Lui bande les yeux
5. D'Aubigné veut sans doute parler de Marguerite de Valois, car dans le vers suivant il fait évidemment allusion à la Sfrisata, racontée dans la Confession de Sancy, part. 2, ch. 7, in fine.
Princes. m
De monstres inconnus. De la vie entamée S'enfle la puanteur comme la renommée.
Mais je croi bien aussi que les plus noirs forfaicts Sont plus secrettement et en ténèbres faicts : Quand on monstre celui cjui , en voulant attendre Sa dame au galetas fut pris en pensant prendre, Et puis, pour apaiser et demeurer amis Le violeur souffrit ce qu'il avoit commis.
Quand j'oi qu'un roi transi, effraie du tonnerre ('), Se couvre d'une voûte et se cache sous terre. S'embusque de lauriers, faict les cloches sonner; Son péché poursuivi , poursuit de Festonner, Il use d'eau lustralle, il la boit, la consomme En clysteres infects; il fait venir de Rome Les cierges, les agnus que le pape fournit, Bouche tous ses conduits d'un charmé grain bénit: Quand je voi composer une messe complette, Pour repousser le ciel , inutile amulette : Quand la peur n'a cessé par les signes de croix, Le brayer de Massé, ni le froc de François (2), Tels spectres inconnus font confesser le reste. Le péché de Sodome et le sanglant inceste Sont reproches joyeux de nos impures cours. "
Triste, je trancherai ce tragique discours Pour laisser aux pasquils ces efTroiables contes, Honteuses veritez, trop véritables hontes.
Plustost peut-on conter dans les bords escumeux De l'Océan chenu le sable, et tous les feux Qu'en paisible minuict le clair ciel nous attize. L'air estant balié(3) des froids soupirs de bize; Plustost peut-on conter du printemps les couleurs, Les fueilles des forests, de la terre les fleurs.
1. Henry III. Voy. à ce sujet Confession de Sancy, 1. i, ch. 7 : Des reliques et dévotions du feu roi, et les notes de Le Dudiat.
2. Saint François et le frère Macé. Voy. Confession de Sancy, ibid. — 3. Balayé.
Que les infections qui tirent sur nos testes Du ciel armé, noirci les meurtrières tempestes; Qu'on doute des secrets , nos yeux ont veu comment Ces hommes vont bravant des femmes l'ornement, Les putains de couleurs, les pucelles de gestes('), Plus de frisons tortus deshonnorent les testes De nos mignons parez, plus de fard sur leurs teins, Que ne voudroient porter les honteuses putains. On invente tousjours quelque traict plus habile Pour effacer du front toute marque virile; Envieux de la femme, on trace, on vient souiller Tout ce qui est humain qu'on ne peut despouiller. Les cœurs des vertueux à ces regards transissent, Les vieillards advisez en leur secret gémissent; Des femmes les mestiers quittez et mesprisez Se font pour parvenir des hommes desguisez. [On dit qu'il faut couler les exécrables choses Dans le puits de l'oubli et au sepulchre encloses. Et que par les escrits le mal resuscité Infectera les mœurs de la postérité.
Mais le vice n'a point pour mère la science. Et la vertu n'est point fdle de l'ignorance. Mieux vaut A descouvert monstrer l'infection Avec sa puanteur et sa punition.
Le bon père Afriquainf-j) sagement nous enseigne Qu'il faut que les tyrans de tout point on despeigne. Monstrer combien impurs sont ceux-là qui de Dieu Condamnent la famille aux couteaux et au feu.]
Au fil de ces fureurs ma fureur se consume: le laisse ce sujet, ma main quitte la plume; Mon cœur s'estonne en soi; mon sourcil refrongné, L'esprit de son subjet se retire esloigné:
I. C'e.st-à-dire bravent par leurs couleurs et parleur gestes.
(21 D'Aubigné veut-il parler de saint Augustin? Cela est probable; mais je n'ai pu trouver dans l'illustre docteur un passage pouvant s'appliquer à la pensée du poète.
