Et l’antre mal-heureux B
994. Tel. Grammaticalement on attendrait telle. Tel s'accorde probablement, dans la pensée de d’Aubigné avec Cardinal, du v. 995, qu’il ne fait du reste qu'annoncer.
992. Horreur, un des noms qu'on tenta, au xvi* s., de ramener au genre qu'avaient en latin classique les mots dont ils sont issus. Voir Darm. et Hatzf., p. 249. D'Aubigné le fait féminin au v. 445.
993. Couleur. On retrouve le même jeu de mots dans les pamphlets du temps. Cf. le quatrain rapporté par L'Estoile, Mémoires-Journaux, à la date du 26 déc. 1574 :
Purpurco fucrat quondam qui tectus amictu, Omniaque imbuerat sanguine purpureo,
Purpureae vitae fertur, non dispare fato :
Abstulit huic animam purpura purpurcani.
996. Son conseil. Allusion à la part active prise par le cardinal de Lorraine aux exécutions qui suivirent la conspiration d’Amboise. Cf. l'Epistre envoyee au Tygre de France, violent pamphlet publié contre le cardinal en 1561 et attribué à l'rançois Hotman.— Hors d'aage, avant l’âge.
998. Dedans son sang. On accusait le cardinal de Lorraine de relations
‘ incestueuses avec sa belle-sœur Anne d’Este, femme de François de
Guise. Cf. l'Epistre au Tygre de France, p. 43-44 : « Quand je te diray qu'un mari est plus continent avec sa femmo que tu n'es avec tes propres parentes.. tu ne vois rien de saint que tu ne souilles, rion de chaste que tu ne violes, rien de bon que tu ne gastes! L'honneur de ta sœur ne se peut garantir d'avec toy. »
1000. Bougre. Le not retient encore ici la signification que lui avaicnt donnée les hommes du. moyen âge.
1002. Une guerre admirable. Quand le cardinal de Lorraine succomba à Avignon, le 26 déc. 1574, « sa mort, dit d'Aubigné (Hist. univ., IV, 299), fut signalée par deux prodiges : le premier, la plus signalee tempeste qui ait esté de mémoire d'homme, car les vents furent remplis d'une fulguration si puissante qu'en plusieurs endroits, et notamment au logis où il
Le haut Ciel s'obscurcit, cent mille tremblements Confondirent la terre et les trois Elements.
1005 De celuy qui troubloit quand il estoit en vie La France et l'Univers, l’ame rouge ravie En mille tourbillons, mille vents, mille nœuds, f Mille foudres ferrez, mill’ esclairs, mille feux, ( Le pompeux appareil de cett’ ame si saincte 1010 Fit des mocqueurs de Dieu trembler l'ame contrainte. Or n'’estant despouïllé de toutes passions, De ses conseils secrets et de ses actions , ;.. Ne pouvant oublier la compagne fidelle, °-* Vomissant son Demon, il eut memoire d'elle, 1013 Et finit d’un à Dieu entre les deux amants La moilié du conseil et non de nos tourments. Prince choisi de Dieu, qui sous ta belle-mere Savourois l'aconit et la ciguë amere, Ta voix a tesmoigné qu'au poinct que cet esprit
mourut, quelque chose de plus violent que le vent arracha et emporta en l'air grilles et fenestres.. » Cf. le Journal de l'Estoile, 26 déc. 1514: « Les Catholiques lorrains disoient que la véhémence de cet orage portoit indice du courroux de Dieu sur la France, qui la privoit d'un si bon, si grand et si sage prélat. Les Huguenots, au contraire, disoient que c'estoitle sabbath des diables, qui s'assembloient pour le venir quérir, et qu'il faisoit bon mourir ce jour, pource qu'ils estoient bien empeschés. » D'Anbigné fait une nouvelle allusion à cette tempête, IV, 269, Vengeances.
1010. Contrainte. Cf. Montaigne (cité par Littré) : « Ils allerent à la charge, le sang figé et les membres contraincts de freid. »
1011. Or « pour maintenant ne se dit point. Ce mot est la cheville ordinairo des visux poëtes français ; surtout Du Bellay s'en est fort escrimé. » Malherbe, cité pur Brunot, La doctr. de Malk., p. 268.
1013. Compagne fidelle. Cf. v. 725-726.
1014. 11 eut memoire d'elle. Allusion à la prétendue apparition du cardinal, le jour de sa mort, à Catherine de Médecis. Cf. v. 1023 (pour prendre son congé) et la noto sur le v. 1 019. |
1015. Les deux amants. Les pamphlets du temps accusent en effet le cardinal de Lorraine d'avoir été l'amant de Catherine. Voir le Reveille Matin des françois et de leurs voisins, composé par Eusèbe Philadelphe Cosmopolite en forme de Dialogues, Edimbourg, 1574, p. 12. Voir aussi l'anecdote rapportée par d'Aubigné lui-même, Hist. univ., II, 40.
1017. Prince. Henri de Navarre.
1018. Savourois l'aconit, toi qui savourais l’amertume des persécutions de ta belle-mère.
4019. Ta voix a tesmoigné. C'est, en effet, Henri IV lui-même qui aurait rapporté ce fait à d’Aubigné. Voir Hist. univ., IV, 300 : « Le second
S'enfuyoit en son lieu, tu vis saillir du lict
Cette Rovne en frayeur qui te monstroit la place Où le Cardinal mort l’acostoit face à face,
Pour prendre son congé : elle bouschoit ses yeux, Et sa frayeur te fit herisser les cheveux.
Tels mal heureux cerveaux ont esté les amorces, Les flambeaux, boute-feux et les fatales torches Par qui les hauts chasteaux jusqu’en terre razez, Les temples, hospitaux pillez et embrazez,
Les oolleges destruits pur la main ennemie
Des citoyens esmeus monstrent l'anatomie
De nostre honneur ancien (comme l’on juge aux os La grandeur des geants aux sepulcres enclos).
Par eux on vid les loix sous les pieds trepignees, Par eux la populace à bandes mutinees
Trempa dedans le sang des vieillards les cousteaux,
1024, Et £a fraieur T.
prodige, comme estant un des trois contes, desquels j'ai parlé autresfois, qu'il [le roi de Navarre] nous a réitérez, nous faisant voir ses cheveux hérissez; c'est que la roine s'estoit mise au lict de meilleure heure que de coustume, ayant à son coucher, entr'autres personnes de marque, le roi de Navarre, l'archevesque de Lyon, les dames de Rets, de Lignerolles et de Sauves, deux desquelles ont confirmé co discours. Comme elle estoit pressée de donner le bon soir, elle se jetta d'un tressaut sur son chevet, met les mains devant son visage, et, avec un cri violent, appela à son secours ceux qui l'assistoyent, leur voulant monstrer au pied du lict le cardinal, qui lui tendoit la main, elle s'escriant plusieurs fois : « Monsieur le cardinal, je n'ai que faire de vous. » Le roi de Navarre envoye au mesme temps un de ses gentilshommes au logis du cardinal, qui rapporta comment il avoit expiré au mesme point. » Voir aussi De Thou,t. V, liv. LIX, p. 126, noté; L'Estoile, à la date du 26 déc. 1574, rapporte le même fait avec des variantes de détail.
1037. Par qui. Cf. Vaugelas, I, 125: « Qui, au génitif, datif, ot ablatif en l’un et l’autre nombre, ne s'attribuë jamais qu'aux personnes. » Mais Patru réclame « cette liberté » pour les poètes.
1030. Esmeus, soulevés. Cf. II, 356, Sancy : « Le premier de la Letanic sera le Curé de Sainct Medard de Paris, qui fut blessé en sonnantle toxin : celui de Sainct Espin en Touraine, pendu aux cordes des cloches, en faisant de mesme : tous deux prenans la peine d'esmouvoir le peuple pour faire d'autres Martyrs. » — Anatomie. Pour le sens de co mot, cf. note sur le v. 4164.
