I. Fugitive. — 2. Place
La Chambre dorée. 129
En courroux s'envola ; de ses luisantes ailes Elle accreut la lueur des voûtes éternelles : Ses yeux estinceloyent de feux et de courroux. Elle s"advance à coup, elle tombe à genoux, Et le juste despit qui sa belle ame affole Lui fit dire beaucoup en ce peu de parole :
« La terre est elle pas ouvrage de ta main ? Elle se mesconnoist contre son souverain : La félonne blasphème, et l'aveugle insolente S'endurcit et ne ployé à ta force puissante. Tu la fis pour ta gloire, à ta gloire deffaicts r ^'
Celle qui m'a c'nassé. » Sur ce poinct vint la Paix, -^4 % La Paix, fille de Dieu : «J'ai la terre laissée Q.ui me laisse (dict-elle) et qui m'a deschassée: Tout y est abruti , tout est de moi quitté En sommeil lestargic, d'une tranquillité Que le monde chérit, et n'a pas connoissance Qu'elle est fille d'Enfer, guerre de conscience, Fausse Paix qui voulloit desrober mon manteau Pour cacher dessous lui le feu et le couteau, A porter dans le sein des agneaux de l'Eglise ^.
Et la guerre et la mort qu'un nom de paix desguise. » -''"-
A ces mots le troupeau des esprits fut ravi : Ce propos fut reprins, et promptement suivi Par les An^es, desquels la plaintive prière Esmeut le front du Juge et le cœur du vray Père. Ils s'ameutent ensemble, et firent, gemissans, Fumer cette oraison d'un précieux encens :
ce Grand Dieu! devant les yeux duquel ne sont cachées Des cœurs plus endurcis les premières pensées, Desploye ta pitié en ta justice, et fais Trouver mal au meschant, au paisible la paix. Tu voy que les géants, foibles dieux de la terre, En tes membres te font une insolente guerre. Que l'innocent périt par l'inique trenchant. Par le couteau qui doit effacer le meschant. Tu voi du sang des tiens les rivières changées. Se rire les meschans des âmes non vangées, Tragiques. — I. 9
1 50 Les Tragiq ues. ■
Ton nom foullé aux pieds , nom que ne peut nommer L'atheiste, sinon quand il veut blasphémer. Ta patience rend son entreprise ferme, Et tes jugements sont en mespris pour le terme. Ne void ton œil {') vengeur esclatter en tous lieux Sur ses tendres agneaux les effroyables feux Dont l'ardeur par les tiens se trouve consumée.? Et nous sommes lassez d'en boire la fumée. Tes patiens tesmoins souffrent sans pleurs et cris, Et sans trouble, le mal qui trouble nos esprits. Nous sommes immortels, peu s'en faut que ne meure Chacun qui les visite en leur noire demeure, Aux puantes prisons où les saincts zélateurs .^-, Quand nous les consolons nous sont consolateurs. »
Là les bandes du ciel, humbles, agenouillées. Présentèrent à Dieu mil âmes despouillées De leurs corps par les feux, les cordes, les couteaux, Qui, libres au sortir des ongles des bourreaux. Toutes blanches au feu volent avec les fiâmes , Pures dans les cieux purs, le beau pays des âmes. Passent l'ether, le feu, percent le beau des cieux ; Les orbes tournoyans sonnent harmonieux : A eux se joint la voix des anges de lumière , Qui mènent ces presens en leur place première, Avec elles voloyent, comme troupes de vents, Les prières, les cris et les pleurs des vivants. Qui, du nuage espais d'une amère fumée. Firent des yeux de Dieu (2) sortir l'ire allumée./
De mesme en quelques lieux vous pouvez avoir leu, ' Et les yeux des vivants pourroient bien avoir veu Quelque Empereur ou Roy tenant sa Cour planière, Au milieu des festins, des combats de barrière, En l'esclat des plaisirs, des pompes ; et alors Qu'à ces princes chéris il monstre ses trésors, Voici entrer à coup une vefve esplorée