Princes. 113
Ici je vai laver ce papier de mes larmes; Si vous prestez vos yeux au reste de mes carmes, Ayez encor de moi ce tableau plein de fleurs , Qui sur un vrai subject s'esgaie en ses couleurs.
Un père, deux fois père, emploia sa substarce Pour enrichir son fils des thresors de science ; En couronnant ses jours de ce dernier dessein, Joieux, il espuiza ses coffres et son sein , Son avoir et son sang : sa peine fut suivie D'heur, à parachever le présent de la vie. Il void son fils sçavant, adroict, industrieux, Meslé dans les secrets de nature et des cieux, Raisonnant sur les lois, les mœurs et la police : L'esprit sçavoit tout art, le corps tout exercice. Ce vieil François, conduict par une antique Joy, Consacra cette peine et son fils à son roy ; L'equippe, il vient en cour : là cette ame nouvelle Des vices monstrueux ignorante et pucelle, Void force hommes bien faicts, bien morgans(i), bien Il pense estre arrivé à la foire aux vertus, [vestus,
Prend les occasions qui sembloient les plus belles Pour estaller premier ses intellectuelles : Se laisse convier, se conduisant ainsi Pour n'estre ni entrant ni retenu aussi. Tousjours respectueux, sans se faire de feste , Il contente celui qui l'attaque et l'arreste , Il ne trouve auditeurs qu'ignorans envieux , Diffamans le sçavoir des noms ingénieux ; S'il trousse l'epigramme ou la stance bien faicte, Le voila descouvert, c'est faict, c'est un poète : S'il dict un mot salé, il est bouffon, badin : S'il danse un peu trop bien, saltarin (2), baladin; S'il a trop bon fleuret, escrimeur il s'appelle ; [délie; S'il prend l'air d'un cheval (5), c'est un saltain- (4) bar-
I. Superbes. — 2. Sauteur, de VitaUen saltarino. — 2. Terme de manège, s'il manie bien un cheval. — 5. Var. : Saltin. Dardello, en italien, badin, sot. Dans la même langue, salta-martino désigne un petit maître.
Tragiques. — 1 . 8
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Si avec art il chante, il est un musicien (i);
Philosophe, s'il presse en bon logicien;
S'il frappe là dessus et en met un par terre ,
C'est un fendant (2) qu'il faut saller après la guerre;
Mais si on sçait qu'un jour, à part, en quelque lieu,
li mette genouil bas, c'est un prieur de Dieu.
Cet esprit offensé dedans soi se retire, Et comme en quelque coin se cachant il soupire, Voici un gros amas qui emplit jusqu'au tiers Le Louvre de soldats, de braves chevaliers, De noblesse parée : au milieu de la nue [connue
Marche un duc(;), dont la face au jeune homme in- Le renvoie au conseil (4) d'un page traversant , Pour demander le nom de ce prince passant; Le nom ne le contente, il pense, il s'esmerveille , Tel mot n'estoit jamais entré en son oreille; Puis, cet estonnement soudain fut redoublé, Alors qu'il vit le Louvre aussitost dépeuplé Par le sortir d'un autre^ au beau milieu de l'onde De seigneurs l'adorans comm' un roy de ce monde. Nostre nouveau venu s'accoste d'un vieillard. Et pour en prendre langue il le tire à. l'escart. Là, il apprit le nom, dont l'histoire de France Ne lui avoit donné ne vent ne connoissance. Ce courtisan grison, s'esmerveillant de quoy Quelqu'un mesconnoissoit les mignons de son Roy, Raconte leurs grandeurs, comment la France entière, Escabeau de leurs pieds, leur estoit tributaire. A l'enfant qui disoit: a Sont-ils grands terriens (S) Que leur nom e.st sans nom par les historiens? » Il respond : « Rien du tout, il sont mignonsdu prince.
I. Var.: C'est un musicien. — 2. On disoit encore fcndeur de naseaux. Cf. l'Est ile , p. 184.
7;. D'Aubigiié désigne ici, sans aucun doute, Louis de Lavalette, duc d'Epernon , son ennemi personnel.