1081. Aux os. Cf. Virgile, Géorg., 1, 497:« Grandiaque cffossis mirabitur ossa scpulcris, »
‘Estrangla les enfans liez en leurs berceaux, :, 7" Et la mort ne conut ni le sexe ni l'aage; . Par eux est perpetré le monstrueux carnage Qui de quinze ans entiers ayant fait les moissons 1040 Des François, glene encor le reste en cent façons. Car quand la frenaisie et fievre generalle À senti quelque paix, dilucide intervalle, Nos sçavans apprentifs du faux Machiavel Ont parmi nous semé la peste du duël.
1045 Les grands, ensorcelez par subtiles querelles, Ont remplis leurs esprits de haines mutuelles ; / Leur courage employé à leur dissention ‘" “Les fait serfs de mestier, grands de profession ; Ÿ\' Les Nobles ont chocqué à testes contre testes ; 1050 Par eux les Princes ont vers eux payé leurs debtes ; Un chacun estourdi à porté au fourreau De quoy estre de soi et d'autrui le bourreau; Et de peur qu'en la paix la feconde Noblesse De son nombre s’enflant ne refrene et ne blesse 1055 La tyrannie un jour, qu'’ignorante elle suit, Miserable support du joug qui la destruit, Le Prince en son repas par loüanges et blasmes
1040. De François T.
4043. Apprentifs. Orthographe conforme à l'étymologie. D'où le féminin apprentive qu'on rencontre encore dans Boileau : « Vais-je épouser ici quelque apprenlive auteur. » Sat. X. — Faux, perfide. Cf. v. 828, ton faux chef.
4049. Ont chocqué. Cf. IV, 146, Ch. dor. : « Les foudres et les feux chocquent pour ta victoire. » Voir chez Darm. et Hatzf., p. 266-267, des exemples de verbes actifs et réfléchis employés ainsi intransitivement.
1050. Vers eux. Cf. I, 398, Lettres : « Ce qui fait le bon juge est la pitié vers l'offensé. » Cf. Vaugelas, II, 79.
1057. Le Prince. Cf. Brantôme, VI, p. 384 : « J'ay veu un livre fait contre nostre feu roy Henry III, par lequel l’auteur le taxe d'avoir esté l'introducteur premier de ces appels [duels à la mazza), et les avoir librement permis en sa cour et son royaume. » Brantôme du reste déclare cette allégation fausse ; il ajoute : « Quant à notre roy Henry III, je sçai bien, et plusieurs gens de foy comme moy, combien de fois il en a faict d’ordonnances et deffences de n’en venir plus là; car je l’ay veu à la cour le publier plus de cent fois. »
Te
Met la gloire aux duels, en allume les ames, |
Peint sur le front d'autrui et n’establit pour soy
Du rude poinct d'honneur la pestifere loy,
Reduisant d’un bon cœur la “leur prisonniere) 7
A voir devant l’espee et l'Enfer au derriere. À J'escris ayant senti avant l'autre combat ARE
De l'ame avec son cœur l'inutile debat, oo
Prié Dieu, mais sans foy comme sans repentance,
Porté à exploiter dessus moy la sentence.
Êt ne faut pas ici que je vante en mocqueur
Le despit pour courage et le fiel pour le cœur.
Ne pense pas aussi, mon lecteur, que je conte
À ma gloire ce poinct : je l’escris à ma honte. : -
Ouy, j'ai senti le ver resveillant et piqueur vw!”
Qui contre tout mon reste avoit armé le cœur,
Cœur qui à ses despens prononçoit la sentence
En faveur de l'enfer contre la conscience. [reurs, Ces Anciens, vrais soldats, guerriers, grands conque-
Qui de simples Bourgeois faisoyent des Empereurs,
Des Princes leurs vasseaux, d’un Advocat un Prince,
1058. Au duel T. || 1071-1074. Ces vers ne se trouvent pas dans la première édition. [| 1034. Afa conscience T.
1063. L'autre combat, le combat sur le terrain par opposition au combat qui se livre dans sa conscience entro l'« ame » et le « cœur ». — Sur les duels de d’Aubigné, voir I, 18,24, 26, 33, 39, Vie; et AHist. univ., V, 237.
1066. Porté... Æmporté par ma passion à exécuter sur moi (àmes despens, v. 1073) la sentence prononcée par mon cœur, contre ma conscience, en faveur du duel, c'est-à-dire de l'Enfer (v. 1033-4). — Sur le sens du mot exploiter, cf. Nicot : « Il.a commandé au bourreau qu'il erploicte, qu'il face son office : lictorem lege agere jubet. — Ærpioict et execution re sentence : legis actio. »
10714. J'ai senti... Cf. IV, 242, Veng. :
J'ay senti l'esguillon, le remord violent
De mon âme blessee, et oùy la sentence
Que dans moy contre moy chantait ma conscience. Mon cœur vouloit veiller, je l’avois endormy ;
Non esprit de ce siecle cstoit bien eunemy,
Mais au lieu d'aller faire au combat son office, Satan le destournoit au grand chemin du vice... Je me suis pleu au fer : David m'est un exemple Que qui verse le sang ne bastit pas le temple.
Du monde un regne seul, de France une Province, Ces patrons de l'honneur honoroyent le Senat, 108 Le Chevalier apres, et par le Tribunat “Haussoyent le tiers estat aux degrez de leur ville, Desquels il repoussoyent toute engeance serville. , 7 Les serfs demi-humains, des hommes excrements, \' ji Se vendoyent, se contoyent au roole des juments : 1085 Ces mal-heureux avoyent encores entr’ eux-mesme Quelque condition, des extremes l’extreme :
C'estoyent ceux qu'on tiroit des pires du troupeau Pour esbatre le peupl’ aux despens de leur peau. Aux obseques des Grands, aux festins, sur l’arene, 109 , Ces glorieux maraux bravoyent la mort certaine, Avec grace et sang froid mettoyent pourpoint à part, Sans s’esbranler logeoyent en leur sein le poignart. Que ceux qui aujourd’hui se vantent d’estocades Contrefacent l'horreur de ces viles bravades : 1095 Car ceux-là recevoyent et le fer et la mort Sans cri, Sans que le corps se tordist par effort, Sans posture contrainte, ou que la voix ouïe Mendiast laschement des spectateurs la vie.
Ainsi le plus infect du peuple diffamé 1100 Perissoit tous les jours par milliers consumé.
1086. Les Chevalliers T. || 1081. Au degré T. || 1088. Au despend T.
4079. Patrons, modèles, cf. IV, 258, Veng. :
Tu n'as eu point de honte, impudent Libanie, De donner à ton Roy tel patron pour sa vie, Exhaltant et nommant cet exemple d'erreurs Des Philosophes Roy, maistre des Empereurs.
1086. Se contoyent au roolle des juments, étaient mis au rang des bêtes de somme. Cf. IV, 4, Aux lecteurs : « Je gagneray une place au rolle des fols. » II, 8, Sur les guerres civiles : « Ils ont esté mis au r'oole des orgueilleux et des fols. » — Sur le double o de roolle, qui n'était plus au xvI* siècle qu’une graphie de l'o fermé, cf. Thurot, I, 496. (Cf. v. 459 seelle, v. 1037 aage.) .
1086. Quelque condition. Dans cette profonde misère, il y avait encore des degrés, et, tout à fait en bas, une condition, la pire de toutes.
Or tel venin cuida sortir de cette lie |
our eschauffer le sang de la troupe anoblie ;
uis quelques Empereurs, gladiateurs nouveaux, De ces corps condamnez se firent les bourreaux, Joint (comme l’on trouva) que les meres volages Avoyent admis au lict des pollus mariages Ces visages felons, ces membres outrageux, Et convoité le sang des vilains courageux.
