‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 91 sur 313 · Coligny · texte numérisé non relu

Coligny

Princes. 117

Voy sa suitte aux cordeaux , à la roue , aux posteaux, Les plus heureux d'entre eux quitte pour les couteaux , De ta Dame loyers , qui paye, contemptible, De rude rnort la vie hazardeuse et pénible. Lis, curieux, l'histoire, en ne donnant poinct lieu Parmi ton jugement au jugement de Dieu ; Tu verras ces vaillans, en leurs vertus extresmes , Avoir vescu gehennez et estre morts de mesmes. a Encor, pour l'advenir, te puis-je faire voir Par l'aide desdasmons, au magicien miroir, Tels loyers receus; mais ta tendre conscience Te faict jetter au loin cette brave science ; Tu verrois des valeurs le bel or monnoyé Dont bien tost se verra le Parmesanf') payé En la façon que fut salarié Gonsalve(2), Le brave duc d'Austrie et l'enragé duc d'Alve (?)■ Je voy un prince anglois , courageux par excez, A qui l'amour quitté fait un rude procez(4); Licols, poizons , couteaux, qui payent en Savoye Les prompts exécuteurs; je voy cette monnoye En France avoir son cours ; je voy lances , escus , Cœurs et nom des vainqueurs soubs les pieds des vaincus. O de trop de mérite impiteuse mémoire!

1. Alexandre Farnèse, prince de Parme, célèbre général au service de Philippe II. Il vint deux fois en France, au secours de Paris et de Rouen assiégés par Henri IV, et mourut en 1 592.

2. Gonsalve de Cordoue, dit le grand capitaine, né en 1443, mort en 1515.

5. Don Juan d'Autriche, fils naturel de Charles-Quint, né à Ratisbonne en i J46, mort en 1 578. Il fut l'un des plus grands généraux du i6e siècle, et s'illustra surtout par la victoire de Lépante sur les Turcs ( 1 572). — Fernand Alvarez de Tolède, duc d'Albe , célèbre par ses talents militaires et ses cruautés, né en 1508, mort en 1582. — Voy. leurs vies dans Brantôme.

4. R. d'Evereux, comte d'Essex, favori d'Elisabeth, qui le fit décapiter en 1601 comme coupable de conspiration.

Je voy les trois plus hauts instrutnens de victoire, L'un à qui la colère a pu donner la mort , L'autre sur l'eschafaut, et le tiers sur le bord.

« Jette l'œil droit ailleurs, regarde l'autre bande, En large et beau chemin plus splendide et plus grande ; Au sortir des berceaux, ce prospérant troupeau A bien tasté des arts, mais n'en prit que la peau; Eut pour borne ce mot : Assez pour gentil-homme. [Pour sembler vertueux en peinture , ou bien comme Un singe porte en soi quelque chose d'humain , Aux gestes, au visage, au pied et à la main. Ceux-là blasment tousjours les affligés , les fuyent, Flattent les prospérants, lessuyvent, s"enappuyent(i).] Ils ont veu des dangers assez pour en conter. Ils en content autant qu'il faut pour se vanter; Lisants, ils ont pillé les poinctes pour escrire. Ils sçavent, en jugeant, admirer ou sousrire. Louer tout froidement, si ce n'est pour du pain; Renier son salut quand il y va du gain , Barbets des favoris , premiers à les connoistre. Singes des estimez, bons échos de leur maistre; Voilà à quel sçavoir il te faut limiter, Que ton esprit ne puisse un Jupin irriter. II n'ayme pas son juge, il le frape en son ire; Mais il est amoureux de celuy qui l'admire. Il reste que le corps, comme l'accoustrement , Soit aux loix de la cour: marcher mignonnement, Trayner les pieds, mener les bras, hocher la teste, Pour branler à propos d'un pennache (2) la creste, Garnir et bas et haut de roses et de nœuds, Les dents de muscadins ('), de poudre (4) les cheveux;

1 . Au lieu de ces cinq derniers vers on ne trouve dans l'édition de 1616 que celui-ci :

Pour sembler vertueux comme un singe fait l'homme.

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