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LA CHAMBRE DORÉE

^Sï'^-^u palais flamboyant, du haut ciel empirée '

•^^/i\Q}iî Reluit l'éternité en présence adorée

^(I^CTV^Par les anges heureux : trois fois trois rangs

^1^^;^^' de vens ,

Puissance du haut ciel, y assistent servans.

Les sainctes légions sur leurs pieds toutes prestes

Lèvent aux pieds de Dieu leurs précieuses testes

Sous un clair pavillon d'un grand arc de couleurs.

Au moindre clin de l'œil du Seigneur des Seigneurs,

Ils partent de la main : ce troupeau sacré voie

Comme vent descoché au vent de la parole,

Soit pour estre des Saincts les bergers curieux.

Les préserver du mal, se camper autour d'eux,

Leur servir de flambeau en la nuict plus obscure,

Les défendre d'injure et destourner l'injiire

Sur le chef des tyrans : soit pour, d'un bras armé,

Desploier du grand Dieu le courroux animé.

D'un coutelas onde, d'une main juste et forte

L'un défend aux pécheurs de Paradis la porte:

Uu autre fend la mer ; par l'autre sont chargez

Les pauvres de thresors, d'aise les affligez,

128 Les Tragiq.ues,

De gloire les honteux, l'ignorant de science,

L'abbattu de secours, le transi d'espérance.

Quelqu'autre va trouver un monarque en haut lieu,

Barde de mille fers et, au nom du grand Dieu,

Assuré, l'espouvante : eslevé, l'extermine;

Le faict vif dévorer à la salle vermine.

L'un veille un règne entier, une ville, un chasteau ,

Une personne seulle, un pasteur, un troupeau.

Gardes particuliers de la troupe fidèle.

De la maison de Dieu ilz sentent le vray zèle.

Portent dedans le ciel leurs larmes, les souspirs

Et les gemissemens des bien-heureux martyrs^.^ ?>C

A ce throsne de gloire arriva gémissante La Justice fuitive (')> en sueurs, pantelante. Meurtrie et deschirée, aux yeux serains de Dieu. Les anges retirez lui aians donné lieu (2), La pauvrette, couvrant sa face désolée, De ses cheveux trempez faisoit , eschevelée. Un voile entre elle et Dieu ; puis, souspirant trois fois, Elle pousse avec peine et à genoux ces voix :

ic Du plus bas de la terre et du profond du vice , Vers toi j'ai mon recours, te voici; ta Justice, Que, sage, tu choisis pour le droict enseigner. Que roine tu avois transmise pour régner, La voici à tes pieds en pièce deschirée. Les humains ont meurtri sa face révérée : Tu avois en sa main mis le glaive trenchant Qui aujourd'hui forcené en celle du meschant. Remets, ô Dieu! ta fille en son propre héritage Le bon sente le bien, le meschant son ouvrage. L'un reçoive le prix, l'autre le chastiment, Afin que devant toi chemine droictement La terre ci-après : baisse en elle ta face. Et par le poing me loge en ma première place. »^ U

A ces mots intervient la blanche Pieté, Qui de la terre ronde au haut du ciel voûté

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