On y dressa les Nains. Quelques femmes perduës Furent à ce mestier finalement venduës.
Mais les doctes escrits des sages animez Rendirent ces bouchers (quoi que grands) diffamez ; Et puis le Magistrat couronna d'infamie Et atterra le reste en la plus basse lie, S1 bien que ce venin en leur siecle abbatu Pour lors ne pût voler la palme de vertu.
n appelle aujourd’hui n’avoir rien fait qui vaille D'avoir percé premier l’espais d'une bataille, D'avoir premier porté une enseigne au plus haut Et franchi devant tous la breche par assaut.
Se jetter contre espoir dans la ville assiegee, La sauver demi-prise et rendre encouragee,
110%. Des bourreaux T. || 1111. De ces sages B.
4101-2. Ce venin faillit (exactement : eut l'audace de tenter de) se transmettre de la lie du peuple à la noblesse. Cf. Suétone, Jul., 39; Aug., 43; Nér., 12. °
1103. Empereurs. Cf. Suétone, Calig., 32, 54.
1106. Joint... que. « Joint que sent sa chicane, il n’en faut pas user pour tout. » Malherbe, cité par Brunot, La doctr. de Malh., p. 308. — Meres, matrones. Sur les amours de quelques dames romaines pour des gladiateurs, cf. Juvénal, Sat. VI, 80 sqq.
1109. Quelques femmes. Voir sur ce fait Tacite, Ann., XV, 32; Juvénal, Sat. VI, 250; Suétone, Dom., #4; Stace, Silo., I, 1v, 53.
4114. Doctes escrits. Voir Sénèque, Left. à Lucil., VII. — Animez, irrités, indignés.
1112. Rendirent.… diffamez. Sur l'emploi, fréquent au xvre s., de rendre suivi d'un participe, locution blâmée par Malherbe, cf. Brunot, La doctr. de Malh., p. 417. Voir un autre exemple, v. 1120.
11413. Le Magistrat. Les combats de gladiateurs interdits par Constantin ne furent définitivement abolis que par Honorius.
Fortifier, camper ou se loger parmi
Les gardes, les efforts d'un puissant ennemi, Employer sans manquer de cœur ni de cervelle, L'espee d’une main, de l'autre la truelle,
Bien faire une retraitte, ou d’un scadron battu R'allier les deffaicts, cela n'est plus vertu.
La voici pour ce temps : bien prendre une querelle Pour un oiseau ou chien, pour garce ou maquerelle, Au plaisir d’un vallet, d'un bouffon gazouïllant Qui veut, dit-il, sçavoir si son maistre est vaillant. Si un Prince vous hait, s’il lui prend quelque envie D'employer vostre vie à perdre une autre vie,
Pour payer tous les deux, à cela nos mignons Vont rians et transis, devienent compagnons Des valets, des lacquais. Quiconque porte espee L'espere voir au sang d’un grand Prince trempee. De cette loi sacree ores ne sont exclus
Le malade, l'enfant, le vieillard, le perclus:
On les monte, on les arme, on invente, on devine Quelques nouveaux outils à remplir Libitine ;
On y fend sa chemise, on y montre sa peau,
1123-1126. Ces vers ne se trouvent pas dans la première édition. [| 1125. Et de cervelle T. || 1128. Les deffauts ABT.
1123. Se loger, terme d'art militaire : se retrancher. Cf. I, 89, Vie « « Luy avec ses cent cinquante hommes marcha à deux heures aprés midy à la veuë des ennemis faire un logis à Morvain. »
1127. Scadron. Sur ce mot introduit dans la langue dès le début du xvi® siècle (Littré en cite des exemples de Jean Marot), cf. Thurot, I, 217. Il est de ceux qu'H. Estienne reproche aux italianiseurs : « Ils disent aussi : un Squadron ou Escadron (car on le prononce diversement). » Cf. Marty-Laveaux, Lang. de la Pléiade, p. 192.
1128. Les deffaicts. Le manuscrit et les éditions originalés portent les
deffauts. Nous croyons nécessaire d’adopter la correction deffaicts, déjà
admise par les éditions modernes. — Cela n'est plus vertu. Pour lo même développement, cf. II, 410, Fæn. Cf. aussi IT, 263, Sancy.
1137. Des valets, des lacquais. Les grands seigneurs envoyaient parfois leurs valets combattre à leur place, quand ils n’estimaient pas leur adversaire assez bien né. Cf. Brantôme, éd. Lalanne, VII, 121 et 122.
1143. On y fend sa chemise. On conservait généralement son pourpoint pour se battre, mais parfois aussi les adversaires le quittaient. Cf.
Despouïllé en coquin on y meurt en bourreau : 1145 Car les perfections du duel sont de faire { Un appel sans raison, un meurtre sans colere, | Au jugement d'autrui, au rapport d'un menteur; | Somme sans estre juge on est l’executeur.
Ainsi faisant vertu d’un execrable vice, Lors
1150 Ainsi faisant mestier de ce qui fut supplice : Aux ennemis vaincus, sont par les enragés CC , À De leurs exploits sur eux les Diables soulagés : ‘+ .
-Folle race de ceux qui pour quelque vaisselle * «d 7" *’ Veautrez l'eschine en bas, fermes sur leur rondelle, 1155 ‘Sans regret, sans crier, sans tressauts apparents, Se faisoyent esgorger au profit des parents! os Tout peril veut avoir la gloire pour salaire, Tels perils amenoyent l’infamie au contraire :
1145. De düel T. || 1149-1164. Ces vers ne se trouvent pas dans la première édition; les v. 1163-1464 ont été omis dans la seconde : pour cette faute, cf. la notice sur le texte.
Brantôme, édit, Lalanne, VI, 420 : « Un autre exemple ay-je veu d'un qui appella l’autre en chemise, avec une espée et un poignard; l’autre fit responce qu'il ne veut point combattre en chemise ainsi nud, car c'estoit en hyver... À tout cela il est très-bien receu, et peut fort bien garder son pourpoinct pour son combat; aussi est-ce un abus que de 8e battre en chemise blanche... Autrement se faict-il en camps solemnels, car si celuy qui a les armes propose à l’autre de se battre en chemise, il faut que cela soit et qu'il passe par là. »
1164. Despouillé, déshabillé. Cf. Hist. univ., IV, 54 : « La damoiselle de la Mothe, qui ne se dépouilloit point et avoit du feu dans sa chambre, rallie quelques soldats. »
1148. Somme. Vaugelas (I, 93) observe que « ceux qui escrivent pure ment » ne doivent plus « recevoir somme pour en somme, dont nos meiileurs Escrivains se servoient il n'y a pas long temps ».
1152. Diables soulagés. Entendez : les Diables n’ont plus besoin d'employer leurs ruses à perdre ces enragés, puisque d'eux-mêmes ils se perdent et se précipitent dans l'enfer.
1153. Folle race. Ils sont bien les descendants insensés de ceux... — 11 s’agit ici non pas des combats de gladiateurs, mais peut-être des tournois ou plutôt des combats judiciaires. 11 faudrait dans ce dernier cas entendre quelque vaisselle dans le sens de quelque objet en litige. Ges vers restent pour nous très obscurs.
1154. Rondelle. Richelet détinit ainsi rondelle : « Vieux mot qui signifiait une espèce de bouclier, »
Entre les valeureux ces cœurs n'ont point de lieu ;
1180 Lesanciens leur donnoyent pour tutelaire Dieu Non Mars, chef des vaillans : le chef de cette peste Fut Saturne le triste, infernal et funeste.
Le François aveuglé en ce siecle dernier ? (Est tout gladiateur et n'a rien de guerrier.
116 On debat dans le pré les contracts, les cedules ; Nos jeunes Conseillers y descendent des mules; J'ai veules Thresoriers du duel se coëffer,
Quitter l'argent et l'or pour manier le fer.
