‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 89 sur 313 · Grands possesseurs de terres · texte numérisé non relu

Grands possesseurs de terres

Princes. 115

— «Ont-ils sur l'Espagnol conquis quelque province? Ont-ils parleurs conseils relevé un mal-heur? Délivré leur pays par extrême valleur?

Ont-ils sauvé le Roi, commandé quelque armée, Et par elle gaigné quelque heureuse journée ? » A tout fut respondu : « Mon jeune homme, je croy Que vous estes bien neuf: ce sont mignons du Roy.» Ce mauvais courtisan, guidé par la colère, Gaigne logis et lict; tout vient à lui desplaire, Et repas, et repos; cet esprit transporte Des visions du )our par idée infecté, Void dans une lueur sombre, jaunastre et brune , Sous l'habit d'un rezeul(i), l'image de fortune. Qui entre à la minuict, conduisant des deux mains Deux enfans nuds bandez ; de ces frères germains L'un se peint fort souvent, l'autre ne se void guère, Pource qu'il a les yeux et le cœur par derrière. La bravache s'avance, envoyé (2] brusquement Les rideaux; elle accolle et baize follement Le visage effrayé. Ces deux enfans estranges, Sautez dessus le lict, peignent des doigts les franges. Alors Fortune, mère aux estranges amours. Courbant son chef paré de perles et d'atours, Desploye tout d'un coup mignardises et langue, Faict de baizers les poincts d'une telle harangue : « Mon fils, qui m'as esté desrobé du berceau. Pauvre enfant mal nourri, innocent jouvenceau, Tu tiens de moy, ta mère, un assez haut couraga, Et j'ay veu aujourd'hui aux feux de ton visage Que le dormir n'auroit pris ni cœur ni esprits En la nuict qui suivra le jour de ton mespris. Embrasse, mon enfant, mal nourri par ton père, Le col et les desseins de Fortune ta mère ; Comment, mal conseillé, pipé, trahi, suis-tu Par chemin espineux la stérile vertu ?

Cette sotte, par qui me vaincre tu essayes

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