. [ves, Nos pères estoient francs (') : nous qui sommes si bra- Nous lairrons(2) des enfans qui seront nez esclaves ! Ce thresor précieux de nostre liberté Nous est par les ingrats injustement osté. Les ingrats, insolens à qui leur est fidelle. Et libéraux de craincte à qui leur est rebelle : Car à la force un grand conduit sa volonté, Dispose des bien-faicts par la nécessité, Tient l'acquis pour acquis, et pour avoir ouy dire Que le premier accueil aux François peut suffire. Aux anciens serviteurs leur bien n'est desparti, Mais à ceux qui sans dons changeroient de parti : Garder bien l'acquesté n'est une vertu moindre Qu'acquérir tous les jours et le nouveau adjoindre. Les princes n'ont pas sçeu que c'est pauvre butin D'esbranler l'asseuré pour cercher l'incertain; Les habiles esprits, qui n'ont point de nature Plus tendre que leur prince, ont un vouloir qui dure Autant que le subject, et en servant les rois Sont ardens comme feu tant qu'ils trouvent du bois.

Quiconque sert un Dieu dont l'amour et la crainte Soit bride à la jeunesse et la tienne contrainte. Si bien que vicieux, et non au vice né. Dans le sueil du péché il se trouve estonné;

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