L'Avocat desbauché du barreau se desrobe,
1170 Souïlle à bas le bourlet, la cornette et la robe ; Quel heur d’un grand mal-heur, si ce brutal exces Parvenoit à juger un jour tous nos proces !
En fin rien n'est exempt : les femmes en colere Ostent au faux honneur l'honneur de se deffaire.
4170. Abbas A.
4469. N'ont point de leu. Avoir lieu signifie avoir place, être admis au nombre de. Cf. Bossuet cité par Littré : « Ce grand silence de Jésus-Christ sur les comédies me fait souvenir qu'il n'avait pas besoin d'en parler à la maison d'Israël, pour laquelle il était venu, où ces plaisirs n'avaient point de lieu. »
1182. Saturne. On donnait à Rome durant les Saturnales des combats de pladiateurs. Ces combats avaient remplacé, dit-on, les sacrifices humains qu'à l'origine on offrait à Saturne. C'est pourquoi quelques auteurs anciens rattachaient les combats de gladiateurs au culte de Saturne. Cf. Ausone, Ecloga de feriis romanis, 33 sqq. : Lactance, Institut. VI, 20, 35.
1166. Mules. Notez l'intention comique de ce détail, la mule étant alors la monture, pacifique et hourgeoise per excellence, des gens de robe, médecins ou hommes de loi.
1169. Desbanché, détourné d'un travail, d'une occupation ou de quelqu'un. Cf. IT, 155, Médit. : « Ceux qui s'esloignent de toi periront : Lu retrancheras tous ceux qui se desbauchent de toi. »
1170. A bas, en jetant bas. — Bourlet. Nicot définit ainsi ce terme : « Fait par syncope de cest entier Bourrelet. C'est proprement un cercle fait de toile, drap, cuir ou autro estoffe, renflé de bourre, dont vient le nam. Dnanel rond ou cercle est appelé le chapperon que les anciens
différemment portoient en la teste, et à présent les gens de police, et les Régens de collèges portent sur l'espaule. » — près Nicot, « signifie une pièce longue de taffetas noir que les lent légistes où médecins, portent par sus le collet de leurs r indice et ornement de leur degré. »
ent au faux honneur. Peut-être faut-il entendre ce vers très
1175 Ces hommaces, plustost ces Demons desguisez, Ont mis l’espee au poing, les cotillons posez, Trepigné dans le pré avec bouche embavee, - © Bras courbé, les yeux clos et la jambe levee; L'une dessus la peur de l’autre s'’avançant 1180 Menace de frayeur et crie en offençant.
Ne contez pas ces traicts pour feinte ni pour songe, L'histoire est du Poictou et de nostre Xaintonge : La Boutonne a lavé le sang noble perdu Que ce sexe ignorant au fer a respandu.
1185 Des triomphans Martyrs la façon n'est pas telle : Le premier champion de la haute querelle Prioit pour ses meurtriers et voyoit en priant Sa place au Ciel ouvert, son Christ l'y conviant. Celuy qui meurt pour soi et en mourant machine 1190 De tuer son tueur void sa double ruine : Il voit sa place preste aux abysmes ouverts, Satan grinçant les dents le convie aux enfers. Depuis que telles loix sur nous sont establies, À ce jeu ont vollé plus de cent mille vies; 1195 La milice est perdue, et l'escrime eu son lieu Assaut le vrai honneur, escrimant contre Dieu. Les quatre nations proches de nostre porte
Juil 1.5 vr le cd ta d l, a
obscur comme s'il y avait : « ostent du faux honneur » ; c’.-à-d. les femmes ne considèrent pas l’honneur de se défaire comme un faux honneur. On pourrait aussi expliquer : les femmes ôtent au faux honneur, c’.-à-d. an duel (réservé jusqu'alors aux hommes), l'honneur de se défaire. — Se deffaire, se donner la mort. Cf. Diderot cité par Littré : « Plusieurs de ses disciples se défirent au sortir de son école. »
1180. offençant, attaquant. Cf. II, 200, Médit. : « Celui qui n'a qu'un ennemi en front l'attend de pied coy, employe ses yeux, ses bras, ses armes à la deffense de son estomac paré, et offense comme veut la necessité. »
1182. Nostre Xaintonge. On se rappelle que d’Aubigné était né près de Pons, en Saintonge.
1183. La Boutonne, aftiuent de droite de la Charente.
1186. Le premier champion, Saint-Étienne.
1196. Milice. D'Aubigné prend milice au sens de militia, l'ensemble des gentilshommes qui portent les armes. Entendez : la milice est perdue, parce que les duels déciment les gentilshommes qui composent les armées.
1197. Les quatre nations : Allemagne, Espagne, Italio et Savoie. Ce
ue N° ont | humé ce venin, au moins de telle sorte,
Voisins, qui par leur ruse, au defaut des vertus, 1200 Nous ont pippez, pillez, effrayez et battus. Nous n'osons nous armer, les guerres nousflestrissent, Chacun combat à part, et tous en gros perissent. Voila l'estat piteux de nos calamitez, La vengeance des Cieux justement irritez.
125 En ce fascheux estat, France et François, vous estes Nourris, entretenus par estrangeres bestes, Bestes de qui le but et le principal soin Est de mettre à jamais au tyrannique poin
‘1 De la Beste de Rome un sceptre qui commande
110 L'Europe, et encor plus que l'Europe n’est grande. Aussi l'orgueil de Rome est à ce point levé Que d’un Prestre tout Roi, tout Empereur bravé ?— Estmarchepied fangeux : on void, sans qu'on s’estonne, La pantoufle crotter les fleurs de la couronne :
1202. Chacun vaillant à part T. || 1211. Aiïnsy T. || 1214. Les lysT.,.
sont du moins les quatre pays que désigne d'Aubigné dans un chapitre de l'Hist. univ. (VII, 221) sous ce titre : « Affaires unies avec les quatre voisins. »
1200. Pippez. M. Marty-Laveaux (Langue de la Pléiade, p. 408) signale ce mot au nombre des termes techniques que les poètes de la Pléiade ont tenté d'introduire dans le style élevé. La pipée est une sorte de chasse dans laquelle on contrefait le cri de la chouette pour attirer les autres oiseaux.
1202. En gros, d'une façon générale. Entendez : chaque gentilhomme combat à part, et c’est la classe tout entière des gentilshommes qui s’épuise et périt.
1209. Beste de Rome, le pape. Cf. IV, 316, Disc. par stances :
Prince, Rome paya de ton or les rebelles.
Elle a chassé au loing tes chiens les plus fidelles, Pour de mastins muets et loups t'environner.
Tu as foulé aux pieds, au gré de cette beste, Ceux qui avoyent gardé la couronne à ta teste.
Cf. v. 1206, estrangeres bestes. D'Aubigné applique ces mots aux jésuites, agents dévoués du pape.
1212. D'un Prestre est régime à la fois de bravé et de marchepied. Pour cette construction 4x0 xo:vo, cf. la note sur le v. 96.
