‹ Les tragiques. Livre premier. MisèresChapitre 38 sur 74 · Cf. Lucain, Ph., I · texte numérisé non relu

Cf. Lucain, Ph., I

Ferrique potestas Confundet jus omne manu; scelerique nefando Nomen erit virtus.

ty À ï m£ Les MISERES. 61

- Et le meurtre public ont le nom de Justice. Les belistres armez ont le gouvernement, 2% Le sac de nos citez; comme anciennement Une croix Bourguignonne espouvantoit nos peres, Lli ec: Le blanc les fait trembler, et les tremblantes meres + Croullent à l'estomac leurs pouppons esperdus Pete UOTE Quand les grondans tambours sont battans entendus. 2% Les places de repos sont places estrangeres, Les villes du milieu sont les villes frontieres, Le village se garde, et nos propres maisons Nous sont le plus souvent garnisons et prisons. | L'honorable bourgeois, l'exemple de sa ville, . 2% /Souffre devant ses yeux violer femme et fille). A Et'tomber sans merci dans l’insolente main / SE Qui s’estendoit n ‘a-guere à mendier du pain ; Le sage justicier est trainé au supplice, Le mal-faicteur luy faict son proces; l'injustice 25 Est principe de droict ; comme au monde à l'envers

222. Les pitoiables meres A. |] 223. Pressent à l'estomach leurs enfans esperdus AT. || 224. Quand les fambours francois sont de loin entendus A.

249. Belistres semble rotenir ici (cf: v. 232) le sens de mendiant, qui est le sens étymologiquo (beftler). — Le gouvernement, le sac. Entendez : le gouvernement, c'est-à-dire le sac.

320. Anciennement. D'Aubigné fait ici ancien de trois syllabes. Ailleurs, v. 1075, il le fait dissyllabique. Sur ces hésitations, cf. les témoignages des grammairiens dans Thurot, I, 538.

333. Croullent. Ceverbe (lat. corrotulare) signifie : remuer, branler, secouer. Malherbe en condamne l'emploi actif. (Brunot, La doctr. de Malh., p. 428). Il y a peut-être Jà un souvenir de Virgile, Æn., VII, 518 : « Et trepidae matres pressere ad pectora natos. »

227. Places de repos. Les places, auxquelles leur position au centre du royaume assurait sécurité et repos, souffrent de la guerre intestine, qui est partout, et sont traitées par les soldats du pays en villes étrangères.

229. Ville rime avec fille pour l'œil seulement. Pas plus qu'aujourd'hui, la prononciation n'autorisait cette rime. Cf. Thurot, II, 293 et 304.

330. Cf. pour l'idée, II, 75, Le Caducée : « Nous avons consideré ces Églises, les Ministres aux feux, les femmes et les filles violees devant les yeux des peres, et en un mot un deluge de sang par toute la France. » Sur l'emploi de souffrir suivi de l'infinitif sans préposition, cf. Darm. et Hatzf., p. 267, et Schüth, p. 59.

- 930-231. Remarquez l'anacoluthe, femme et fille étant à la fois régime dé violer et sujet de tomber.

—Le vieil pere est fouëtté de son enfant pervers ; Celuy qui en la paix cachoit son brigandage De peur d'’estre puni, estalle son pillage Au son de la trompette; au plus fort des marchez 210 Son meurtre et son butin sont à l'ancan preschez, Si qu'au lieu de la rouë, au lieu de la sentence, La peine du forfaict se change en recompense. Ceux qui n'ont discerné les quereles des Grands Au lict de leur repos tressaillent, entendans 245 En paisible minuict que la ville surprise Ne leur permet sauver rien plus que la chemise. Le soldat trouve encor quelque especg de droict . Et mesme, s’il pouvoit, sa peine il'lui vendroit. L’ Espagnol mesuroit les rançons et les tailles 250 De ceux qu'il retiroit du meurtre des batailles Selon leur revenu; mais les François n’ont rien (Pour loi de la rançon des François que le bien. Encor’ vous bien-heureux qui aux villes fermees - D'un mestier inconnu avéz les mains armees, %5 Qui goustez en la peur l’alternatif sommeil, De qui le repos est à la fievre pareil ; ais je te plains, rustic, qui, ayant la journee Ta pantelante vie en rechignant trainee,

246. Ne leur promet sauver AT. Le manuscrit de Londres donne ici la même leçon que l'édition 8. 1. n. d. : pour cette exception, cf. la notice sur le texte. I 252. De la nature (corrigé dans l'errata en rançon) À. |] 258. Une piteuse vie en tes sueurs trainee A. — Ta pentelante vie en rechignant gaignee T. Pour ces variantes, cf. la notice sur le texte.

