XII INTRODUCTION
« La viHe de Tours fil voir les députés de tout le royaume dans les gémissements, et prédit « une commotion qui occasionnera une convulsion dans le gouvernement politique. » Lyon ne voulut point se taire sur un projet «qui répandait la terreur dahs toutes les fabriques. » Paris ne s'était jamais présenté pour une affaire aussi importante au pied du trône « que le commerce arrosait de ses larmes. » Amiens regarda « la permission des toiles comme le tombeau dans lequel toutes les manufactures du royaume devaient être anéanties. » Son mémoire, délibéré au bureau des marchands des trois corps réunis, et signé de tous les membres, était ainsi terminé : « Au reste, il suffit, pour proscrire à jamais l'usage des toiles peintes, que tout le royaume frémisse d'horreur quand il entend annoncer qu'elles vont être permises. Vox populi, vox Dei. »
Comment s'étonner des critiques que fait naître tout projet de traité de commerce lorsque dans un même pays, c'est à cet excès de déclamation que les intérêts privés poussent l'alarme. Heureusement qu'il est des hommes que ces murmures n'arrêtent pas et qui, au delà, envisagent uniquement le bien public.
Les réclamations d'Amiens, de Rouen, de Tours nous peignent la vie industrielle du siècle passé, telle que l'avait faite notre histoire féodale avec le morcellement des provinces. Les
I provinces se sont unies et ont prospéré ensemble depuis 1789. 1 en sera de même de ces autres provinces de la république européenne qu'on appelle aujourd'hui des royaumes et des empires.
Le système protecteur ou prohibitif est né en France au moment où se formèrent les communes. Menacées par les seigneurs et ennemies ou rivales les unes des autres, elles tenaient emprisonnées dans leurs ceintures de murailles non-seulement la liberté des échanges, mais la liberté du travail elle-même. Que de temps il fallut pour qu'on permît seulement aux boulangers de Goncsse et de Corbeil de venir vendre du pain dans Paris ! La patrie, c'était alors la commune et on eût. été mal vu si l'on avait prédit que les temps changeraient et que chacun y trouverait son compte. Quand il commença à se répandre quelque lumière dans les esprits et qu'on s'aperçut qu'il devait y avoir communauté d'intérêts entre les cités du même royaume,