4216. La pantoufle crotter les fleurs. Image plusieurs fois reprise par d'Aubigné. Cf. II, 68, Debv. des Roys : « Et encor pour rendre plus insupportable le fardeau de ceste domination, nous voyons sur les espaules et sur la
125 Dont, ainsi que Neron, ce Neron insensé pr +
Rencherit sur l'orgueil que l’autre avoit pensé « Entre tousles mortels de Dieu la prevoyance M'a du haut Ciel choisi, donné sa Lieutenance. Je suis des nations juge à vivre et mourir; Ma main fait qui lui plaist et sauver et perir; Ma langue declarant les edicts de Fortune Donne aux Citez la joye ou la plainte commune ; Rien ne fleurit sans moi ; les milliers enfermez De mes gladiateurs sont d’un mot consumez ; Par mes arrests j’espars, je destruicts, je conserve Tout païs ; toute gent je la rend libre ouserve; J'esclave les plus grands: mon plaisir pour tous droicts Donne aux gueux la couronne et le bissac aux Rois. »
1216. Escrit en sang ces mots que son ame a pensé À. — Rencherit sur les mots que l'ame avoit pensé B. Pour ces variantes, cf. la notice sur le texte. || 1219. De nations T.
perruque de notre Prince nè Souverain, les pieds infames et puants de l'Antechrist qui enfange d2 sa pantoufle les fleurs de lys et fait son marchepied du diademe françois. » Cf. IV, 323, Disc. par stances : d'Aubigné s'adresse à Louis XIII :
sc... La main fumante Du sang du grand Henry veut espancher le tien ; Ou bien, courber ton chef precieux ct insigne Soubs la puante main ct soubs le joug indigne Qui hommage d'Enfer ses hommes et ses vœux ; Roy dessonbs un maraut, un moine vil et salle Ploier les fleurs de lis soubs Ja clef infernalle, Et la couronne d’or soubs une de cheveux.
Verrons-nous decrotter les pieds puants et salles D'un faquin, d'un porcher dessus les fleurs royales, Et dire, en trepignant dessus les fleurs de lis...
1215. Dont, à la suite de quoi. Entendez : aussi insensé que Néron,le pape est encore plus orgueilleux de sa puissance.
1219. Juge à vivre et mourir. Sur cette construction, cf. la note du v. 797.
1225. J'espars, d'espardre (spargere).
1227. Esclaver. Sur ce mot, que Malherbe, dans son Commentaire sur Desportes, déclare « un mauvais mot », cf. Brunot, La doctr. de Malh.,p. 262. Cf. III, 191, Print. : « Ma force s'esclave soubz vous. »
1228. Bissac. Sac de mendiant. Cf. IV, 79, Princes :
Ce vice qui ne sent rien que la gibbecierc, Le coquin, le bissac..….
Cf. IV, 322, Disc. par stances . « Sentir le bissac et la faim. » — Pour tout ce passage (v. 1217-1228), cf. IV, 293. Jug.
118 AGRIPPA D'AUBIGNE.
Cet ancien loup Romain n'en sçeut pas davantage ; Mais le loup de ce siecle a bien autre langage : « Je dispense, dit-il, du droict contre le droict; Celui que j'ai damné, quand le Ciel le voudroit, Ne peut estre sauvé; j'authorise le vice ; Je fai le faict non faict, de justice injustice ; Je sauve les damnez en un petit moment; J'en loge dans le ciel à coup un regiment; Je fai de bouë un Roy, je mets les Rois aux fanges: Je fai les Saincts ; sous moy obeïssent les Anges;
1229. Ne sceut pas T. 111230. Bien autre T..|] 1238. Obeissant les Anges T. Le copiste avait d'abord écrit : aux Anges; puis aux a été barré et rem placé par les.
1229. N'en sçeut pas davantage. Entendez : Néron se serait contenté de ce langage, car il prétendait seulement à la suprématie temporelle, m: le pape dit plus encore, cer il revendique en outre pour lui la suprématie spirituelle.
1230. Le loup de ce siecle. Nom donné au pape par les protestants. — Cf. IV, 22. Préf., des Trag.:
Là les agnelots de l'Eglise Sautent au nez du Loup romain.
Cf. IV, 320, Dise. par atances :
Cette louve romaine, imperieuse beste, Ansize sur les fleurs que Lu as sur La este.
Cf. Théodoro de Bèzo, Æpistre à l'Eglise de Nostre-Seigneur, en tête des Psaumes mis en rimes françoises :
Je voy le Loup qui trois couronnes porte
Environné de bestes de sa sorte.
4331. Pour tout ce passage (v. 1231-1240), cf. IT, 241, Sancy : « Et, pour abreger, j'ay leu la distinction et Canon proposuit (de Con. præ., 19, Cap.) Si Romanorum, où il est notamment dit'äu Pape que secundum plenitudinem potestatis potest de jure supra jus dispensare. Et 5 (Transsubet. cap. 5 in gloss.) il est dit en expliquant qu'il peut ex injustitia justitiam facere
Ne vous estonnez pas de ces derniers passages, les renforçant d'un ü il est dit que le Pepe pout fasere infecla facta et facta Per une seule histoire, dit-il, je vous prouveray que le Pape oser du droict contretout droict, faire de injustice justice ot que 88 faictes ne le soyent point. »
À. Celui que j'ai damné.… Cf. IV, 169. Feux : day diet quo Jesus seul peut 1e grace donner, Q'autre que luy ne peut remettre et pardonner : Eux, que le Pape tient soubs ses clefs et puissances Tous thresors de l'Église, et toutes indulgences.
3. A coup. Sur cette vieille locution adverbiale synonyme de d'un
Je puis (cause premiere à tout cet Univers) Mettre l'Enfer au Ciel et le Ciel aux Enfers. » Voila vostre Evangile, Ô vermine Espagnolle, | Je dis vostre Evangile, engeance de Loyole, Qui ne portez la paix sous Ie double manteau, Mais qui empoisonnez l’homicide cousteau :
C'est vostre instruction d’establir la puissance De Rome, sous couleur de points de conscience, Et, sous le nom menti de Jesus, esgorger
seul coup, et que Malherbe blâme, mais qui se trouve encore au xvil° siècle, cf. Brunot, Doctr. de Malh., p. 458.
1241. Vermine Espagnolle. Cf. Hist. unio., II, 172 et 171.
1242. Double manteau. Les Jésuites prirent le vêtement de:tous les prêtres séculiers do l'époque : la soutane noire, l’ancien manteau et le chapeau à larges bords. Nous supposons que le mot double fait allusion à une particularité de ce manteau.
1364. L'Homicide cousteau. Cf. IV, 323, Disc. par slances. D'Aubigné s'adresse au jeune Louis XIII :
Donne paix à Sion, Dieu deffendra ta peau; Prends de son doux giron la garde singulierc ; Si tu dors en celuy de la bande meurtricre, Tu as soubs ton chevet l'homicide cousteau.
Ce vers (comme les vers 1253 et 1254) semble prouver que tout le passage où d’Aubigné attaque les Jésuites (v. 1241-1258) a été composé après l'année 1589, peut-être même après l’année 1594. Les Jésuites furent mêlés jusqu’en 1594 à plusieurs complots contre la vie des Rois : en Angleterre le jésuite Campian fut mis au supplice pour avoir conspiré contre Élisabeth (1581), et les Jésuites furent compromis dans les complots de Parr (1585) et de Babington (1586). Balthazar Gérard, qui tua Guillaume d'Orange (1584), avait été fanatisé par eux. On les accusait encore d'avoir été les inspirateurs de Jacques Clément (1589). Le P. Varade fut, à tort ou à raison, accusé de complicité avec Barrière lors du premier attentat contre Henri IV (27 août 1593) ; enfin Jean Chastel, qui frappa Henri IV le 27 décembre 1594, avait été l'élève des Jésuites au collègo de Clermont; lo P. Guignard fut accusé de complicité avec Chastel, et exécuté avec lui.
1247. Le nom... de Jésus. Cf. Hist. univ., II, 174 : « Un évesque de Clermont leur (aux Jésuites) donna le collège de Clermont, duquel ils voulurent prendre le nom, voyans presque tous les docteurs de la chrestienté escrivans et preschans contr'eux, pour le superbe nom qu'ils avoyent pris, comme si aux autres sectes n'eusl point appartenu, non moins proprement qu'à eux, le nom de Jésus. » —Menti. Sur cet omploi de mentir au sens actif, cf. IV, 199, Fers :
ss l'affronteur hypocrite.
Faict le sçavant, depart aux siecles la vertu, Ment le nom de Jesus.....
cf, IV, 321, Disc. par stances :
la troupe qui ment Jesus au bout des langues.
