Charles de Coligny, marquis d'Andelot, fils puîné de
124 Les Tragicujes.
Là ne s'estime rien des règnes l'excellence, Le monde n'est qu'un poix, un atome la France; C'est là que mes enfans dirigent tous leurs pas Dès l'heure de leur naistre à celle du trépas. Pas qui foullent sous eux les beautez de la terre, Cueillans les vrais honneurs et de paix et de guerre. Honneur au poinct duquel un chacun se déçoit : On perd bientost celui qu'aisément on reçoit. La gloire qu'autrui donne est par autrui ravie; Celle qu'on prend de soi vit plus loing que la vie. Cerche l'honneur, mais non celui de ces mignons Qui ne mordent au loup, bien sur leurs compagnons. Qu'ils prennent le duvet, toi la dure et la peine; Eux le nom de mignons, et toy de capitaine; Eux le musc, tu auras de la mèche le feu ; Eux les jeux, tu auras la guerre pour ton jeu. [Ne porte envie à ceux de qui Testât ressemble A un tiède printemps, qui ne sue et ne tremble. Les pestes de nos corps s'eschauffent en esté , Et celle des esprits en la prospérité.] Prenne donc ton courage à propos la carrière. Et que l'honneur qui faict que tu laisses arrière La lie du bas peuple et l'infâme bourbier Soit la gloire ae prince, et non pas de barbier : Car c'est l'humilité qui à la gloire monte. Le faux honneur acquiert la véritable honte. [Cerche la faim, la soif, les glaces et le chaud, La sueur et les coups; aime-les, car il faut Ou que tes jeunes ans soyent l'heur de ta vieillesse, Ou que tes cheveux blancs maudissent ta jeunesse.] Puis que ton cœur roial veut s'asservir aux rois, \'a suivre les labeurs du prince navarrois. Et là tu trouveras mon logis chez Anange('), Anange que je suis et (qui est chose estrange)
l'amiral, né en i (64, mort en 1632. Pris par les ligueurs, icis du siège de Pans, il abjura et changea de parti. 1. Nécessité, du grec àviy/.r,.
Princes. 125
Là où elle n'est plus , aussi tost je ne suis :
Je l'aime en la chassant, la tuant je la suis :
Là oii elle prend pied la pauvrette m'appelle :
Je ne puis m'arrester ni sans ni avec elle.
Je crains bien que l'ayant bannie de ce roy
Tu n'y pourras plus voir bien tost elle ni moy.
Là tu imiteras (') ces eslevez courages
Qui cerchent les combats au travers des naufrages :
Là est le choix des cœurs et celui des esprits :
Là moi-mesme je suis de moi-mesme le prix.
Bref, là tu trouveras par la persévérance
Le repos au labeur, au péril l'asseurance.
Va, bien heureux, je suis ton conseil, ton secours,
J'offense ton courage avec si long discours. »
Que je vous plains, esprits qui, au vice contraire", Endurez de ces cours les séjours nécessaires! Heureux si, non infects en ces infections. Rois de vous, vous régnez sur vos affections. Mais quoi que vous pensez gaigner plus de louange De sortir impolus hors d'une noire fange, Sans tache hors du sang, hors du feu sans brusler, Que d'un lieu non souillé sortir sans vous souiller, Pourtant il vous seroit plus beau en toutes sortes D'estre les gardiens des magnifiques portes De ce temple éternel de la maison de Dieu , Qu'entre les ennemis tenir le premier lieu; Plutost porter la croix, les coups et les injures, Que des ords cabinets les clefs à vos ceintures : Car Dieu pleut sur les bons et sur les vicieux ; Dieu frappe les meschans et les bons parmi eux.
Fuyez, Lots, de Sodome et Gomorre brusiantes ; N'ensevelissez pas vos âmes innocentes Avec ces reprouvez : car combien que vos yeux Ne froncent le sourcil encontre les hauts cieux. Combien qu'avec les rois vous ne hochiez la teste Contre le Ciel esmeu, armé de la tempeste,