Etalons
1 10 Les Tragiqjjes.
Le tison qui l'esveille et l'embrâse et la tue
Lui faict pour le plaisir mespriser bruit et veue :
Les jeunes gens, la nuict, pippez et enlevez (')
Du lict au cabinet, las et recreus trouvez (2),
Nos princesses non moins ardentes que rusées,
Osent, dans les bordeaux, s'exposer desguisées :
Sous le chappron carré vont recevoir le prix
Des grâces au HuleuO), et portent aux maris
Sur le chevet sacré de leur sainct mariage,
La senteur du bordeau et quelque pire gage.
Elles esprouvent tout, on le void, on le dit ,
Cela leur donne vogue et hausse leur crédit :
Les filles de la cour sont galantes, honnestes,
Qui se font bien servir, moins chastes, plus secrettes,
Qui sçaventle mieux feindre un mal pour accoucher :
On blasme celle-là qui n'a pas sçeu cacher.
Du Louvre les retraits sont hideux cimetières
D'enfans vuidez, tuez par les apotiquaires :
Nos filles ont bien sçeu quelles receptes font
Massacre dans leur flanc des enfans qu'elles ont.
Je sens les froids tressauts de frayeur et de honte, Quand, sans crainte, tout haut, le fol vulgaire conte D'un coche qui, courant Paris à la minuict. Vole une sage femme, et la bande (4) et conduit Prendre, tuer l'enfant d'une roine masquée 'j), D'une brutalité pour jamais remarquée, Que je ne puis conter, croiant, comme François, Que le peuple abusé envenime ses voix
I. Confession de Sancy,\. i,ch. 7. — 2. Recru, fatigué, lassé.
}. Il y a à Paris deux rues anciennement connues sous les noms du Grand et du Pctit-Huku (et par corruption Hurleur). Elles étoient habitées par des filles de mauvaise vie.