Les Rois et les Estats où vous pouvez loger.
Allez, preschez, courez, vollez, meurtriere trope, Semez le feu d'Enfer aux quatre coins d'Europe : Vos succez paroistront quelque jour en cuidant Mettre en Septentrion le sceptre d'Occident.
Je voi comme le fer piteusement besongne
En Mosco, en Suede, en Dace, et en Polongne.
Insensez, en cuidant vous avancer beaucoup, Vous eslevez l’'Agneau, atterrant votre loup!
O Prince mal-heureux, qui donne au Jesuite
1369. Tout ce passage (v. 1249-1256) est ironique : en vain les Jésuites tentent d'étouffer le protestantisme dans toute l'Europe; dans le Nord leurs efforts n'aboutiront pas et serviront scoulement à fortifier dans sa croyance le vrai chrétien, ennemi acharné du Pape (le loup}. — Trope. Sur les mots où il y a eu, dans l'usage normal, fluctuation entre o et ou à la tonique, cf. Thurot, I, 245 et 250.
1250. Aux quatre coins d'Europe. Dès que le pape Paul III eut, en 1540, approuvé les statuts de la compagnie, les Jésuites se répandirent dans toute l'Europe : ils tentèrent de faire triompher partout le catholicisme et l'autorité du pape (le feu d'enfer) : en Écosse, en Irlande, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Espagne et en Portugal, en Savoie leur propagande réussit; mais dans les États du nord et de l'est leur influence ne pénétra pas. Sur cette expansion des Jésuites, cf. Crétineau-Joly, Hist. de la Compagnie de Jésus, I, et note sur le vers 1254.
1251. En ouidant. Sur ce gérondif qui ne se rapporte pas au sujet de la phrase, cf. Darmst. et Hatzf., p. 210 et 271.
1256. En Mosco, en Suede, en Dace et en Polongne. Cf. IV, 232, Fers. CY. note sur le v.1244. Les vers 1254 et 1255 nous paraissent 8e rap-
porter à des faits qui sont tous postérieurs à 15176 et dont les derniers datent de 1588 : c'est en 1578 que le jésuite Possevin détermina le roi de Suède, Jean III, à abjurer le luthéranisie, auquel Jean ÎI] fit âmreste retour en {580, devant le mécontentement de ses sujets et les représentations de son frère, Charles de Sudermanie; en 1581 le même Possevin fit, comme légat de Grégoire XIII, un voyage à la cour de Russie et demanda vainement à Ivan IV. de consentir à l'union des deux églises
- grecque et latine; de 1581 date encore une véritable levée de boucliers
contre les jésuites établis en Hongrie et en Bohême : les habitants de ces pays prirent occasion, pour chasser les jésuites, de ce que ceux-ci s’efforçaient de propager dans le nord et l'est de l’Europe le calendrier grégorien : enfin en 1588 la diète transylvanienne obligeait Sigismond III Wasa, roi de Pologne et élève des jésuites, à bannir les jésuites de la Transylvanie, et peu après une diète réunie à Varsovie réclamait à son tour l'expulsion des Jésuites de Pologne. Cf. Crétineau-Joly, op. citat., t. T'et II.
1256. L’Agneau, le Christ, symbole de la vraie foi.
1257. Ce vers et le suivant sont sans doute une allusion au meurtre d'Henri III. Henri TITI avait favorisé l'établissement des jésuites en France, et avait dès 1575 pris pour confesseur un jésuite, le P. Edmond.
L'accez et le credit que ton peché merite!
Or laissons-la courir la pierre et le cousteau Qui nous frappe d’enhaut ; voyons d’un œil nouveau Et la cause et le bras qui justement les pousse ; Foudroyez, regardons qui c’est qui se courrouce ; Faisons paix avec Dieu pour la faire avec nous; Soyons doux à nous-mesm'’ et le Ciel sera doux ; -- Ne tyrannisons point d'envie nostre vie, Lors nul n’exercera dessus nous tyrannie; Ostons les vains soucis, nostre dernier souci Soit de parler à Dieu en nous pleignant ainsi:
« Tu vois, juste vengeur, les fleaux de ton Eglise, Qui, par eux mise en cendre et en masure mise, A contre tout espoir son esperance en toy,
1258. Son péché AT. || 1259. La pierve B.
Cf. Hist. univ., VIII, 78 : « Et ainsi mourut ce prince (Henri III) par les mains qu'il baisoit trop souvent et desquelles on lui avoit prédit qu'il voloit pour corneille, qui n'estoit pas son gibier, et qu'il seroit tué par une d'elles. » — Ton peché, ta vie de débauche.
1259. La pierre. Allusion à un fait que nous n'avons pu déterminer. Pour une allusion au même fait, cf. IV, 319, Disc. par stances. Il s'agit d'Henri IV :
Quand les Prophetes faux des chaires mensongeres Desguisoient et contoient ses fautes pour legeres, Contre ces chiens muets une yierre s’esmeut ;
Une pierre en courroux d’avoir perdu sa place, Prescha l'honneur du Roy, du grand Dieu la menace, Et puis l'acier parla quand la pierre se teust.
1260. Nouveau. Entendez peut-être : un œil à qui la foi donne une perspicacité nouvelle.
1269. Toute la prière qui termine ce chant est, comme on le verra, une sorte de centon de versets bibliques. Les Méditations sur les Psaumes fournissent aussi des rapprochéments curieux. — Fleaux, ici monosyllabe, comme chez J. Marot et Ronsard. On en trouve un exemple dans Malherbe. Cf. Tobler, Le vers français, p. 54. D’Aub. fait fleau dissyllabique, IV, 331, Sonn. épigr.:
L'un fleau des meschans, l’autre des gens de bien.
1274. Cf. Romains, IV, 18 : « Espérant contre toute espérance Abraham eut foi. » Cf. IV, 319, Disc. par stances :
so... abbaissant au rebours Le Sénat esperant rontre loute esperance.
Pour son retranchement le rempart de la foy.
« Tes ennemis et nous sommes esgaux en vice Si, juge, tu te sieds en ton lict de justice; 175 Tu fais pourtant un choix d’enfans ou d’ennemis, Et ce choix est celui que ta grace y a mis.
Ç « Si tu leur fais des biens, ils s’enflent en blasphemes ; i tu nous fais du mal, il nous vient de nous-mesmes. Îls maudissent ton Nom quand tu leur es plus doux; 1280 Quand tu nous meurtrirois, si te benirons-nous. « Cette bande meurtriere à boire nous convie Le vin de ton courroux; boiront-ils point la lie? Ces verges, qui sur nous s'esgayent comm’ au jeu, Sales de nostre sang vont-elles pas au feu ?
1285 « Chastie en ta douceur, punis en ta furie L’escapade aux aigneaux, des loups la boucherie : . Distingue pour les deux (comme tu las promis) La verge à tes enfans, la barre aux ennemis. « Veux-tu long-temps laisser en cette terre ronde 1200 Regner ton ennemi ? N’es-tu Seigneur du monde,
1282. Boiront ils plusT.
1272. Cf. Éphésiens, VI, 16. Cf. II, 188, Afédit. : « Nous n'avons autre forteresse que toi qui est nofre roc et rempart asseuré. »
1279. Cf. Romains, II, 4-5.
1280. Si te benirons-nous. Cf. Job, I, 21 : « L'Éternel a donné, et l'Éternel a ôté : que le nom de l'Éternel soit béni, » Ct. II, 173, Médit. : « Embrasse donc les afflictions les yeux au Ciel, en disant : Quand tu me meurtrirois, si te beniroye ; embrasse la mort désireux de dire de cœur et de bouche en sentant ces amertumes :
Si est ce que Dieu est trés doux.