244. Entendans soit le tumulte, soit le cri des hérauts. Cf. La Noüe (cité par Littré) : « La plupart de la noblesse ayant entendu l'exécution de Vassy.…. »

347-248. Nous comprenons ainsi : là où il n’y a plus rien, les habitants étant dépouillés, le soldat irouve néanmoins encore quelque droit à exercer; et même il ferait racheter aux habitants le châtiment (peine) d'e leur ville, si ce n’était impossible, puisqu'il ne leur reste rien.

254. Inconnu. C'est le métier des armos qu ‘ignoraient jusqu'alors les bourgeois, brusquement obligés de se défendre cux-mêmes.

255. Alternatif, qui alterne avec la veille, intermittent, troublé. Voyez un autre exemple du même mot pris absolument, IT, 257, Sancy : « Ce

|Reçois au soir les coups, l'injure et le tourment,

260 Et la fuite et la faim, injuste payement.

Le païsan de cent ans dont la teste chenuë .

Est couverte de nege, en suivant sg charruë Re or , ODAN-GALS PRISE

Voit galopper de loin l’argole{ outrageux,

" Qui d’une rude main arrache les cheveux,

L'honneur du vieillard blanc, piqué de son ouvrage

Par qui la seule faim se trouvoit au village. Gran Ne voit-on pas des-ja des trois lustres passez . /S 77 Que les peuples fuyards des villages chassez

Vivent dans les forests? Là chacun d’eux s'asserre

Au ventre de leur mere, aux cavernes de terre; ©"

Ils cerchent, quand l'humain leur refuse secours, Les bauges des sangliers et les roches des Ours, Sans conter les perdus à qui la mort propice

260. Et la fin (corrigé dans l'errata en faim) À. || 265-266... Meu de faim et de rage Pour n'avoir peu trouver que piller au village À. {| 270. Aux ventres T.

Tiers Parti qui contraignit le Roy à sa conversion, le contraindra ces jours à la persecution des Huguenots, ou à faire son estat alternatif. »

361. Païsan, dissyllabique, d'après une prononciation qui semble rare au seizième siècle. Cf. Thurot, I, 502.

263. Argolet. Arquebusiers à cheval qui servaient à faire les découvertes et escarmouches. Cf. ce qu'en dit d'Aubigné, I, 416, Lettres : x Ainsy ces Chevaux legers ne feront peur qu'aux goujats ot manants, ne leveront aucun logis, et se trouvera que ce sont Argolets pour tout potage qui courent la poule et vont à la petite guerre. »

266. Piqué de son ouvrage. Il est irrité de trouver un pays ruiné, bien que cette ruine soit son propre ouvrage, l'effet des déprédations anté- | rieures, commises par lui ou ses semblables. Ce sens est confirmé par la variante de j'édition princeps. }

267. Trois lustres. Les guerres civiles commencent au massacre d:

. Vassy, en 1562. Si l'on ajoute à cette date « trois lustres » on trouve que ces vers ont été écrits en 1577, et l’on obtient ainsi une sûre confirmation du renseignement que nous donne d'Aubigné, I, 33, Vie, savoir qu'il a dicté en 1577 les premières clauses des Tragiques.

269. S'asserre, s'assemble, se réunit, se presse. Cf. IV, 293, Jug. :

Les corps par les Tyrans autrefois deschirez Se sont cn un moment à leurs corps asserrez.

272. Sanglier. Dissyllahe. Cf. note sur le vers 210. On trouve encore dans Molière et La Fontaine ce mot comptant pour deux syllabes.

273. Perdus. égarés. Il s’agit probablement ici des suicides. — Propice, bienveillante, car cette mort est pour eux un soulagement à leurs maux.

Donne poison, cordeau, le fer, le precipice. "

Ce ne sont pas les Grands, mais les simples paisans, Que la terre conoit pour enfans complaisans.

Le terre n'aime pas le sang ni les ordures :

Il ne sort des tyrans et de leurs mains impures Qu'ordures ni que sang} les aimez laboureurs Ouvragent son beau sein de si belles couleurs, Font courir les ruisseaux dedans les verdes prees Par les sauvages fleurs en esmail diaprees; Ou par ordre et compas les jardins azurez Monstrent au ciel riant leurs carreaux mesurez; Les parterres tondus et les droites allees Des droicturieres mains au cordeau sont reglees; Ils sont peintres, brodeurs, et puis leurs grands tappis Noircissent de raisins et jaunissent d'espes/ Les ombreuses forests leur demeurent plus franches, Esventent leurs sueurs et les couvrent de branches.

