‹ Les traités de commerce; texte de tous les traités en vigueur, notamment des traités conclus avec l'Angleterre, la Belgique, la Prusse (Zollverein), et l'ItalieChapitre 18 sur 196 · INTRODUCTION. XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXVII

tions de fait. Peu après M. Baroche fut mis dans la confidence. Les négociateurs furent tout à coup inquiétés, au mois de novembre, lorsque l'Empereur parla d'une enquête qu'il lui paraissait convenable d'opérer ; mais cette enquête préparatoire consista en quelques invitations faites à des industriels distingués, comme les Schneider ou les Dollfus, de l'aller voir le dimanche pour causer de ce grave sujet. On pouvait donc travailler toujours sans crainte des criailleries Le ministère n'ignorait plus rien. On comptait M. Magne et le maréchal Vaillant parmi les opposants ; mais M. Thouvenel était favorable; M. Chasseloup-Laubat Tétait aussi , dans une mesure moindre peut-être ; M. Delangle restait neutre; quant au prince Napoléon, son ardeur ne laissa pas de réchauffer le zèle d'autrui. Dès la fin de novembre 48S9 était arrêtée la convention qui fut publiée le 23 janvier. Toute la négociation avait été conduite dans le cabinet de M. Rouher, entre MM. Rouher et Cobden seuls, et sans l'intervention d'aucun directeur général, pas même de celui des douanes, tant il était indispensable de s'envelopper de silence. On pouvait enfin tenir pour certain que, s'ils en avaient été avisés, les gens qui, tout conservateurs qu'ils étaient, avaient menacé Louis-Philippe de lui faire construire des barricades, n'auraient pas reculé devant les extrémités pour empêcher le gouvernement nouveau de mener à terme cette conjuration de bien public.

M. Cobden se concertait de son côté avec Michel Chevalier, qui étudiait tous les détails et dont le plan primitif a prévalu presque en entier. Détail piquant qu'il est curieux de conserver, M. Michel Chevalier faisait transcrire les pièces du traité par sa femme et M. Rouher par la sienne.

Quand tout fut bien réglé, lord Cowley intervint officiellement et M. Baroche aussi, en sa qualité de ministre des affaires étrangères par intérim. M. Magne essaya inutilement d'arrêter l'Empereur. C'en était fait de la prohibition.

On ne s'était pas, du reste, avancé au delà d'un système de droits protecteurs de 30 °/0 au maximum ; mais la grande enquête, l'enquête promise en 1852 si jamais on faisait un traité important, l'enquête, supérieurement conduite, il faut le dire,

XXVUI INTRODUCTION.

par M. Rouher, permit d'être sans crainte beaucoup plus libéral qu'on n'avait espéré pouvoir l'être.

L'épreuve était de nature à embarrasser, car le conseil supérieur de l'agriculture et du commerce devant lequel cette enquête devait nécessairement s'instruire, n'était pas composé de partisans de la liberté du commerce. M. Rouher n'en fut pas moins d'avis de le prendre tel qu'il était, en remplissant seulement les places vacantes. Les travaux de l'enquête, fort habilement conduits, comme nous venons de le dire, ont été recueillis en sept grands volumes in-folio qui resteront comme la preuve, non-seulement de la puissance d'avenir de notre industrie, mais aussi et surtout de l'incroyable injustice avec laquelle on avait sacrifié constamment les intérêts du public et les chances de développement de nos manufactures même à une coalition de manufacturiers qui n'étaient même pas d'accord entre eux pour exploiter leurs privilèges, et qui, au moment du débat définitif, se sont contredits de la manière la plus étrange. C'est une mine féconde en renseignements pour l'industriel, pour l'économiste, pour l'homme d'État, pour quiconque veut étudier de près toute cetteliistoire encore si présente, mais heureusement close, de la prohibition et de la protection systématique.

« Nous savons bien, disaient MM. Fould et Rouher, que si nous échouons, nous perdrons nos portefeuilles. » C'est leur honneur d'avoir attaché leur nom à l'une des réformes les plus fécondes en résultats que pût réclamer le milieu du xixe siècle. Qui croira, dans vingt ans, que l'acide sulfurique qui valait \ 6 fr. les 100 kilos était protégé par un droit de 41 francs; l'acide nitrique, qui en valait 48, par un droit de 90 ; l'acide chlorhydrique, qui en valait 9, par un droit de 62? Et ainsi du reste. C'était purement et simplement de la barbarie.

Sans aucun doute c'était avec de grands ménagements qu'il fallait négocier un premier traité avec un peuple industriel qui dispose, comme l'Angleterre, des trésors d'une bouille excellente, d'une marine et de capitaux bien supérieurs aux nôtres et qui jouit surtout d'une tradition de plus d'un siècle de succès dans le grand commerce ; mais les précautions étaient suffisamment prises quand on a fixé les droits au taux où nous les

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