1282. Le vin de ton courroux. Cf. Jérémie, XXV, 15 : « Car ainsi m'a parlé le Dieu d'Israël : prends de ma main cetle coupe remplie du vin de ma colère. »
- 1288. La verge. Cf. II, 162, Médit. : « ...cette race legitime et saincte ‘ qui reçoit les verges de mesme main et doucement comme le pain.» Cf. IV, : 116, Princes [Dieu] :
| De sa verge de fer frappant espouvantable Ces petits dieux.....
1290. Regner ton ennemi. Cf. II, 166, Médit. : « Jusques à quand, o Dieu, souffriras-tu que tes adversaires te blasment? Ton ennemi despi-
LD
Le
GI” Toy, Seigneur, qui abbas, qui blessés, qui gueris,
‘Qui donnes vie et mort, qui tue et qui nourris?
« Les Princes n’ont pointd'yeux pour voirtesgrand's
| [merveilles ;
Quand tu voudras tonner, n'auront-ils point d'oreilles? Leurs mains ne servent plus qu'à nous persecuter; Ils ont tout pour Satan et rien pour te porter.
« Sion ne reçoit d'eux que refüs et rudesses; Mais Babel les rançonne et pille leurs richesses : Tels sont les monts cornus qui (avaricieux) Monstrent l'or aux Enfers et les neiges aux Cieux.
« Les Temples du Payen, du Turc, de l’idolatre Haussent au Ciel l’orgueil du marbre et de l'albastre; Et Dieu seul au desert pauvrement hebergé À bastitoutle monde et n’yest paslogé! [hirondelles;
« Les moineaux ont leurs nids, leurs nids les
1293. Ces grands T. || 1302. Haussent dedans le Ciel et le marbre et bulbastre À.
tera-il ton nom à jamais impunement ? Pourquoi retiens-tu ta main en ton sein? Aye souvenance que l’ennemi a diffamé l'Eternel, et qu'un peuple insensé a desfié ta puissance. » | / 14391. Cf. Job, V, 18 : « Le Tout-Puissant fait la plaie et il la bande; il
blesse et sa main guérit. » Cf. Osée, VI, 1 : Venez, retournons à l'Éternel, car il a déchiré, mais il nous guérira. » Cf. aussi Esaïe, XIX, 22.
1292. Cf. Deutéronome, XX XII, 39 : « Je fais vivre et je fais mourir, je blesse et guéris, et personne ne délivre de ma main. » .
1293. Cf. Jérémie, V, 21 : « Ils ont des yeux et ne voient point, iis ont des oreilles et n’entendent point. » Cf. IV, 273. Jugem. :
sos. Pour les hautes merveilles.
Les Ptaraons ferrez n'ont point d'yeux ni d'oreilles. y
1296. Tout pour Satan. Entendez : tout ce qu'ils possèdent, ils le portent à Satan, et ils ne portent rien à toi. Cf. IV, 299, Jugem.; L'Éternel parle aux princes :
Vous qui avez laissé mes membres aux froidures, Qui leur avez versé injures sur injures, Qui à ma seiche soif et h mon aspre faim Donnastes fiel pour eau, ct pierre au lieu de pain.....
1306. Cf. Matth, VIII, 19-20 : « Les renards ont des tannières et les oiseaux du Ciel des abris; mais le Fils de l’homme n’a pas un lieu pour reposer sa tête. » Cf. II, 138, Médit. : « Et alors Israël s'escrie : Le passereau mesme a bien trouvé sa maison et l’arondelle son nid, logis à ses
On dresse quelque fuye aux simples colombelles ; Tout est mis à l'abri par le soin des mortels; Et Dieu seul immortel n'a logis ni autels.
« Tu as tout l'Univers où ta gloire on contemple, Pour marchepied la terre et le Ciel pour un temple : Où te chassera l’homme, ô Dieu victorieux ?
Tu possedes le Cicl et les Cieux des hauts Cieux!
« Nous faisons des rochers les lieux où on te presche,
Un Temple de l'estable, un autel de la creche; Eux, du Temple un’ estable aux asnes arrogants, . De la saincte maison la caverne aux brigands. [tieres :
« Les premiers des Chrestiens prioyent aux cime- Nous avons fait ouïr aux tombeaux nos prieres,
1313. Où l’on T. || 1318. Au tombeau AB.
potits; la cigoigne ses sapins, les hautes montagnes sont pour les chamois, les rochers sont la retraite des connils ; Eternel, où sont tes autels? Toi qui as basti le monde, en seras-tu deslogé ? » Cf. III, 204, Print. :
Dicu qui des osillons la demeur'as trouvé,
L'hirondelle à l’abrit ses petiz a couvé,
Où fais-tu de ce temps. Roy de l'éternité, Les autelz de la sainteté ?
1308. Puye (lat. fuga), refuge, colombier.
1310. Cf. Esate, LX VI, 1-2 : « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied. » Cf.II, 186, Médit.:« Le tout puissant createur de tout l'Univers, conservateur de tout ce qui a estre, qui a pour haut dais les Cieux des Cieux, la terre pour marchepied.….. »
4312. Cf. I, Rois, VIII: « Mais quoi! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre ? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir! Combien moins cette maison que je t'ai bâtie ! » Cf. aussi Deutéronome, X, 14.
4316. Cf. IV, 317, Disc. par stances : « Soubz toy sont eslevez et sont devenus gras Les asnes du Clergé.…...…… »
1316. Caverne aux brigands. Cf. Jérémie, VII, 11 : « Est-elle à vos yeux une caverne de voleurs, cette maison sur laquelle mon nom est invoqué? »
1318 Ronsard, édit. Marty-L., V, 349, Disc., reproche aux protestants ce que d’Aubigné rapporte à leur louange :
Is n'ont pas seulement, sacrilèges nouveaux, Fait de nos temples saints cstables à chevaux, Mais comme tourmentez des fureurs stygiales Ont violé l'honneur des ombres sépulchrales, Afin que par tel acte inique et malheureux
Les vivants ct les morts conspirassent entre cux.
Cf. aussi IT, 44: Debvoir des Roys et des Subj.
em
Fait sonner aux tombeaux le nom de Dieu le fort
1320 Et annoncé la vie aux logis de la mort.
« Tu peux faire conter ta loüange à la pierre:
Mais’n'es tu pas tousjours ton marchepied en terre ?
Ne veux-tu plus avoir d’autres temples sacrez'
Qu'un blanchissant amas d’os de morts massacrez? - « Les morts te louront-ils? Tes faicts grands et ter- | [ribles
Sortiront-ils du creux de ces bouches horribles?
-W'aurons-nous entre nous que visages terreux .
Murmurans ta loüange aux secrets de nos creux? « En ces lieux caverneux tes cheres assemblees,
1330 Des ombres de la mort incessamment troublees,
‘Ne feront-elles plus resonner tes saincts lieux Et ton renom voller des terres dans les Cieux ? «€ Quoi ! serons - nous muets ? Serons-nous sans oreilles,
1320. Au logis AB. || 1321. La loüange T. || 1324. Asserrez T.
1319. Dieu le fort. cf. I, Chroniques, XXIX, T et 12. Cf. II, 137, 159, 162, 171, Médit.
1321. Cf. Luc, XIX, 39, 40 : « Jésus répondit : Je vous dis que si mes disciples se taisent, les pierres crieront, »
1333. Cf. II, 197-198, Médit. : « Est-il point meilleur... que plustost tu
ront reluire tes merveilles aux tencbres ?..…. N'est-ce plus su ciel et aux lieux illuminés par lui que tes hauts faicts triompheront ? ne veux-tu autels que les sepulchres infects ?.... Ou veux-tu que les hideux cimetieres soyent frequentés en la place de ton Sanctuaire ? que les ombres des morts et les pestes nocturnes y troublent et espouvantent de spectres ces cheres assemblees ? »
1326. Les morts te louront-ils ? Cf. Psaumes, CXV, 17 : « Ce ne sont pas les morts qui célèbrent l'Éternel, ce n'est aucun de ceux qui descendent dans le lieu du silence. » — Tes faicts grands et terribles. Cf. Sophonie, I, 11. — Erode, XXIV, 10.— Psaumes, CL, 2.
