‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 92 sur 313 · Panache. — 5. Pastille de musc · texte numérisé non relu

Panache. — 5. Pastille de musc

4. Ce fut, dit -on , Marguerite de Valois qui introduisit l'usage de la poudre en France.

Princes, 119

Fais-toi dedans la foulle une importune voy.e ,

Te monstre ardant à voir afin que l'on te voye,

Lance regardz tranchants pour estre regardé,

Le teint de blanc d'Espagne et de rouge fardé ;

Que !a main , que le sein y prennent leur partage;

Couvre d'un parasol en esté ton visage,

Jette (comme effravé) en femme quelque cris,

Mesprise ton effroy par un traistre sousris,

Fais le bègue(i), le las, d'une voix molle et claire;

Ouvre ta languissante et pesante paupière;

Sois pensif, retenu , froid, secret et finet ;

Voilà pour devenir garce du cabinet,

A la porte duquel laisse Dieu , cœur et honte ,

Ou je travaille en vain en te faisant ce conte.

Mais quand ton fard sera par le temps décelé ,

Tu auras l'œil rougi , le crâne sec , pelé ;

Ni sois point affranchi par les ans du service,

Ny du joug qu'avoit mis sur ta teste le vice ;

Il faut estre garçon (2) pour le moins par les vœux ;

Qu'il n'y ait rien en toi de blanc que les cheveux;

Quelque jour tu verras un chauve, un vieux eunuque,

Faire porter en cour aux hommes la perruque;

La saison sera morte à toutes ces valeurs ,

Un servile courage infectera les cœurs ;

La morgue fera tout, tout se fera pour l'aise,

1. D'Aubigné se rappeloit sans doute, en écrivant ce vers, un sonnet sur les mignons de l'an 1 577, sonnet dont il étoit peut-être l'auteur, et qui est rapporté par l'Estoiie p. 91). On y lit :

Montigni fait le bègue et voudroit bien sembler Estre honneste homme un peu : mais il n'y peult aller.

2. Libertin, sans mœurs. Les mots garçon et garce sont une preuve remarquable des changements bizarres que le temps amène dans le langage. Le premier, jusqu'au 17e siècle, étoit toujours pris en mauvaise part, tandis que garce , qui est devenue une injure, a eu pendant tout le moyen-âge la signification de jeune fille.

120 Les TRAGIQ.UES.

Le haussecol sera changé en portefraise (').

« Je reviens à ce siècle où nos mignons vieillis, A leur dernier mestier vouez et accueillis, Pipent les jeunes gens, les gagnent, les courtisent. Eux, autresfois produicts, à la fin les produisent, Faisans, plus advisez, moins glorieux que toy. Par le cul d'un coquin chemin au cœur d'un Roy (-). »

Ce fut assez, c'est là que rompit patience La Vertu, qui, de l'huis, escoutoit la science De F'ortune: si tost n'eut sonné le loquet, Que la folle perdit l'audace et le caquet. Eir avoit apporté une clarté de Lune , Voici autre clarté que celle de Fortune. Voici un beau Soleil q^ui, de rayons dorez De la chambre et du lict vid les coins honorez: La Vertu paroissant en matrosne vestue, La mère et les enfans ne l'eurent si tost veiie Que chascun d'eux changea en Démon décevant. De Démon en fumée et de fumée en vent. Et puis de vent en rien. Cette hostesse dernière Prit au chevet du lict pour sa place une chaire (?), Saisit la main tremblante à son enfant transi. Par un chaste baiser rasseure(4) et dit ainsi :

« Mon fils, n'attends de moy la pompeuse harangue De la fausse Fortune , aussi peu que ma langue Fascine ton oreille et mes présents tes yeux. Je n'esclatte d'honneur ni de dons précieux ; Je foulle ces beautez desquelles Fortune use Pour ravir par les yeux une ame qu'elle abuse : Ce lustre de couleurs est l'esmail qui s'espand Au ventre et à la gorge et au dos du serpent. Tire ton pied des fleurs soubs lesquelles se cœuvre(s),

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