La

. La terre semble donc, pleurante de souci,

Consôler les petits en leur disant ainsi :

« Enfans de ma douleur, du haut ciel l'ire esmeuë Pour me vouloir tuer premierement vous tuë.

Vous languissez, et lors le plus doux de mon bien Va saoulant de plaisirs ceux qui ne vallent rien.

274. Le fer ou precipice A. |] 289. Leurs demeures plus franches T.

278. Ni que sang. Sur l'emploi, dans certaines phrases de sens négatif, de la négation ni là où nous mettrions la conjonction ef, cf. Darm. et Hatzf., p. 288.

283. Compas. Cf. III, 414, Cr'éat. : par compas et mesure; III, 418, Créat. :

Somme c'est [l'œil] le niveau, le conpas et la regle Par lesquelz est conduyt ce corps estant au siecle.

286. Droicturiers, qui observent la droiture. Cf. III, 328, Créat. :

Un Dieu lequel preside Sur tout, ct qui d’un frain droyturier ce tout guyde.

288. Espics. Il va sans dire que cette orthographe, faussement étymologique, ne trouble que pour l'œil l'exactitude de la rime. Cf. Thurot, II, 67. 293. Enfans de ma douleur, vous que j'ai enfantés dans la douleur.

Or attendant le temps que le ciel se retire

Ou que le Dieu du Ciel destourne ailleurs son ire Pour vous faire gouster de ses douceurs apres, Cachez-vous sous ma robbe en mes noires forests; Et, au fond du malheur, que chacun de vous entre, Par deux fois mes enfans, dans Fobscur de mon ventre. Les faineants ingrats font brusler vos labeurs,

Vos seins sentent la faim et vos fronts les sueurs : c“

Je mets de la douceur aux ameres racines,

Car elles vous seront viande et medecines;

Et je retirerai mes benedictions

De ceux qui vont sucçans le sang des nations : Tout pour eux soit amer, qu'ils sortent execrables Du lict sans reposer, allouvis de leurs tables! »

” Car pour monstrer comment en la destruction

L'homme n’est plus un homme, il prend refection Des herbes, de charongne et viandes non-prestes, Ravissant les repas apprestez pour les bestes ;

304. Vos seins sentent la fin A. — Vos sens sentent la faim B. || 313. Des charongnes, des viandes T.

397. Ce vers est expliqué par les v. 293 et 298. Cf. un emploi analogue du verbe se retirer dans Marot (cité par Littré) : « L'orage retiré, chacun joye demeine. » Voir aussi Baïf, éd. Marty-L., V, 28 :

Grand cnnemi veinc qui veinc l'ire.

L'ire du bon tost se retire,

304. Au fond du malheur, vous qui êtes dans le plus profond malheur. 306. Viande. On sait que ce mot garde encore aux seizième et dixseptième siècles sôh sens étymologique (vivenda) de nourriture en général, 310. Allouvis, affamés comme des loups. Cf. v. 353, 466 et aussi v. 617 (Variantes). Ce mot vieillissait. Au dix-septième siècle, il se disait encore « des enfans nouveaus-nez et qu'on ne peut jamais rassasier. » Richelet. 312. Ce passage est encore imité de Lucain, PA,, VI, 110 :

Cernit miserabile vulgus In pecudum cecidisse cibos et carpere dumos Et foliis spoliare nemus letumque minantes Vellere ab ignotis dubias radicibus herbas :

Quae moiliré queunt flamma, quae frangere morsu Quaeque per abrasas utcro demittere fauces Plurimaque humanis ante hoc incognita mensis Diripicns miles saturum tamen obsidet hostem.

315 La racine douteuse est prise sans danger, Bonne, si on la peut amollir et manger; Le conseil de la faim apprend aux dents par force À piller des forests et la robbe et l’escorce. La terre sans façon a honte de se voir,

3% Cerche encore des mains et n’en peut plus avoir. Tout logis est exil : les villages champestres,

Sans portes et planchers, sans meubles et fenestres,

«Font une mine affreuse, ainsi que le corps mort

+. Monstre, en morfstrant les os, que quelqu'un lui fait 35 Les] loups et les renards et les besles sauvages [tort. Tienent place d'humains, possedent les villages, Si bien qu'en mesme lieu où en paix on eut soin De reserrer le pain, on y cueille le foin.

Si le rusticque peut desrobber à soi-mesme 330 Quelque grain recelé par une peine extreme,

. — Esperant sans espoir la fin de ses mal-heurs,

Lors on peut voir couppler troupe de laboureurs Et d'un soc attaché faire place en la terre Pour y semer le bled, le soustien de la guerre;

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