1328. Au secret de nos creux. Cf. III, 241. Poés. div. :
Des umbres de voz creus, Ciclopes barhouillez….
Cf. III, 63. Print., et IV, 341. Sonn. épigr. |
1330. Des ombres de la mort. Cf. Job, XVI, 16 : « L'ombre de la mort est sur mes paupières. » Cf. Psaumes, XXHII, 4 : « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort... »
(4 4/2: La
Sans mouvoir, sans chanter, sans ouïr tes merveilles ? As-tu esteint en nous ton sanctuaire ? Non, De nos temples vivans sortira ton renom.
« Tel est en cet estat le tableau de l'Eglise :
Elle a les fers aux pieds, sur les geennes assise,
A sa gorge la corde et le fer inhumain,
Un Pseaume dans la bouche, et un luth en la main.
« Tu aimes de ses mains la parfaicte harmonie : Nostre luth chantera le principe de vie ; [sons, Nos doigts ne sont point doigts que pour trouver tes Nos voix ne sont point voix qu'à tes sainctes chansons.
« Mets à couvert ces voix que les pluyes enrouënt : Deschaine donc ces doigts, que sur { ton Luth ils jouënt; Tire nos yeux ternis des cachots ennuyeux,
Et nous monstre le Ciel pour y tourner les yeux. « Soyent tes yeux adoucis à guerir nos miseres, Ton oreille propice ouverte à nos prieres, Ton sein desboutonné à loger nos souspirs, Et ta main liberale à nos justes desirs:
« Que ceux qui ont fermé les yeux à nos miseres,
1353. Noz doigts ne sont plus doigts que pour fourner tes sons T. || 1344. Ne sont plus voix T. |] 1349-1352. Ces quatre vers ne se trouvent pas dans la première édition.
1336. De noz temples vivans. Cf. II, 139. Médit. : « Mais le plus precieux temps que nous trouvons à dire, sont ces habitacles privez que l'Esprit de Dieu avait construits dans le sein de chacun fidele. Ces seins qui estoyent sanctuaires, ces cœurs tables de la Loi, et sur lesquels elle estoit escrite du doigt de Dieu. »
1343. Ne. point. Cf. note sur le v. 967.
1347. Nos yeux ternis. Cf. III, 214. Poés. div. : « Quant son œil se ternist..
1349. ct. Psaumes, XXIV, 46. — Jérémie, XXXIV, 6. — Psaumes, CXIX, 1-2. — Adouois à guerir. Sur cet emploi de à pour marquer l'intentien, cf. Brunot, Gramm. histor., p. 515 et 576.
1351. Ton sein desboutonné. Cf. II, 170, Médit. : « Et ainsi toutes les voyes que je tiens me contraignent à venir cercher ta droite, et recourir à ton sein deboutonné à nos requestes, auquel seul ya propitiation. » Cf. III, 304, Poés. relig. :
Ma pluinte muctte vole Dans ton sein desboutonné.
go MISERES. 127 Ur -f
Que ceux qui n'ont point eu d'oreille à nos prieres, 1355 De cœur pour secourir, mais bien pour tourmenter, Point de main pour donner, mais bien pour nous oster, . « Trouvent tes yeux fermez à juger leurs miseres; Ton oreille soit sourde en oyant leurs prieres ; ART ER Ton sein ferré soit clos aux pitiez, aux pardons; *‘°" °° 1360 Ta main seche sterile aux bienfaicts et aux dons. « Soyent tes yeux clair-voyans à leurs pechez [extremes; Soit ton oreille ouverte à leurs cris de blasphemes, Ton sein déboutonné pour s'enfler de courroux, Et ta main diligente à redoubler tes coups.
1365 © « Îls ont pour un spectacle et pour jeu le martyre: Le meschant rit plus haut que le bon n’y souspire : Nos cris mortels n'y font qu'incommoder leurs ÆSS Les ris de qui l’esclat oste l'air à nos cris. « Ils crachent vers la Lune et les voûtes celesfes : 130 N'ont-elles plus de foudre et de feux et de pestes ? 56, Ne partiront jamais du throsne où tu te sieds - F*" 2’ Et la mort et l'Enfer qui dorment à tes pieds ?
1372. Tes peeds B.
1357. Cf. Psaumes, CIX, 14-17.
1359. Sein ferré, dur comme le fer. Cf. I, 358. Lettres : Les ingrats,
Au sein ferré desquels lame et l'umitié morte Vont tarir et tomber.
1366. Cf. Job, IX, 23. Cf. aussi II, 166; et II, 138 Aédit, : « Etbien qu'ils ayent de quoi fermer la bouche aux impies, sur ce que la demeure de l'Eternel n’est pas aux maisons faites de mains d'hommes, neantmoins ils se trouvent empeschez en eux-mesmes, à l'esclat de joie insolente, et aux cris de plus en plus montans jusques au ciel, aux insultations des persecuteurs. »
1368. Oste l'air. Oste Le son, empèche d'entendre. Pour ce sens du mot air chez d'Aubigné, cf. III, 88, Print. :'
ce. meslez la plainte divine Et l’aer de vos divines voys Avec moy chetif.....
1374. Cf. Psaumes, LV, 20.
« Leve ton bras de fer, haste tes pieds de laine, Venge ta patience en l’aigreur de la peine, 1375 Frappe du Ciel Babel : les cornes de son front - Desfigurent la terre et lui ostent son rond! »
1374. De fa peine T,
1373. Tes pieds de laine. Le sens de cette expression semble être analogue à celui de l'expression jambes de laine. Jambes de laine, d’après Littré, siguifierait des jambes qui s'affaissentcommela laine et ne peuvent porter le corps. Cf. Madame de Sévigné citée par Littré : « Elle dort ou veut dormir trois heures après son diner et pendant ce temps ses jambes sont de laine; elle ne se soutient que vers les quatre heures. »
APPENDICE
Nous donnons ici, d'après un moulage que nous devons à l'obligeance de M. le comte de Castellane et de M. H. de la Tour, la reproduction d’une médaille du temps, qui porte la devise de Catherine dont il est question aux vers 979-988.
Nous empruntons à une brochure de M. de la Tour la description de cette médaille, œuvre de Giovanni Paolo:
«KATHARIN : D.
G + FRANCORVM :- REGINA. fleuron.
Buste à gauche, de Catherine de Médicis en voile de veuve et portant un col étroit, uni et montant; au-dessous, 4589 et une croisette.
R. Deux feuilles sortant d’une même tige ARDOREM-EX- TINCTA : TESTAN- TVR - VIVERE - FLAMMA. Amas de pierres de chaux vive, d'où s'échappent d'épaisses vapeurs et sur lequel un nuage laisse tomber de grosses gouttes de pluie en forme
130 APPENDICE
de larmes... Il est à remarquer que la légende du droit et celle du revers sont encerclées chacune dans une cordelière qui touche la tranche de la médaille.
Bibliothèque nationale. Exemplaire unique, en argent. Diamètre, 51 millim. — Trésor de numismalique, méd. franc. 1 partie, pl. XXII, n° 3, et p. 17. — Cf. Jacques de Bie, La France métallique, pl. 60. — Heraeus, Bildnisse der regicrenden Fürtsten und Berühmter Maenner…, pl. 61, n° 15. » H. de la Tour, Giovanni Puolo, Paris, Rollin et Feuardent,
1. Ce sujet, accompagné de sa légende, se retrouve sur plusieurs jetons, sur quelques reliures et sur des dessins du recucil de N. Ilouel, au département des Estampes de la Bibliothèque nationale. — Note de M. de la Tour.